Aboiements & Tocades

Archives pour octobre 2009

Atlas sounds – Logos

In Bilan de compétences, Musique, Tocades on octobre 30, 2009 at 5:36

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On peut entrer dans ce disque traditionnellement, en commençant par le début, ou se faire accompagner par Noah Lennox ou Laetitia Sadier.
Des guests, ça sent l’argument commercial à plein nez, mais sur cet album, ils ont un coté salutaire.
Ils mettent Bradford Cox sous un jour qui nous rassure, le tirent vers nous, quand seul il semble errer dans un univers trop lointain.
Ce disque est apaisant et triste comme une pluie d’été, un nuage trop fin pour faire barrage à une lumière qu’on sent là, à deux doigts de percer et de tout résoudre.
Si vous voulez de la biographie, il doit bien en avoir qui traîne sur Wikipedia ou les Inrocks, ça explique peut être des choses, en tout cas ça dessine des liens bien rassurants entre le personnage et l’oeuvre, mais on se contentera ici de parler de la musique.

Voui ma bonne dame.

Et d’abord du morceau qui m’a servi d’entrée : Walkabout
Mr Panda Bear pose d’entrée de jeu sa grosse patte poilue avec un petit riff bouclé sauce reverb’. Puis ça démarre joyeusement, sur un sample de The Dovers (What am I going to do – Merci ww2w).
C’est entrainant et on est heureux comme des Télétubbies. Il y a un mini break de cours de récré et ça reprend. Ca pourrait tourner à l’infini en multipliant encore et encore les vagues de choeurs, voix, sons, mais ça a le bon goût de savoir s’arrêter pour nous permettre de le remettre au début.

Sauf si on laisse tourner la platine : on saute alors à pieds joints dans une chanson pleine de guitares qui commence comme une tristoune popperie Dawsonienne. Mais la batterie à la peau de grosse caisse mal tendue donne un peu de virilité à l’ensemble et le morceau nous emporte sûrement vers son refrain lumineux.

Après ce très réussi Criminals, on épure avec Attic lights. La première moitié du morceau fait sobrement songwriter (avec des bras supplémentaires quand même pour les overdubs) puis quelques sons électroniques viennent compléter le tout. Un peu plus et il pouvait piquer la place à Hope Sandoval pour les pubs Air France. Les guitares reviennent en avant pour la conclusion, soutenant la voix expirante dans une ambiance de road-movie.

Les accords lourds qui arrivent sonnent comme un faux départ pour Shelia, une poétique chanson pop aux paroles magnifiquement flippantes. La première minute est très entrainante, puis les accords incompris du début retrouvent une place dans un refrain sombre. Plus on avance plus on a l’impression que le morceau peut dérailler, surtout dans les parties plutôt positives. Mais il tient la distance. La voix s’éloigne de plus en plus, et finit par disparaître de notre champs de perception sans s’être arrêtée de chanter. Comme si elle devait toujours être présente, ailleurs.

Quick Canal est le morceau Stereolab d’un album finalement plus proche d’Animal Collective. La troisième porte d’entrée si on veut. Laetitia nous prend par la main et nous fait faire la moitié du chemin, comme elle semble l’avoir fait avec M. Cox pour l’autre moité. Cette chanson a la lancinance de « The Past Is A Grotesque Animal« , la voix de Laetita Sadier gagne à se balader dans l’éther. Sa présence parfois irritante dans Stereolab se fait ici beaucoup plus caressante. Et donc beaucoup plus agréable.

My Halo aurait pu être jouée dans Twin Peaks, vous savez la scène absurde sur la moquette. Ca fait très vieillot. Pas comme un Jeunet qui met tout en sépia pour faire style, non ça sent vraiment la gomina périmée et le formica usé. Exercice de style réussi, un détournement d’esthétique, un accommodement à la sauce Atlas.

Kid klimax est beaucoup plus électronique, synthétique. Comme toujours, la voix semble arriver sur la musique à la va comme je te pousse. Comme si le texte se suffisait à lui même mais que la musique le tirait quand même pour avancer, dans un flegme gainsbourien. Il pousse là l’exercice au maximum. C’est réussi.

Washington School : La boucle du début sonne comme un truc qui ne s’arrêtera qu’avec une panne de courant, un plan qui a une vie propre. Le chant est ailleurs. Il n’y a pas vraiment de mot de la fin. C’est juste beau. Et même si on n’a pas envie que ça s’arrête, il faut bien que ça finisse.

Logos. Le titre de l’album. Rassemble toutes les tensions palpables ça et là dans le disque, de l’engouement, de la nonchalance, de la créativité, un poil de sombritude. La double batterie sonne super bien, c’est composé comme une chanson pop mais chanté comme… Comme du Atlas sound. On ne peut pas passer sous silence l’influence d’Animal Collective, mais il y a vraiment une particularité propre à Atlas sounds. La reverb’, par exemple y apparaît beaucoup moins comme une pose ou une particularité esthétique à décliner à l’infini. Tout semble justifié sur ce disque, tout semble nécessaire.

Je n’ai pas encore parlé de The light That Failed, qui commence le disque pour de vrai, qui inquiète un peu à vrai dire tant elle évolue dans des brumes qui font craindre un album ambient. Mais c’est un très beau morceau finalement.

Je terminerai sur An orchid second morceau, aérien (qualificatif finalement assez adapté au disque), assez simple et lointain. Un peu BO de Virgin Suicide.

Pour conclure, prenez ce disque par où vous voulez, mais écoutez-le. Il est plein de bonnes choses, intimiste et ouvert, léger et intense, acoustique et électronique, bancal et équilibré, anecdotique et nécessaire.

Allez, je vous aide : cliquez là

Obokin

Slick Rick, vilain garnement

In Musique, Tocades on octobre 29, 2009 at 5:17

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Vous vous êtes toujours demandé comment Snoop Dogg avait fait pour poser un tube à base de claquements de langue sans jamais passer pour une fieffée salope auprès d’une communauté de rappeurs pourtant ouvertement homophobe ? Mais mes amis, c’est qu’on avait déjà brûlé le terrain, préparé le public à une autre cadence de flow, et le débroussailleur de cordes vocales en la matière n’est autre que Slick Rick.

Slick Rick un vrai chiffon, imbibé d’essence celui-là. La première fois que j’ai vu sa tête de retardé mental c’était sur le vinyle « The Great Adventures of Slick Rick », chaînes en or bien sûr, sourire vicieux et pas encore le fameux bandeau de pirate sur l’œil.

Il me faisait penser à un élève qui était avec moi à l’école primaire, avec des grosses lunettes, l’air idiot et les cheveux en bataille. On lui avait collé du scotch marron sur le verre droit parce que, comme il le disait, « son œil était fatigué ». Je lui ai juste demandé ça un jour, intrigué, puis il est retombé dans son exclusion habituelle… C’était pas normal d’avoir un organe fatigué aussi jeune… ça foutait les boules… on avait l’impression de pouvoir choper ça par contamination.

Heureusement pour Slick Rick, il n’avait pas que l’œil malade. Tout est plus ou moins monté à l’envers chez lui… c’est bien, ça vous impose un homme… un handicap vous exclut, mais quand vous êtes brûlé à tous les étages de la raison c’est pas pareil … on vous respecte plus facilement. Slick, on lui a toasté les neurones à la naissance. La preuve, il tente de buter son cousin, mais manque de chance il abat aussi un passant… Rigolez, mais vous avez déjà essayé de tirer avec un bandeau sur l’œil c’est pas facile… Total street life, notre homme passe la moitié de sa jeunesse en prison et finit par y écrire ses albums. Maintenant libre, les Etats-Unis tentent de le refouler du territoire parce que le pirate du tierquar s’avère être londonien. Monsieur se terre donc dans le Bronx pour éviter son expulsion.

Voilà pour camper la mythique-gangsta-légende du dangereux garnement qui ressemble si tristement à l’histoire banale d’un pauvre sans éducation. Mais parlons de ce qui fait la nouveauté de Slick Rick : un flow douceâtre, très peu appuyé, qui prend son temps, une haleine moite qui se distille directement dans vos tympans, un timbre légèrement fêlé, vicieux et malsain. L’homme borgne vous parle mais en violant la distance corporelle respectable. On sent un danger à cette trop grande proximité, ça susurre, ça chuchote, ça prend son temps, comme un sadique qui aurait attaché sa victime avec des fils électriques et qui s’amuserait avec sa proie avant de la dévorer. Pas d’éructations héroïques, de poussées grotesques ni d’éraillements vocaux, pas de pleurnicheries r’n'b non plus, tout se maîtrise, et pourtant on le croit tellement plus qu’un autre quand il entonne le fameux « Treat her like a prostitute. ». Parce que les attributs de la violence sont tellement plus efficaces lorsqu’ils se font litote, sourdine froide tendue comme un nerf, économie du vice, maîtrise des humeurs volcaniques et réinvestissement illico dans les formes de la souffrance, dans ces cimes neigeuses du grand froid et du haut-mal. Représentant de tous les dérèglements, Slick a compris que le diable est un aristocrate soucieux des détails ; il arbore toujours un sourire de contentement, prend son temps et ne sort jamais sans ses chaînes d’or et d’argent qui sonnent joyeusement contre sa coupe de champagne en cristal.

http://www.deezer.com/fr/#music/slick-rick/the-art-of-storytelling-246357

Vincent

Sonic Youth, Palais des Congrès de Paris, 25 octobre 2009

In En vrai, Musique on octobre 27, 2009 at 8:56

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Peut-on être sceptique à l’idée de se rendre à un concert de rock comme on le fait pour aller au cinéma, bien assis dans le fond de son siège et privé de son corps ?

En même temps, mon intuition me souffle qu’un concert des Sonic Youth, ça se savoure les yeux fermés, ça emporte dans des rêves cosmiques et denses. Alors pourquoi pas être bien installé, oui…

Le lieu est gigantesque. Un amphithéâtre qui n’en finit pas de grimper avec des sièges rouges qui titillent les rétines. Les yeux vers le plafond, la nuque calée, je constate des dizaines de petites loupiotes discrètes, jaune et bleue. Elles tapissent un climat tamisé et ressemblent à plein d’étoiles. La scène est prête. Les amplis des Sonic sont superbes. Ils sont constitués de cercles rouge et bleu qui évoquent des cibles. La guitare rouge de Thurston Moore tranche avec le noir du plancher. Pour décorer le plateau, rien de tel que les Anthropométries d’Yves Klein.  Le rendu est très équilibré et très beau.

Après une première partie totalement insupportable qui ne mérite pour critique que le mépris, voici nos Sonic new-yorkais. L’acclamation de la foule est impressionnante : ils sont accueillis debout (ben oui, au départ on était assis) et comme des héros. Le public s’amasse vers la scène. Certains dévalent les marches quatre à quatre, bourrés d’excitation. D’autres plus prudents préfèrent s’approcher lentement et font durer le plaisir.

Et puis, comme je m’y attendais, ce fut le règne des guitares. Elles furent puissantes, s’enchevêtrant et se répondant. On se retrouva au milieu d’une complexité sonore qui eut le bon goût de proposer de louables ingrédients : parties mélodiques, variation des sons, longueurs trippantes, larsens justes. Une grande puissance se dégage de la scène, soutenue par les parties rythmiques du batteur, absolument monstrueux. Les sons grouillent et se confondent dans l’écho aérien si bien qu’il est difficile de savoir de quelle guitare provient tel son. Mais ce n’est pas grave, ça se savoure les yeux fermés, tout simplement. Les morceaux offrent une palette variée de sons et d’émotions. Les passages les plus sauvages et explosifs relaient les balades plus popy et tendrement nocturnes. Les compositions sont complexes et on a l’impression de ne pas savoir où on va ni sur quoi on va atterrir. Les voix sont uniques et offrent des colorations variées aux chansons : Kim Gordon évoque de la sauvagerie, de la spontanéité et du chaos. Thurston Moore est souvent à la limite de la voix pourrave mais il représente la touche Sonic Youth. Et son timbre de voix exprime une chaleur, une rage, de la hargne. Quant au chant plus rare de Lee Ranaldo, j’ai adoré, et j’ai même cru qu’on était en 1992, quand le grunge battait son plein. Il m’a carrément évoqué Kurt. C’était émouvant.

A l’image du chant partagé, Sonic Youth va bien dans toutes les directions. La variété des albums en atteste, comme celle des sons, des compositions.

Je remettrai ce soir le prix de la chanson la plus puissante qu’il m’ait jamais été donné d’entendre en live : « Cross The Breeze », sur Daydream Nation.

Les supporters de football heureux de leur équipe chantent des trucs du genre : « Qui ne saute pas n’est pas lyonnais ». Moi j’ai envie de chanter un truc qui ressemblerait à ça : « Qui n’est pas assis n’est pas Sonic Youth ».

Théo J.

Carol, Jeff, Lennie, George et les autres

In Bilan de compétences, En vrai, Musique, Ruminations on octobre 14, 2009 at 9:05

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Ca remonte à loin maintenant. Une affiche en noir et blanc à moitié décollée tremblait dans la brise molle, sur une pierre jaunâtre au coin de la rue Pasteur. Sur le morceau de papier glacé, la photo d’un vieux saxophoniste et trois noms : Popkins, Tristano, Califano.

C’est sur le second nom qu’on a tiqué. En souvenir de Lennie, on est allés voir Carol.

Carol jouait de la batterie. Carol est la fille de Lennie alors elle joue du cool jazz. Popkins était pote avec Lennie alors il joue du cool jazz. Califano suit le mouvement.

Ils avaient le sourire crispé entre les morceaux. Malgré la fausse pénombre ils voyaient bien la salle se vider, les portes battantes s’ouvrir pour laisser passer un flash de lumière crue en même temps qu’un spectateur déçu. Mais ils sont quand même allés au bout de leur mollesse.

Ils nous donnaient l’impression d’être en mousse et d’évoluer dans un nuage de barbe à papa. Carol ratait parfois le début des morceaux, après le & one, & two, & three, & four… Elle glissait sans y croire ses balais sur la caisse claire, sa cymbale, pour nous servir un groove bancal qui plombait encore un peu plus les parties de saxo caoutchouteuses. Le contrebassiste se cachait derrière son instrument et le public échangeait des regards pour vérifier que ce n’était pas une blague.

***

La condensation perlait le long des verres. Un peu de mousse avait débordé et s’étalait sur mon sous-bock. Le bar était encore fumeur. Ca volutait bleu, comme un paquet de gitanes. On causait de Lennie, de son nom lié à génie et influence. Et de l’énorme arnaque artistique que représentait la présence de Carol sur une scène jazz, qui n’avait pour elle que les minces reflets de l’aura paternelle. Et elle était bien exploitée, l’aura de Lennie, jusqu’à Satriani qui s’en réclamait !

Puis la conversation a dérivé sur Chedid, Higelin, Sardou, Bley, Levy, Debré, Smet, Dumas, Audiard, Lennon, Buckley, Bush, Gainsbourg, Bongo, Dassault, Sheen, Delors, Mastroianni, Jugnot et autre juniors… On s’est demandé si Evelyne Leclerc avait un lien avec le Général. On reconnaissait à Yvan-Chrisotome le fait de n’avoir pas trop parié sur le nom de sa mère pour percer.

Il y a des imposteurs. Il y a des talentueux. Mais le constat était le même pour tous : le nom de famille était plus qu’un accélérateur à ascension, sociale : il les déposait devant la porte du monde qu’ils visaient, ils n’avaient plus qu’à se donner la peine de s’y montrer.

Société de salons. Les acquis de la génération précédente rejaillissent sur les rejetons. Ils ont les codes, ils ont les contacts, ils ont la culture du milieu.

On crie un peu à l’injustice.

Les pintes vides ont laissé la place à un mauvais whisky. La serveuse est mignonne, ce n’est pas la fille du patron. Au moins dans les bars, on laisse leur chance aux anonymes. Un tableau aux couleurs criardes et coulantes me fait de l’oeil depuis que la tablée voisine s’est envolée. J’essaie de regarder ailleurs.

On s’est bien demandé ce qu’il faudrait faire pour remettre les compteurs à zéro dans tous ces domaines. On a vite trouvé un mur. On ne va pas tuer les enfants. On ne va pas tuer les parents. L’attention s’est focalisée sur la masse inerte d’anonymes en quêtes de reconnaissance ou de miettes de pouvoir, prêts à aller folâtrer avec un ornithorynque sous acide pour une bisouille de puissant.

Ce sont eux finalement, les idolâtres, qui fournissent la caution populaire à ces situations d’héritage ou de placement. Rassurés par les mêmes oripeaux que l’Ancien Régime avait fourni à ses bourgeois, par le système de noblesse de robe : cette petite porte sur les réseaux d’élite devenus démocratiques par leur ouverture à la plèbe. Sous couvert de talent, il y a une place pour eux, à l’horizon, le mirage soigneusement entretenu.

Une dizaine d’années plus tôt, toutes les écoles avaient été investies du devoir de commémoration de la révolution : le bicentenaire. Quand j’essaie de m’en souvenir, il ne me revient que la fabrication d’une brique en papier, à décorer comme on voulait… Pour cause, ça s’est bien télescopé avec la chute du mur de Berlin.

On nous en a pas moins rebattu les oreilles de la république et de l’égalité, de l’idéal social concocté par nos égorgeurs en collants. Au point qu’on a failli être dupe.

Le bar va fermer. On écluse nos godets. On sort de là avec le gros du troupeau qui restait encore. On s’attarde une minute dans la rue.

A chaque nouvel exemple de placement de rejeton ou d’exploitation patronymique, on ne peut s’empêcher de ressentir un malaise. En ça les hussards noirs et leurs anonymes descendants ont réussi leur office. Nous voilà bourrés d’idéal. Mais est-ce que cela empêchera la ronde perpétuelle des réseaux d’influence et des négociations entre puissants ? Quand ils nous font l’honneur de rester dans les formes républicaines on acquiesce et on trime pour une place au soleil. Quand ils se dispensent des formes on crie au scandale et on révolutionne entre voisins.

On se sépare et je reprends le court chemin qui mène à mon appartement bancal.

Carol jouait comme un manche. Jeff chantait comme un dieu. On juge sur pièces. L’un comme l’autre aurait eu tort de cracher dans la soupe.

Je suis toujours amer de voir qu’une mauvaise musicienne (ou un mauvais musicien) peut prétendre à une carrière musicale. Mais finalement cela nous ouvre un peu les yeux sur le fonctionnement des humains. Et le public ne se laissera pas prendre indéfiniment.

Et puis je me rassure en me disant que la lignée Tristano ne devrait pas rebondir après ça, elle en aura épuisé le nom.

Et puis j’ai pensé à George Bush Jr.

Les artistes ont le couperet du public.

Les politiques ont une cour.
Et c’est beaucoup moins soluble dans la médiocrité.

N.

Dear Boy

In Le Salaire du Jappeur, Musique, Tocades on octobre 13, 2009 at 10:51

01-70a Recording McCartney

Les étoiles pleuvaient normales au-dessus du Mc Donald’s de Saint-Gratien, et les maisons en pain d’épices respiraient, yeux fermés, le frais vent d’automne. On en menait pas large quand même. Ça restait le bled des suicidés, des petits trafics médiocres et peu rentables, du samedi soir zoné les deux mains froides glissées dans les poches du blouson avec une bière et un joint pour marquer le coup du week-end. Le minimum syndical de la détente.

Et puis de la laideur à plus savoir qu’en foutre, à droite, à gauche, en bas… pas évident. Mais Levallois aurait pu parler mieux de tout cela, lui qui depuis un an menait un combat vital contre cette ville. Ne pas se laisser engloutir au jour le jour, se ménager des couloirs d’air, taper des pieds pour se donner du courage. C’est sûr qu’il en prenait en pleine face, des éraflures sur les avants-bras pas belles à voir. Pourtant l’appartement donnait l’impression d’un îlot préservé, enfin plutôt une chambre sous-marine où la lumière et les sons extérieurs perceraient mais obliques, rendus inoffensifs par la densité de l’élément.

C’est dans cette chambre que convalescait le plus méchant des rédacteurs de Jappe, s’obstinant à fumer du tabac brun qui lui foutait des suées de chevreuil et lui grattait la gorge. L’œil noir et la chevelure fiévreuse, assommé, nerveux, excédé, je savais par avance qu’il allait être d’une intransigeante sévérité. Faut pas faire chier les malades, ils dégorgent déjà suffisamment avec leur corps pour qu’on ne vienne pas en plus leur parler de la troisième note d’un solo de Miles Davis.

Moi, urbain, je lui laisse le choix de l’enclenche. Il va trouver un disque pour se donner du combustible, de l’élan à la jactance. Le fond sonore c’est un tremplin à la confiserie du discours. T’en as pas, tes mots résonnent plus profonds que dans une cathédrale. C’est intimidant. Le fond sonore, c’est un peu l’eau du Léthé, tu dis n’importe quelle connerie tout s’efface sur l’ardoise.

Alors voilà qu’il trouve son inspiration, que ça s’enclenche, ça pétarade : « Vois-tu, il n’y a qu’une manière de recevoir dignement la sacro-sainte eucharistie… la belle communion dans la bouche… celle d’avant Vatican II… le rite avait son importance et il était beau… ne pas porter les mains sur le christ… ne pas se sentir digne de son contact… communion mystique avec un Dieu qui fond sous la langue et qui n’est pas tripoté par des mains velues… alors que maintenant, au creux de la paume le divin, plus impressionnant pour un sou, un petit fœtus en vadrouille qu’on pourrait écraser d’un geste… D’ailleurs la trajectoire a son sens, alors que l’hostie descendait dans notre bouche du divin à l’humain, c’est ces trous du cul d’athées qui remontent maintenant notre seigneur à leur bec… ils le rehaussent, le portent mais comme un corps sans vie… »

Moi je divague un peu, pas trop concentré parce que justement le fond musical ne joue pas son rôle. Il ne reste pas en place, revient à la surface, m’étourdit les oreilles, m’entraîne ailleurs.  Je ne suis plus là.

« C’est quoi ? » Interrompais-je mon catéchumène à rouflaquettes.

«  C’est RAM de McCartney, ça fait dix ans que je te dis de l’écouter ! »

Il ne faut pas forcer les rencontres, quand ça finit par venir ça s’impose naturellement, maturé à point des deux côtés pour se comprendre.

Dans le RER qui file comme une baguette de pain dans la nuit je chantonne cette chanson que je ne sais pas encore s’appeler « Dear Boy ». Et puis je réécoute l’album chez moi, j’apprends la petite histoire, les paroles qu’adresse McCartney à Lennon déplorant en substance qu’il ait rencontré son « citronnier nain »,  le tout sur une mélodie à pleurer (surtout pour ceux qui espèrent encore pouvoir écrire des chansons pop).

« I hope you never know, Dear Boy,
how much you missed,
And even when you fall in love,
Dear Boy, it won’t be half as good as this
I hope you never know how much you missed, Dear Boy. »

Comme le disait Céline: « Celui qui n’y perd point son souffle… n’est qu’un salaud navrant, bouseux, trou du cul de vache ! Irrémédiable et sans recours ! A noyer sans ouf ! illico ! Non dans les ondes qu’il sacrilège mais sous immensités d’ordures, cent mille tombereaux de purin fade. »

La réponse de Lennon ne se fait pas attendre, elle est d’une vulgarité musicale sans précédent. Dans l’indigent « How do you sleep ? » rien ne peut être relevé ; mélodie honteuse, paroles dignes d’un adolescent à qui on aurait collé un chewing-gum dans les cheveux et qui se vengerait maladroitement sur son agresseur. Grand vide méprisant et vertueux, que ne sauve même plus sa voix. On sent quelque chose de rassi et d’irrespirable quand Lennon ironise sur la mort de la mère de McCartney et sur la chanson que ce dernier lui avait écrite (Let It Be). Petit florilège: « Alors, tu fais toujours ce que te dit ta maman… pour moi tu fais de la musique d’ascenseur… ces débiles avaient raison quand ils disaient que tu étais mort. » Bref, la cour de récré.

C’est surtout d’une ingratitude musicale sans exemple. Même si McCartney tirait un peu sur la face d’assiette en mini-jupe il gardait cependant suffisamment d’estime envers Lennon pour le faire dans une belle forme et avec goût.

On s’abaisse toujours à abaisser ses ennemis, il faut au contraire les vouloir grands.

Vincent

Pour écouter l’album « RAM » sur Spotify : cliquer ici

The XX / Holly Miranda – Point éphémère

In En vrai, Musique, Tocades on octobre 11, 2009 at 12:05

Holly Miranda

Ils étaient bien là, le Tintin gothique et ses trois acolytes, pour nous servir en vrai leur addictive pop de congélateur.
Mais malheureusement pour eux, ils nous ont fait la surprise d’une première partie trop vivante. Une formation minimaliste : un gars et une fille armés chacun d’une Telecaster : Holly Miranda (et peut être bien Tim Mislock ?). Deux spots fixes blancs qui nous éblouissaient un peu et un léger éclairage rouge. Voilà pour l’atmosphère qui ne changea pas de tout ce premier set.
Ils sont montés sur scène, ont bricolé deux minutes leur matériel, ont branché eux-même leurs guitares.
Se sont approchés  pour dire bonjour on est bien contents d’être là. Se sont regardés et ont démarré leur première chanson.
Il a suffit de trente secondes pour que le public soit conquis. La voix de l’ex-chanteuse des Jealous Girlfriend était incroyable de chaleur et d’expressivité, soutenue et portée par des riffs tantôt brillants, tantôt gras, et la voix de son collègue présente juste ce qu’il fallait. Impressionnant. On retrouvait l’énergie et la liberté d’un Buckley période Sin-é croisées avec des accents de Feist, l’harmonie en plus. Ils nous ont honoré de cinq ou six chansons avant de ranger leurs effets dans une petite valise et de repartir comme si de rien n’était.
Ce fut l’un de ces rares moments où l’on se sait face à un véritable talent. Elle ne paie pas de mine pourtant quand elle arrive sur scène,  affublée d’un vieux t-shirt XL et d’un jean noir, les cheveux un peut en vrac.
Mais il suffit qu’elle commence a chanter et ça explose. Elle incarne complètement sa musique, elle  cristallise en quelques sortes ce que l’art peut insuffler de vie aux autres.

Je suis allé jeter une oreille aux enregistrements studios, malheureusement un peu trop lisses. C’est sur scène qu’elle prend toute son envergure.

Ca partait d’un bon sentiment de nous donner de quoi nous réchauffer  avant de nous plonger dans les froideurs de la pop-new-wave de The XX. Mais…

On sait à quoi s’attendre : la formation alignée comme une famille de lémuriens sur le devant de la scène : on a vu le clip de Crystalized. Mais la froideur passe aussi par la mise en place et sur ce point, les jeunes angliches n’ont pas retenu la leçon de leurs ancêtres. Au lieu d’une bonne veille boite à rythme, ils ont préféré l’humain -ce qui est louable-  mais un humain pas très précis.
Ils ont aussi entendu dire qu’une grosse basse faisait vibrer le public au sens propre, alors -et c’est toujours le même gugusse qui en est responsable- ils poussent au maximum les basses de ce pad rythmique. Ca pète les oreilles et ça déséquilibre l’ensemble. C’est vrai que c’est efficace et que ça donne (quand on peut se retirer les doigts des ouïes) envie de hocher, mais si on ne cherche qu’un rythme, autant aller voir les Maîtres Tambours Du Burundi.

Du coté des leaders (le bassiste et la chanteuse) c’est mieux. Les lignes de basse sont excellentes (bien que parfois difficilement audibles) et les voix se répondent très bien. Sauf que par moment il chante comme Chris Isaak et ça c’est un peu flippant.
Il y a une dernière demoiselle sur la droite, affublée d’une guitare et d’un mini clavier qui s’ennuie à mourir.

Pour résumer, le coté live n’apporte rien de bon à leur musique : pas assez carrés, les morceaux sont calqués sur le disque sauf pour le mixage. Abus de graves qui apparaît comme une solution de facilité pour donner de l’ampleur à leur prestation.
Les leaders donnent l’impression de se regarder jouer plutôt que de jouer. Comme s’ils surveillaient en permanence les courbures de leurs mèches parfaitement gominées et qu’ils évitaient de bouger pour pas les abimer. Les deux autres sont à coté, et donnent l’impression d’être embarqués dans un truc trop grand pour eux.

J’en resterai au disque.

Et je surveillerai les prochaines dates pour enfin voir un concert complet de Holly Miranda.

Obokin