Aboiements & Tocades

Fringe

In Cinéma/Séries, Tocades on mai 21, 2009 at 10:21

Fringe

C’est la nouvelle série créée par J.J. Abrams. De la science-fiction, bien que très ancrée dans notre actualité, histoire de rendre le tout plus crédible et plus touchant. Pour cela la bonne vieille recette X-Files : le gouvernement vous cache des choses.

Trois personnages : un savant fou échappé de l’asile, son fils surdoué échappé de Dawson et une blonde policière qui a l’impression que sa vie lui échappe, à qui l’on va faire appel pour résoudre des phénomènes mystérieux.

Au niveau esthétique, ça commence mal : les noms des lieux sont indiqués en surimpression sur l’image avec une police 3D très laide. Les noms flottent dans l’espace comme une phrase idiote sur un écran de veille…
Mais bon, pendant les premières heures de la série, on laisse une chance, on sait que la mise en place peut prendre un peu de temps et que les acteurs (un peu à la ramasse il faut l’avouer) s’imposent. Toutefois, on commence vite à grimacer quand on branche un mort sur le cerveau d’un vivant pour les faire communiquer à grands coups de psychotropes et de méga-watts…

On grimace encore dans les moments solopsychotropelectrologiques durant lesquels, pour aller au plus profond de son inconscient, l’héroïne doit plonger dans une vieille cuve pleine de saumure, défoncée à toutes les drogues en circulation -ce dont elle se remet en deux secondes grâce à une chtite piqure d’adrénaline- portant invariablement le même soutien-gorge de sport noir, pour bien prouver qu’elle est le personnage action de la série pendant que le docteur la guide en lui lisant des passages de la Bible, le tout sous les yeux de la vache qui broute dans un coin du labo, élément comique récurrent…

Le coup de grâce arrive dans un épisode dont je n’ai pas retenu le titre mais dont l’intrigue est la suivante : Un jeune homme chimiquement manipulé voit son champs magnétique personnel (on en a tous un semble-t-il) amplifié, et réactif aux émotions. Du coup, quand on l’énerve, il fait planter les ordis, démarrer les voitures, s’écraser les ascenseurs. Ce dernier point aurait pu réduire assez vite la durée de vie du personnage, mais non : lui-même, dans un OTIS qui se crashe, est protégé par son champs magnétique, qui fait airbag…
Ca fait déjà beaucoup non ? Eh bien ce n’est pas fini. Cet épisode est un fourre-tout pour scénariste au bout du rouleau (pour reprendre une expression chère à Nanarland.)
L’enquête mène en effet nos trois larrons dans l’appartement de la maman de notre micro-onde ambulant. Maman dont il a malheureusement fait griller le pacemaker, du coup elle est un peu morte. Et sur quoi nos fins limiers vont-ils se concentrer pour essayer de retrouver le dangereux criminel ? Une cassette audio trouvée là.

Comme vous le savez, une cassette, c’est une bande magnétique.
Ca apporte quoi ? Voyez plutôt : Il suffit de filtrer le son enregistré sur la bande pour retrouver la signature magnétique unique de notre bonhomme.
Et après ? Satellite ? Compteur gégère ? Que nenni, on fait appel à des oiseaux migrateurs, sensibles aux « ondes ». Finement pensé non ? Mais comment qu’on leur fait apprendre les ondes ?
Prenez un lot d’oiseaux migrateurs. Ici en l’occurrence, des pigeons (les scénaristes ont confondu pigeon voyageur et oiseau migrateur, ça arrive.)
Le Dr Maboul affirme qu’il y a de la magnétite dans leur bec. Il suffit donc de les enfermer dans un grand tube de plexi, d’aligner de chaque coté des bobines de tesla qui font des beaux éclairs bleus, et de brancher ces bobines à la fameuse fréquence retrouvée sur la cassette. Voilà nos zoziaux programmés, qui vont en effet droit au hangar où est enfermé le pauvre radiant…

Dans Fringe, la leçon de Lost (ratage par excès de mystères et de portes ouvertes sur rien) semble avoir été retenue : les intrigues, aussi tordues ou multiples puissent-elles être sont toujours liées soit au Dr, soit à une obscure multinationale dont le chef n’est autre que son ancien collaborateur. Ils ont un filet. Du coup, les scénaristes se lâchent à un tel point que tous les trucs d’Abrams (peut être aussi parce qu’ils ne nous surprennent plus) ne parviennent plus à faire passer la pilule.

Il y a un moment où ces bonnes idées ne suffisent plus. On ne peut pas les recycler à l’infini dans des variations sur le même thème ou avec des prétextes de plus en plus farfelus.

Et la surenchère que l’ont voit apparaître entre les séries commence à foutre en l’air l’intérêt même qu’il y avait à s’y intéresser. On aimerait qu’elles puisent toutes être des oeuvres closes, pensées, arrêtées à temps (Twin Peaks, Six Feet Under, Flight of the Conchords…). Ou apportant une esthétique originale (Mad Men, Dexter…).

Mais un bon pilote, avec juste une petite bonne idée, ou un truc suffisamment tordu pour créer la curiosité,  et on tire sur la corde jusqu’à ce qu’elle lâche…

Car je ne vous ai pas dit, mais il y aura une saison 2 !

Nico