![Belle prise de poisson[1] Belle prise de poisson[1]](http://jappeadmin.files.wordpress.com/2009/07/belle-prise-de-poisson11.jpg?w=500&h=360)
S’il était une bien mauvaise habitude de pensée aux environs de tout ce qui se prétend approximativement lettré, nous devrions citer cette manière khâgneuse de débiter des sornettes mal achalandées et inadéquatement ficelées façon dissertation de culture générale. Ce matin encore, lisant le journal sur mon fidèle écran vintage (inutile de penser que cette phrase n’est d’aucun intérêt), un merveilleux texte du non moins remarquable Monsieur la résilience (peut-être d’ailleurs certains d’entre vous l’auront-ils parcouru). L’affaire traitait de la théorie de l’évolution. La justice (dont je suis féru, personne je veux le croire n’aura l’audace d’en douter) m’enjoint à transcrire ici liminairement les circonvolutions d’une argumentation imparable (à tout le moins). Monsieur machin-chouette se propose de montrer qu’une espèce trop bien adaptée péricilite, avec force exemples, autrement dit que les trop forts ne survivent pas toujours (sous entendu jamais, tremblez Marines). Si la mécompréhension de notre bon docteur est plus qu’évidente (car l’adaptation est, par définition, la condition de la survie de sorte que la dépérissement par surpopulation constitue bien un cas d’inadaptation), là n’est pas le noeud, le sel de notre histoire.
Prenons de la hauteur (hop !), on ne se pique pas de philosophie pour ruminer de l’herbacée à la volée tout de même. La recette d’une bonne pensée s’enracine sur un goût immodéré pour le paradoxe profond, de quoi opiner du chef, la lèvre tremblante d’un léger soubresaut, oeil au ciel : « Ah que c’est beau ! ». Ledit paradoxe doit violenter le sens commun ou mieux, débiner du théorème. Cette condition est, dans l’exemple présent, bien respectée. L’obtention d’un aussi grandiose résultat demande des fondations sûres. En premier lieu, une incapacité notoire à comprendre. En second lieu, un usage ambigü au possible de concepts ressortissant à un autre champ (En passant, Lacan était un orfèbvre de la discipline. S’il fallait retenir un quelque chose de son salmigondis, l’utilisation psychanalytique de l’algèbre fournirait un paradigme idéal), ici, survie, adaptation, force et démographie se mélangent sans contrainte ni ménagement. L’effet efficace supposant de mettre à bas le prestige d’une conception partagée. La dissertation khâgneuse tire sa puissance d’une quadruple racine : la malhonnêteté (a.k.a. l’amour de la publicité), le flou logique (autrement nommé saut de catégorie), la hardiesse (le défi aux étoiles dans un bac à sable) et, enfin la tempête dans un verre d’eau. Elle sera pourtant, on s’en doute, insuffisante. Son objet reste délicat à cerner, il est généralement critique, remarquez. A l’instar de notre inénarrable art contemporain, l’ensemble doit donner à se gratter en passant. Il convient d’être digeste et frappant comme un slogan, en conséquence de quoi, le titre devient l’élément essentiel du dispositif. Tout uniment, la supercherie doit pouvoir demeurer discrète. En ce but, deux méthodes sont possibles : la loghorrée verbeuse (ou méthode universitaire américaine importée depuis l’hexagone), il s’agit de la version prétentieuse adressée aux intellos en mal de sensations, ou la simplicité imparable (destinée aux dilettantes de la pensée, trouvant là une moelle inespérée de fin de banquet bourgeois). La conclusion aura la tournure d’une moraline limpide dans le second cas, d’une invitation au philosophe de l’avenir dans le premier.
La culture sans en avoir, la pensée sans en avoir. Rien de très grave, sinon la normalité bien engagée du processus. C’est donc à vous, chers lecteurs, de porter haut le flambeau de la réflexion. La science le prouve, l’homme est seul maître de son destin.
Bloombloom
Publié le 1 juillet 2009 parjappeadmin
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