
On peut entrer dans ce disque traditionnellement, en commençant par le début, ou se faire accompagner par Noah Lennox ou Laetitia Sadier.
Des guests, ça sent l’argument commercial à plein nez, mais sur cet album, ils ont un coté salutaire.
Ils mettent Bradford Cox sous un jour qui nous rassure, le tirent vers nous, quand seul il semble errer dans un univers trop lointain.
Ce disque est apaisant et triste comme une pluie d’été, un nuage trop fin pour faire barrage à une lumière qu’on sent là, à deux doigts de percer et de tout résoudre.
Si vous voulez de la biographie, il doit bien en avoir qui traîne sur Wikipedia ou les Inrocks, ça explique peut être des choses, en tout cas ça dessine des liens bien rassurants entre le personnage et l’oeuvre, mais on se contentera ici de parler de la musique.
Voui ma bonne dame.
Et d’abord du morceau qui m’a servi d’entrée : Walkabout
Mr Panda Bear pose d’entrée de jeu sa grosse patte poilue avec un petit riff bouclé sauce reverb’. Puis ça démarre joyeusement, sur un sample de The Dovers (What am I going to do – Merci ww2w).
C’est entrainant et on est heureux comme des Télétubbies. Il y a un mini break de cours de récré et ça reprend. Ca pourrait tourner à l’infini en multipliant encore et encore les vagues de choeurs, voix, sons, mais ça a le bon goût de savoir s’arrêter pour nous permettre de le remettre au début.
Sauf si on laisse tourner la platine : on saute alors à pieds joints dans une chanson pleine de guitares qui commence comme une tristoune popperie Dawsonienne. Mais la batterie à la peau de grosse caisse mal tendue donne un peu de virilité à l’ensemble et le morceau nous emporte sûrement vers son refrain lumineux.
Après ce très réussi Criminals, on épure avec Attic lights. La première moitié du morceau fait sobrement songwriter (avec des bras supplémentaires quand même pour les overdubs) puis quelques sons électroniques viennent compléter le tout. Un peu plus et il pouvait piquer la place à Hope Sandoval pour les pubs Air France. Les guitares reviennent en avant pour la conclusion, soutenant la voix expirante dans une ambiance de road-movie.
Les accords lourds qui arrivent sonnent comme un faux départ pour Shelia, une poétique chanson pop aux paroles magnifiquement flippantes. La première minute est très entrainante, puis les accords incompris du début retrouvent une place dans un refrain sombre. Plus on avance plus on a l’impression que le morceau peut dérailler, surtout dans les parties plutôt positives. Mais il tient la distance. La voix s’éloigne de plus en plus, et finit par disparaître de notre champs de perception sans s’être arrêtée de chanter. Comme si elle devait toujours être présente, ailleurs.
Quick Canal est le morceau Stereolab d’un album finalement plus proche d’Animal Collective. La troisième porte d’entrée si on veut. Laetitia nous prend par la main et nous fait faire la moitié du chemin, comme elle semble l’avoir fait avec M. Cox pour l’autre moité. Cette chanson a la lancinance de « The Past Is A Grotesque Animal« , la voix de Laetita Sadier gagne à se balader dans l’éther. Sa présence parfois irritante dans Stereolab se fait ici beaucoup plus caressante. Et donc beaucoup plus agréable.
My Halo aurait pu être jouée dans Twin Peaks, vous savez la scène absurde sur la moquette. Ca fait très vieillot. Pas comme un Jeunet qui met tout en sépia pour faire style, non ça sent vraiment la gomina périmée et le formica usé. Exercice de style réussi, un détournement d’esthétique, un accommodement à la sauce Atlas.
Kid klimax est beaucoup plus électronique, synthétique. Comme toujours, la voix semble arriver sur la musique à la va comme je te pousse. Comme si le texte se suffisait à lui même mais que la musique le tirait quand même pour avancer, dans un flegme gainsbourien. Il pousse là l’exercice au maximum. C’est réussi.
Washington School : La boucle du début sonne comme un truc qui ne s’arrêtera qu’avec une panne de courant, un plan qui a une vie propre. Le chant est ailleurs. Il n’y a pas vraiment de mot de la fin. C’est juste beau. Et même si on n’a pas envie que ça s’arrête, il faut bien que ça finisse.
Logos. Le titre de l’album. Rassemble toutes les tensions palpables ça et là dans le disque, de l’engouement, de la nonchalance, de la créativité, un poil de sombritude. La double batterie sonne super bien, c’est composé comme une chanson pop mais chanté comme… Comme du Atlas sound. On ne peut pas passer sous silence l’influence d’Animal Collective, mais il y a vraiment une particularité propre à Atlas sounds. La reverb’, par exemple y apparaît beaucoup moins comme une pose ou une particularité esthétique à décliner à l’infini. Tout semble justifié sur ce disque, tout semble nécessaire.
Je n’ai pas encore parlé de The light That Failed, qui commence le disque pour de vrai, qui inquiète un peu à vrai dire tant elle évolue dans des brumes qui font craindre un album ambient. Mais c’est un très beau morceau finalement.
Je terminerai sur An orchid second morceau, aérien (qualificatif finalement assez adapté au disque), assez simple et lointain. Un peu BO de Virgin Suicide.
Pour conclure, prenez ce disque par où vous voulez, mais écoutez-le. Il est plein de bonnes choses, intimiste et ouvert, léger et intense, acoustique et électronique, bancal et équilibré, anecdotique et nécessaire.
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