Slick Rick, vilain garnement

Publié le 29 octobre 2009 parjappeadmin

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Vous vous êtes toujours demandé comment Snoop Dogg avait fait pour poser un tube à base de claquements de langue sans jamais passer pour une fieffée salope auprès d’une communauté de rappeurs pourtant ouvertement homophobe ? Mais mes amis, c’est qu’on avait déjà brûlé le terrain, préparé le public à une autre cadence de flow, et le débroussailleur de cordes vocales en la matière n’est autre que Slick Rick.

Slick Rick un vrai chiffon, imbibé d’essence celui-là. La première fois que j’ai vu sa tête de retardé mental c’était sur le vinyle « The Great Adventures of Slick Rick », chaînes en or bien sûr, sourire vicieux et pas encore le fameux bandeau de pirate sur l’œil.

Il me faisait penser à un élève qui était avec moi à l’école primaire, avec des grosses lunettes, l’air idiot et les cheveux en bataille. On lui avait collé du scotch marron sur le verre droit parce que, comme il le disait, « son œil était fatigué ». Je lui ai juste demandé ça un jour, intrigué, puis il est retombé dans son exclusion habituelle… C’était pas normal d’avoir un organe fatigué aussi jeune… ça foutait les boules… on avait l’impression de pouvoir choper ça par contamination.

Heureusement pour Slick Rick, il n’avait pas que l’œil malade. Tout est plus ou moins monté à l’envers chez lui… c’est bien, ça vous impose un homme… un handicap vous exclut, mais quand vous êtes brûlé à tous les étages de la raison c’est pas pareil … on vous respecte plus facilement. Slick, on lui a toasté les neurones à la naissance. La preuve, il tente de buter son cousin, mais manque de chance il abat aussi un passant… Rigolez, mais vous avez déjà essayé de tirer avec un bandeau sur l’œil c’est pas facile… Total street life, notre homme passe la moitié de sa jeunesse en prison et finit par y écrire ses albums. Maintenant libre, les Etats-Unis tentent de le refouler du territoire parce que le pirate du tierquar s’avère être londonien. Monsieur se terre donc dans le Bronx pour éviter son expulsion.

Voilà pour camper la mythique-gangsta-légende du dangereux garnement qui ressemble si tristement à l’histoire banale d’un pauvre sans éducation. Mais parlons de ce qui fait la nouveauté de Slick Rick : un flow douceâtre, très peu appuyé, qui prend son temps, une haleine moite qui se distille directement dans vos tympans, un timbre légèrement fêlé, vicieux et malsain. L’homme borgne vous parle mais en violant la distance corporelle respectable. On sent un danger à cette trop grande proximité, ça susurre, ça chuchote, ça prend son temps, comme un sadique qui aurait attaché sa victime avec des fils électriques et qui s’amuserait avec sa proie avant de la dévorer. Pas d’éructations héroïques, de poussées grotesques ni d’éraillements vocaux, pas de pleurnicheries r’n'b non plus, tout se maîtrise, et pourtant on le croit tellement plus qu’un autre quand il entonne le fameux « Treat her like a prostitute. ». Parce que les attributs de la violence sont tellement plus efficaces lorsqu’ils se font litote, sourdine froide tendue comme un nerf, économie du vice, maîtrise des humeurs volcaniques et réinvestissement illico dans les formes de la souffrance, dans ces cimes neigeuses du grand froid et du haut-mal. Représentant de tous les dérèglements, Slick a compris que le diable est un aristocrate soucieux des détails ; il arbore toujours un sourire de contentement, prend son temps et ne sort jamais sans ses chaînes d’or et d’argent qui sonnent joyeusement contre sa coupe de champagne en cristal.

http://www.deezer.com/fr/#music/slick-rick/the-art-of-storytelling-246357

Vincent

Publié dans : Musique, Tocades