
Je les croyais mourrus, dessechés dans un sous sol de chez Warp, Trish Keenan prenant la poussière comme ces poupées géantes dans les remises des grands magasins. C’est ça aussi de s’en aller sur une compile et de tout laisser en plan. Je m’étais fait à l’idée de les commémorer, de les aduler comme de chers disparus. Et puis voilà qu’arrive la nouvelle : In advance of our forthcoming full length next year we have a new mini-album available to download – ‘Broadcast & The Focus Group Investigate Witch Cults of the Radio Age’…. it’s a collaborative effort with our friends The focus Group of the Ghost Box label.
Un vrai album rien qu’à eux l’an prochain, sûrement avec une tournée (Yummy !) et un mini-album en guise d’amuse-bouche bricolé avec des copains. J’ai vite mis « Lecture » pour faire couler le miel dans la gorge de mes oreilles, la voix de cette chanteuse à laquelle tu as d’abord envie de mettre un coup de pied au cul à cause de sa diction mécanique et son chant bizarre mais qui te prend par la main pour t’emmener sur les hauteurs de 60’s électronisées, d’innocence sombre et de froideur aphrodisiaque.
J’ai été un poil… désappointé. C’est un peu comme de voir un groupe derrière un écran de fumée (la reverb’) sur lequel on projetterait des images issues d’un programme destiné à la lobotomie en douceur ou à l’éveil des alzheimeriens par les sensations champêtres.
Tout y est : les canards, les mouettes, les BO d’émissions de télé d’un autre âge, etc.
Du coup je suis allé chercher un peu qui était ce mystérieux « The Focus Group » et je n’ai pas été déçu. Il offre, et je cite leur maison de disque, un programme varié d’activité musicale à des fins éducatives et rituelles…
De la musique homéopathique…
Revue :
Intro : Ben c’est une intro : pas long, ça pose une ambiance asiatico-mystère.
The Be colony : Trish is back ! Ca fait plaisir de l’entendre. Un petit abus sur les effets, mais on s’apercevra vite que c’est une constante du disque. Ici les coupables sont une reverb et un rotary qui officient avec la légèreté d’un Rocco dans un film d’amour. Le morceau reste quand même bien agréable.
How do you get along sir : Le batteur est là aussi ! Ah non… Ah mais c’est fini.
Will you read me : Ah si il est là mais il enregistre dans le studio d’à coté en fait. On le devine plus qu’on ne l’entend… La partie synthé / guitare part bien, mais elle n’est là que pour annoncer :
Reception Group Therapy : On aime le préliminaire chez Focus. D’ailleurs ce morceau n’est qu’un prélude à :
Quiet Moment : Des sons comme on les aimes, des claviers un peu cradingues, des aigus saturés, quelques voix angéliques nous inquiètent, mais pas trop longtemps, car :
I see, So I see so : Ca commence comme du Broadcast, puis les claviers joliment saturés laissent place aux mouettes et à des cordes pincées, troubadouresques. Dans le refrain, j’ai vérifié, c’est bien l’air de Il est né le divin enfant. Et c’est pas parce qu’il y a des mouettes qu’on va faire semblant de pas l’entendre ! Ah ben tiens, c’est fini aussi.
Pour vous repérer, ça fait pas dix minutes de musique et on a déjà sept titres. Bon, c’est de l’art, et même un collaborative effort… Alors effortons.
You must Wake : Un petit coté Debussy. Je sais pas pourquoi c’est lui qui m’est venu, mais c’est comme ça. C’est tous ces animaux aussi…
One million years ago : Encore un bout de l’intro de l’intro de l’intro de l’intro… mais en deux minutes au lieu d’une. Plutôt joli.
A Seancing Song : Enchainement sans douleur, la même atmosphère et la voix comme filtrée par le système de son d’un vieux film. Pas Le Flic de Beverly Hills, non, encore plus vieux, avec des téléphones qui font drinnnng ! D’ailleurs il y en a un qui sonne. C’est une bande son des années 50. Le tremblottement du rotary devient plus acceptable.
Oh you chatterbox : Le batteur est de retour, malheureusement il joue avec un claveciniste et un flutiste… Et puis une mouette crie et passe dans des filtres qui lui font mal.
Drug party : ‘Gad’ donc tous les effets que j’ai dans une si petite boite ! C’est dingue non ? On pourrait jouer avec des rires et puis des aboiement, ça ferait un truc flippant à la Lynch mais pour les oreilles…Le batteur sauve l’honneur.
Libra, the mirror’s minor self : Une belle partie de chant posée sur un lit pas trop bruitiste… On nage dans l’éther tel le Duc dans le ciel de Los Angeles.
Love’s long listen in : Enchaîne directement derrière le morceau précédant… Le changement de titre se fait à l’entrée de la batterie. Toujours ce vieux fond de radio-bollywood, flutiau moche et gammes en guimauve…
We are after all here : Un peu entêtant. Des voix se superposent au loin (ça c’est pour justifier le titre). Une mouche bourdonne (mais en fait c’était des effets sur une vraie voix). Bof.
A Medium’s high : Marre des angelots et des cloches. Il y a des bruits d’ordinateur en plus. L’atmosphérique à deux balles, je passe. (ça me fait penser qu’il faut que je vous dise : le disque Riceboy sleeps de Jonsi and Alex est bien agréable, comme une bonne bouteille de whisky dégustée dans un jacuzzi, sous les étoiles brillantes d’une nuit islandaise)
Ritual – looking in : des alarmes… Est-ce pour prévenir de l’arrivée d’un morceau enfin broadcastien ? Ça commence bien, le batteur reprend les devants dans un groove brisé dont il a le secret. Ca tourne, ça tourne et puis ça passe. Encore cette flûte… Ah, des canards !!!
Make my Sleep his song : J’aime bien le titre. Ça démarre diaphane, nordique… C’est chanté du fond d’un fjord. On entend l’eau clapoter et puis ça veut faire peur. On imagine assez bien Yoga en train de plonger pour aller déposer une rose a sa maman (cf. Les chevaliers du Zodiaque, on fait comme on peut). Et puis ça va nulle part…
Ah si, vers un morceau à la Emilie Simon :
Royal Chant. Honnête. Jusqu’à ce que des chiots (numériques) gémissent.
What I saw : choeurs & oiseau.
Let it begin – Oh joy / Round and round and round / The be colony – Dashing Home.
Cousteau ; Arthus-Bertrand, National Geographic, Planète…. tous, ils sont là. Pas Broadcast.
Bien sûr, ça doit s’écouter d’une traite et les ambiances s’enchaînent. Mais vous l’aurez compris, ça tombe un peu à plat. Trop concept album. Ça fait bien plaisir de savoir qu’ils ne sont pas foutus, mais on attend le vrai disque l’an prochain. Je plains juste un petit peu les fans US qui se sont rués sur les billets si c’est pour bouffer un concert Vol au dessus d’un nid de coucou.
Pour finir, ce mini album sort (sur des bouts de pétrole) fin octobre.
Pour les fétichistes seulement.
Un petit extrait vidéo, condensé de The Be Colony :cliquer ici
Obokin
C’est quand même malgré tout une fichue bonne nouvelle de les retrouver. A entendre bientôt proche de chez nous, du genre à Nature et Découvertes ?
Bon dieu god, Obokin, qu’est ce qu’il est bien écrit ton papier, qu’est ce que j’ai aimé le lire ! Il ne donne pas envie d’écouter le disque mais de relire les mots ! Je viens de découvrir Tender Button et, 1000 ans après Work & Non Work, je retombe sous le charme de Trish et Broadcast, groupe plein de miasmes velvetiens.