Aboiements & Tocades

Et l’orgasme ?

In Aboiements, Musique, Tocades on février 8, 2010 at 4:36

-         Toi qui es un homme du monde, je suppose que le nom d’Arnaud Fleurent-Didier t’évoque vaguement quelque chose depuis, allez, deux bons mois ?

-         Le désabusé delermo-houellebecquien ?

-         Lui-même oui. J’ai immédiatement aimé son morceau France Culture justement, celui qui passe à la radio. Il a tout piqué à Vannier mais on s’en fout, c’est bien.

-         Tu cites Vannier pour frimer hein ? En réalité t’as jamais rien écouté d’autre que son travail sur Melody Nelson.

-         Exact, ouais… Tu sais que si les emmerdeurs faisaient du ski, tu viendrais de décrocher ton premier flocon là… Bon, comme j’ai malgré tout – n’en déplaise au Killy de la vanne (car où est Jean-Claude, vanne y est) – un minimum de probité intellectuelle, j’ai tout de même jeté un œil au Wiki du gars, et je peux te dire qu’en 1981, manière de célébrer notre naissance, il a sorti le morceau Rien qu’une pute. J’ai pensé que ça te plairait… Et d’ailleurs, pour en revenir aux poncifs autour de France Cul, j’aurais tout aussi malhonnêtement pu citer John Barry.

-         Aucun rapport avec la Comtesse j’imagine ? Connais pas.

-         Mais si enfin ! Le thème de James Bond !

-         Connais pas non plus.

-         Mouais… Tu as contracté une petite Flemingite, c’est ça ? Bref, passons, je me suis procuré l’album. En entier.

-         Génial. De quoi tu parles ?

-         Mais enfin ! De La Reproduction ! De Fleurent-Didier ! AFD pour les amateurs d’acronymes intimes.

-         Pas évident… On pourrait le confondre avec l’Agence Française de Développement. Ou encore l’Association Française des Diabétiques. Voire même l’Alliance Française des Designers, si je ne m’abuse. A moins que ton type ne devienne une vraie institution lui aussi, il se ferait bouffer sur Google.

-         Mec, je t’arrête tout de suite, tu viens précisément de jouer sur l’un des terrains qu’il affectionne.

-         J’ai chanté sans m’en rendre compte ?

-         Non, mais tu es entré dans le champ gravitationnel des références au présent…

-         Wahou, c’est grave docteur ? Il faut que je passe chez l’apothicaire ?

-         Deuxième flocon. Non, je ne dis pas qu’il faut nier le présent bien sûr. Et oui, les références générationnelles très marquées ont toujours quelque chose d’amusant et de flatteur dans l’oreille de celui qui les partage. On reconnaît le monde dans lequel on vit, on se sent mieux à sa place, avec le sentiment d’avoir en plus un peu de hauteur sur la situation. Celle qui nous permet nous aussi de taquiner le contemporain, s’en moquer gentiment et s’amuser de lui. Mais pas tant qu’avec lui en fait. Le problème de ces références, vois-tu, c’est qu’elles ont leurs limites.

-         Ah ben il était temps que t’y viennes. J’étais à deux doigts de te gratifier d’un « Monsieur est philosophe ? ».

-         Mes excuses, vous pouvez remiser vos doigts ô grand slalomeur de l’impertinence, vous qui jamais ne ratez une porte, tout schuss sur la piste du sarcasme. Bref, le problème disais-je, c’est que même si elles sont destinées à plusieurs millions de personnes, ces petits clins d’œil à la « vie actuelle » conservent malgré tout un aspect private joke qui, par définition et excuse moi du terme, ne font pas sérieux. Or, avant que tu ne me traites de pisse-froid comme ta moue me semble déjà l’indiquer, je précise qu’il existe à mon sens le bon et le mauvais « pas sérieux ». Et celui dont je parle ici interfère chez moi avec la recherche émotionnelle supposée.

-         Et France Culture alors ? Elle en est bardée !

-         Du tout bon mon gars. Et pas uniquement parce qu’il cite Lacan ou Schrödinger. Même « une SARL » devient joliment poétique dans ce morceau. Subtil ? Subjectif ?  Toujours est-il qu’il n’en va pas de même dans Risotto aux courgettes… A la fois, au titre on sentait poindre le Bénabar qui sommeille en chacun de nous.

-         Ne me dis pas qu’il a égalé le compositeur de La Pierrade ?

-         Mais non, mais non voyons… Nous n’en sommes pas là. AFD est un garçon difficile à suivre. C’est même à se demander pourquoi tant de monde le suit désormais.

-         Une certaine inclination au cynisme qu’on lui prête tant peut-être ?

-         Oui, oh… Rien de bien neuf sous le soleil dans ce cas, le cynisme est en vogue, sinon tout le temps, du moins régulièrement non ? D’autant que le sien me pose question figure-toi. Car je comprends par là un penchant évident pour le deuxième degré, au risque de s’y complaire parfois.

-         Comme un matheux avec les équations quadratiques ?

-         Si ça peut te faire plaisir… Je m’explique. J’ai accouché d’une génération spontanée d’estime pour Arnaud – tu permets que je l’appelle Arnaud ? – et il m’en reste encore suffisamment pour que je ne puisse admettre qu’il ait composé toutes ses chansons au premier degré. Musicalement, s’entend.

-         Ben alors ? Je croyais qu’il avait tressé ses fibres de rotin musicales, à la façon de l’artisan que tu connais vaguement ?

-         Si seulement mon ami ! Que n’a-t-il poussé l’illustre copie tout au fil de son disque… Mais non, il a fallu que monsieur pioche dans un répertoire beaucoup plus large de la variété française. J’ai parfois senti les souffles de Véronique Sanson, Dalida, Michel Berger, Enzo Enzo, voire même Gilles Gabriel vrombir dans mes tympans le temps d’un pont ou d’une montée. Soit, il y a pire. Mais au-delà de cette filiation plus ou moins perceptible, la plupart des titres sont globalement décevants. Ne sois pas trop exigeant, typé Gainsbourg comme France Culture, les chœurs tendance Atom Heart Mother en plus, sort son épingle du jeu. L’origine du monde, Je vais au cinéma se laissent bien écouter. Risotto aux courgettes aussi d’ailleurs, nonobstant une partie des paroles et les deux claquements de fouet en guise d’illustration sonore aux paroles « Qu’on le fouette »… Tiens, tu vois, ces coups de fouet : ils sont trop nuls pour avoir été placées là au premier degré. N’empêche, fort de ce postulat, ils n’en deviennent pas moins nuls. L’intention de l’auteur, seule, est justifiée. Et que dire d’Imbécile heureux ! Je ne sais pas, peut-être est-il nécessaire de ressentir en plein les élans de gratitude propres à un nouvel émoi amoureux pour supporter ce morceau ? Moi, je n’ai pas pu.

-         Bon, en gros, cet album est une merde quoi.

-         Non. Vraiment, je ne peux pas me résoudre à un jugement aussi lapidairement négatif. Certes, c’est une déception. Disons que, dans la mesure où il me suffit de me trouver en présence d’un émetteur radio pour entendre la chanson qui me plait, je pourrai sans doute désormais m’économiser l’effort de glisser ce disque dans une platine, voilà.

-         Mouais… Tu vas me faire croire que tu ne l’as pas téléchargé illégalement ?

-         Ca va, c’est bon Hermann Maier. Je plaide coupable. Je m’épargnerai un double-clic dans ce cas… Cela dit, la  pochette, qu’on dirait tirée d’un film de Rohmer, est jolie.

-         Hum… Sans doute. Je t’ai dit, je suis pas cinéphile.

Harry Kelm/Kelm Harry

Laura Veirs : live au Café de la Danse, 29 janvier 2010

In En vrai, Musique on février 5, 2010 at 10:32

Après l’écoute de son album intitulé Carbon Glacier, sorti en 2004, je me suis dit : « c’est elle ».

Elle était devenue en quelques mois ma priorité, LA personne que je désirais voir sur scène. Coup de bol : la voilà à Paris. Alors, ce Carbon Glacier, me direz-vous…. Un bijou qui paie pas de mine au premier coup d’oreille. Puis qui se révèle tout doucement à mesure des écoutes. Les sons sont bien fichus, les instruments sont bien choisis pour révéler toute la douceur et la nostalgie de la musique : clavier à la Nico B. (nord, pour la marque), petit violon, basse au son rond et doux, guitare électrique ou classique. Batterie discrète, ou pas. La qualité de cet album réside dans une certaine précision : faire juste ce qu’il faut pour l’auditeur, avec finesse et justesse. Dur à définir en fait… Un sentiment de perfection se dégage, c’est assez rare je trouve. Alors voilà comment je suis devenu fan et je vous invite très vivement à connaître cet album. Maintenant je ne peux pas vous parler des autres albums (y’en a bien cinq ou six) alors je vous parle du concert, nom de dieu.

Comme à l’époque où j’étais remplaçant au RC Lons, je pars à l’échauffement : bière ! (au lieu de faire des flexions ou autres montées de genoux) Café de la Danse rempli à ras la cafetière, dès 19h. Du coup, on est placés en bas à gauche, excentrés, proche de la scène et dans le courant d’air. And Laura’s coming….

Belle robe noire à pois blancs, lunettes carrées noires, enceinte. Elle saisit directement le public qui est religieusement à l’écoute. Je ne vous avais pas encore parlé de sa voix…. Très profonde, très assurée. Laura a du coffre, Laura est précise. Douceur et tendre nostalgie de vacances d’été révolues. On voyage paisiblement dans les chansons, on n’a pas vraiment envie de bouger. La voix est accompagnée des mélodies provenant du violon, du clavier, de la basse et de la guitare. L’osmose de partout.

Tout ça aidé par le charisme de Laura, qui ne réside pas uniquement dans la voix mais aussi dans une interprétation personnelle, immobile et sensible. C’est l’aura de Laura, quoi ! (je suis un peu relou là avec le jeu de mot, mais on peut vraiment parler d’aura quand même). Elle a en elle la science de la transmission, sait nous toucher au plus profond de notre chair, appuyée par des musiciens parfaits dans leur talent et leur discrétion qui ne mettent en avant que la musique (pas de gestes superflus, pas d’interventions inopportunes entre les morceaux, ils les jouent en les vivant sincèrement).

On apprécie la qualité des chansons et leur intelligence, en particulier dans la faculté à faire respirer la musique. Les parties violon sont toujours à propos et le clavier délivre avec délicatesse et parcimonie de fines mélodies qui apparaissent puis repartent. Les chansons ne se figent pas autour d’un thème mais voyagent habilement.

La musique de Laura Veirs prend une grande dimension en live, mais n’oubliez pas d’écouter Carbon Glacier, et pourquoi pas les autres, après tout, y’a pas de raisons…

Théo J.

Lawrence Arabia – Chant Darling

In Musique, Tocades on février 5, 2010 at 1:36

Bon, pas besoin de mettre lien vers mon dernier article pour expliquer d’où donc c’est tu qu’on les connait.
Ou plutôt LE. parce que Lawrence Arabia c’est d’abord un musicien, James Milne, ancien membre de The Brunettes – groupe que je n’ai jamais eu l’occasion d’écouter – néo zélandais. Pas australien.
Il joue avec des tepos trouvés sous des latitudes équivalentes, mais dans l’ensemble son disque il l’a fait tout seul, en Suède. C’est assez étrange parce que ça sonne plutôt ensoleillé avec quelques embruns, pas du tout Scanie-bottes fourrées-harengs marinés.

Les chansons :

Look like a fool
Ca fait un peu peur parce que ça commence a capella, étrange croisement de Kevin Barnes et de Sinatra. Mais après ça part bien et c’est une bonne intro à l’album, malgré son classicisme.

The undesirables

Porte bien son titre, no comment.

Apple pie bed
Tube ! Ca commence tout retenu, un riff d’agrimini. Ca chatouille l’intérieur des oreilles et comme on peut pas se gratter là, on secoue les cheveux, on chante. On a tous envie d’aller passer la soirée à la tool box, d’avoir une moustache, un marcel sous un blouson en cuir, mais quand même des baskets et un jean slim en strass pour montrer qu’on se comprend.
Peut être 2 tours de trop à la fin, mais comme c’est juste pour attendre de la remettre au début, ça va.

Auckland CDB Part 2
Vous vous en doutez, pas besoin de chercher la part 1.
C’est un Vampire Weekend en résidence surveillée à qui viendrait rendre visite Henri Mancini (période Drôle De Dames). Bien réussi !

Beautiful young crew
Certains reconnaitront dans la voix un accent de Miles Coombes qui essaime jusque dans la baie d’Auckland.
Une trompette bien sympa pour un morceau qui prend toute sa dimension en live quand le troupeau panurgien chante en choeur :
We love each other, we hate each other, we’re afraid of each other, because we want to screw each other.

Eye A
Le morceau dragibus. Happyland, village dans les nuages, fanfare gentille d’un hameau de la Comté (celle avec des portes rondes et des petites gens à grandes oreilles et sans chaussures).
Une bourrée pop, sucrée comme un bounty.

The crew of the comodore
L’outro est super bien : des choeurs, un rythme un peu bancal, tout ce qu’il faut. Le reste est moins original. Un peu pilotage automatique. Comme the Whitlams sur leur album orange. ou comme un jazzeux qui poserait une impro en gardant un oeil sur Guingamp – Sochaux.

Fine old friends
BO de film fin 90’s qui veut poper’ rock à bon compte avec du formica en carton sur un fond bleu pour coller ce qu’on veut derrière. Ca n’aurait pas juré sur la BO d’Empire Records. Mais c’est bien quand même.

I’ve smocked too much

Une octave en dessous, ça pourrait figurer sur le Springsteen tribute à Seeger. Mais on se laisse emmener, on met des bottes par dessus nos Repetto parce qu’on sait qu’on va pas loin et que le cheval en fait c’est un poney. Il y a un peu de poussière sur le refrain, des maracas et un tambourin.

Dream teacher
Quand ça commence on imagine le dialogue :
« Hé les copains ! j’ai acheté une reverb’, on fait une chanson un peu onirique ? Regardez, presque pas d’instrument et puis une ligne toute simple…
- Carrément yes ! »

Et puis le refrain commence et là… Pour une fin d’album, ça envoie  joli : tristoune, adieu, nostalgie, R-I-P, l’échelle-pour-monter-à-la-fenêtre, le-soleil-qui-se-couche-sur-une-plage-déserte-en-août, on-attend-que-les-étoiles-viennent, Grosquick-est-de-retour, il-y-a-une-pizza-4-saisons-au-congélateur.
J’ai envie de fumer une Lucky Strike et de me gominer les tifs pour draguer Betty Draper quand elle avait 20 ans, l’emmener en Cadillac dans un ciné en plein air.

Ben voila, c’est un disque pas parfait, mais agréable, léger, rafraîchissant.
C’est toujours compliqué de donner envie d’écouter un album, ou de faire une critique positive sans être dithyrambique. Pour celui-là, je dirais qu’il se laisse écouter comme se laisse boire un grand verre de sirop de citron quand il fait bien chaud. C’est un peu sucré, acidulé, ça fait du bien et on en veut encore, même si ce n’est pas un Single Malt.

Pour écouter sur Spotify, c’est là

Nico