Aboiements & Tocades

Archives pour novembre 2009

Jappe, à mort

In Le Salaire du Jappeur on novembre 26, 2009 at 2:59

Ce court billet pour vous annoncer la mort du site www.jappe.fr, par excès de paresse et lacune de couilles. Une mort naturelle, somme toute.

A l’heure des bilans, après huit mois d’existence cahotante, je me vois forcé de reconnaitre que nous n’avons pas été à la hauteur de nos ambitions originelles – quand nous ne les avons pas, purement et simplement, reniées corps et biens.

Nous ne pouvons pas en vouloir aux lecteurs de ne pas nous avoir suivis, de ne pas avoir eu à notre place l’engouement qui nous faisait tant défaut : nous n’y avons jamais véritablement cru nous-même, à cette vaine entreprise de démolition à la petite cuillère.

Nous n’aurons, finalement, pas mordu grand monde. Mieux vaut sans doute regagner le chenil.

Continuez à scribouiller à votre aise, les amis. Ce sera sans moi.

Levallois Pierrot

Atlas Sound – Point Ephémère, 16 novembre 2009

In En vrai, Musique, Tocades on novembre 20, 2009 at 3:29

Pas mal ces trois colonnes à la une de Jappe, il me suffit d’attendre que deux articles soient postés pour pouvoir revenir ni vu ni connu sur le sujet de mon dernier gribouillage.
Mais je suis plus fair-play que Thierry Henry, je me dénonce.
Merci donc Pi Patel de me permettre de faire un peu de recyclage. J’invite au passage nos lecteurs à se mettre Martel en tête et à lire son Histoire.

Alors voilà : après m’être extasié sur Logos, c’est tout naturellement que je me suis rendu au concert d’Atlas Sound au Point Ephémère. Et Bradford Cox sur scène, eh ben c’est quand même la classe.

Mais commençons par les préliminaires, qui, il faut bien l’avouer, n’étaient pas très excitants. Le Choir Of Young Believers, des Danois qui tentent vainement une fusion entre Fleet foxes (la voix et la barbe du chanteur), Sigur Ros ( ) et June Frost (si quelqu’un connait ce groupe je lui paie une pinte de Guiness) en devant se débrouiller avec un sens de l’harmonie aussi développé que celui de Patrick Sébastien, nous a laissé assez froid.
Des couplets popisants nuageux (nimbus). Une mélodie chantée reprise par tous les instruments, une écriture très linéaire. Et des montés poussives qui me rappelaient la voiture sans permis toussottnte qu’on dépassait l’été à vélo dans la mini côte de la rue de la craie, 25410, Saint-Vit (je mettrai peut être un lien Google Map pour vous montrer où c’est un jour mais là, j’ai la flemme).
Le son se voulait énOOÔOOrme, mais on a eu la preuve ce soir que ça ne faisait pas tout. D’ailleurs le Point Ephémère ne s’y prête pas vraiment.

La musique n’était pas bonne, mais la violoncelliste l’était un peu plus. On a donc patienté poliment en dégustant les jeux de lumière qui découpaient -rarement mais  joliment- sa silhouette.

Une fois terminé leur dernier morceau qui n’en finissait pas de finir, ils sont partis en backstage et M. Cox est arrivé sur scène en amenant ses affaires, effets et guitare. Il a salué en disant « Hi ! My name is Bradford » a causé un peu en branchant son matériel. Et puis il nous a dit qu’il allait nous jouer une nouvelle chanson qu’il avait écrite pour sa tournée parce que son set était un peu court, et pour l’occasion il voulait la jouer avec un vrai groupe. Alors il a fait revenir les 4 Stimorol et il s’est avéré qu’ils pouvaient faire de la bonne musique. Il suffisait juste qu’ils jouent de bonnes chansons.

Une fois les Danois remisés, Bradford s’est mis à jouer tout seul. Comme il n’utilise plus de samples, il enregistre ses boucles au fur et à mesure, avec une rapidité et une précision assez déconcertantes, trafiquant le son de sa guitare à l’infini pour donner des sons d’orgue, de mandoline, de percussion, de guitare électrique, de nappes de synthé… En plus : sa voix et un harmonica. Parfois pour se faire plaisir, quand l’empilage de sons tournait bien, il posait la guitare et allait derrière la batterie qui était restée sur scène pour taper un peu, tout en chantant. Si le coté multi-tâches peut paraître impressionnant, c’est surtout musicalement qu’il se passait quelque chose.
Les atmosphères étaient très originales, intimistes mais pas caricaturales. Et il se faisait plaisir à jouer ce set instable, toujours en mutation.

J’ai capté que le accords étranges de Shelia n’étaient en fait que ceux du couplet transposés à l’extrême vers le bas, que quelqu’un utilisait encore un Harmonizer H3000 (plus entendu depuis Passion & Warfare, Vai, 1990) et que même sans Noah Lennox (et sans les sautillants accords de clavier) Walkabout restait une très bonne chanson. Le premier final, sur Criminal, fut magnifique. Puis il y a eu un rappel avec demande expresse du public d’une chanson que je ne connaissais pas et qu’il ne connaissait plus vraiment. Il a prévenu qu’il y aurait peut être plantage, mais il a tenté le coup. Après un faux départ et une explication sur sa façon de travailler, il a retenté. Et ça a duré plus de 10 minutes pendant lesquelles on a vu un petit univers se construire, grandir, s’épanouir et s’éteindre.

C’est risqué, bancal, et ça doit être assumé entièrement, à chaque seconde pour qu’il en sorte quelque chose. C’est une sorte de mécanique vitale qui s’illustre ici, quand chaque action se rappelle régulièrement à nous de manière plus ou moins audible, soutenant ou jurant avec ce qui est en train de se passer, s’éloignant lentement, recouverte petit à petit par les événements plus récents, mais enfouies dans un magma en perpétuelle expansion. On n’efface rien, on avance avec tout sur le dos.

C’était juste un mec avec sa guitare et son harmonica, venu chanter ses chansons. Très simplement. Comme d’aller voir jouer un pote. Et il nous a emmené dans son univers, riche et intimiste, bien loin des clichés scouts de la guitare folk en solitaire.

Un vrai bon, avec tout ce que cela implique de charisme, d’audace et de simplicité.

Allez zieuter : cliquez là

Nico

Je vous salue Mary pleine de grâce ou : Comment Gossip est revenu évangéliser ton cul

In En vrai, Musique, Pornositif on novembre 18, 2009 at 8:49

Vous lirez dans tous les bons quotidiens, hebdomadaires etc. et autres blogs des tas de compliments sur les trois concerts parisiens de Gossip.

La rivalité dans la finesse des accroches trouvées devrait d’ailleurs nous ravir, nous amateurs de jeux de mots. J’imagine déjà les «GOSSIP EN CONCERT, BETH EN TRANSE, ELLE FAIT LE POIDS !» ou encore «GOSSIP : UNE BETH DE SCÈNE» ou mieux «GOSSIP EN CONCERT : BETH LE VOLUME !» et enfin un autre réservé au Journal Du Hard de Canal : «GOSSIP EN CONCERT : ENCORE UNE BONNE BETH !»

Vous pourrez, grâce à la verve des journalistes, revivre les concerts à travers leurs commentaires nécessairement dithyrambiques sur l’énergie du groupe, la générosité de la chanteuse, la puissance de sa voix, la qualité de leur composition, etc.

Mais vous découvrirez d’abord comment un groupe de trublions (entre Freddie Mercury et Freddy Krüger) a électrisé et «chauffé» la salle du Bataclan : Oui, en première partie SSION nous l’a mise … la fièvre je veux dire … bande de petits cochons, va !

Poursuivant votre avide lecture vous imaginerez alors comment Beth Ditto (Mary Beth Patterson Searcy), même pas encore arrivée sur scène, avait déjà conquis la salle (alors même qu’elle aurait pu la faire tenir tout entière dans un de ses bonnets … Désolé).

Vous comprendrez enfin pourquoi cette nana-là, elle est terrible, pourquoi on dit d’elle que c’est une tornade blanche qui emporte tous les coeurs dès les premiers octaves envoyés.

Pourquoi le public a oublié pendant 75 minutes qu’il était à Paris et que, OUI !,  c’était possible de mouiller sa chemise à en puer, de sauter dans tous les sens, même dans les contre-allées de l’étage supérieur, de sourire à son voisin, de brailler du yaourt parce qu’on a oublié les paroles mais qu’on s’en taAaAAaaaaaaaAaAAapeeeeeuh … , puis enfin de se foutre torse nu, parce qu’à quelques minutes près, on aurait pu voir passer des dauphins (ou des poissons rouges … c’était juste pour faire une métaphore aquatique sur le degré d’hygrométrie élevé du lieu -celui qui a dit «une baleine» prend la porte touzuite !)

Tout cela est mérité, amplement mérité, AM-PLE-MENT (décidément, c’est vraiment trop facile de faire des sales blagues).

Mais ce que vous ne lirez pas, pas même ici, ce sont les mots qui vous feraient comprendre cette foi et cette ferveur que cette fille (portée par un groupe musicalement époustouflant) met dans chacun des instants qu’elle passe sur scène.

Et cette dévotion à la chanson et au show que l’on ressent à chacun de ses délicieux pas de danse et à chacun de ses si élégants déhanchements … et cette profondeur d’âme (t’as vu j’ai pas peur) qu’elle partage avec le public (du ventilo dirigé vers lui pour le soulager de la touffeur ambiante au bain de foule, devenu désormais traditionnel).

Pour peu qu’elle ait eu un discours un tant soit peu mystico-prosélytique je pense qu’elle aurait pu tous nous ramener en son sein (je me retiens).

Bon rassurez vous j’ai pas viré cul-béni et j’ai pas viré ma cuti non plus.

C’est juste que c’était bon, très bon de voir ce groupe se donner à fond (comme on dit), sans compter ses efforts, juste à prendre du plaisir à en donner …

C’est juste que c’était bon, très bon de voir cette salle exploser …

C’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de suer autant à la messe !

Alors :

Si vous n’aimez pas les grosses qui assument,

Si vous n’aimez pas les mecs en sueur et les filles en nage,

Si vous n’aimez pas la musique qui secoue,

Si vous n’aimez pas le Bataclan sous les eaux,

Si vous n’aimez pas finir un concert à bout de souffle,

Si vous n’aimez pas la mer,

Si vous n’aimez pas la montagne,

Si vous n’aimez pas la ville,

Allez vous faire foutre.

Pi Patel

Morrisssey étreint Paris (ou : Comment le Moz est passé de la forge à la scierie et comment vous allez découvrir que je suis incapable d’en dire du mal)

In Bilan de compétences, En vrai, Musique, Tocades on novembre 16, 2009 at 12:49

morrissey zenith O9

Dans cette métaphore indus’ – vous verrez que le mot est choisi – il était inévitable que Morrissey nous invite après l’annulation de son concert du 2 juin au Grand Rex (à la suite d’un malaise sur lequel je reviendrai plus tard) à deux pas de la Cité des Sciences et de l’Industrie.

Rêvant sans doute d’investir le stade de France il a dû néanmoins (et malheureusement – oui oui – ja board) se contenter du Zénith.

Moz ne pouvait raisonnablement pas non plus (à l’instar d’un fameux comique que je n’ai pas besoin de citer) «bourrer Bercy» de ses fans (ne riez donc pas sottement au jeu de mots que je n’ai pas fait) mais ceci … à son corps défendant , je dirais.

Et voilà une chronique qui semble mal partie, pourrait-on se dire, alors devrais-je peut-être plutôt revenir au commencement du commencement…

Pour faire court nous admettrons qu’après le Big Bang et tout le chambardement, disons JC y compris, c’était un peu la zone puis il y a eu les Smiths. Morrissey et les Smiths, plutôt (ceci étant la théorie la plus communément admise par leurs fans – les points de litige essentiels se situant plutôt sur l’existence ou non de JC et la longueur de la mèche de Morrissey au dernier concert du groupe).

Puis à l’été 87 il y a eu le schisme, le seul, inutile d’épiloguer…

Nous voilà  donc au soir tant attendu du 12 novembre. L’humidité dans l’air rend la soirée fraîche et un peu mélancolique, ce qui somme toute sied bien pour un concert du «dandy» de Manchester.

Les âmes (nécessairement torturées) qui s’avancent dans leurs manteaux sombres sur le chemin qui les mènent à la salle ne se laissent pas perturber par les quelques revendeurs de places illicites qui les alpaguent. Aucun ne relève la tête, la place achetée depuis si longtemps bien planquée dans la poche intérieure. Quel abruti se déciderait au dernier moment pour aller voir le dernier crooner vivant ? Pfff.

La salle se remplit vite. 20H pile la première partie (non annoncée, faut pas déconner non plus on est à Paris – France … y’a des traditions qui ne se perdront jamais dans ce pays) Doll And The Kicks débarque.

Trois gars et une donzelle s’installent rapidement. Un frisson d’effroi parcourt le public, la dégaine et le look des membres du groupe fait craindre un set qui pourrait osciller entre de l’emo-core et du rock chalala type BB Brunes (je vais défaillir).

Les premiers accords ne me rassurent pas, ça joue fort, ça chante fort … et trop, ça sent le Sleater-Kinney mal appris, le Yeah Yeah Yeahs mal digéré, très mal digéré… Puis passés les premiers titres le rythme semble prendre le public (qui pourtant, comme à son habitude dans cette ville, a réservé au groupe son accueil le plus glacial).

En effet, même si c’est un groupe jeune, un groupe de jeunes, même si on ressent encore trop les influences des Yeah Yeah Yeahs (dont personne ne dit, pour une raison qui m’échappe totalement, qu’ils sont désormais, après les PIXIES, le meilleur groupe de rock du monde – ah ben voilà je l’ai dit) j’ai l’impression que dans cette bande-là il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark … euh pardon … il y a quelque chose qui pourrait s’apparenter aux germes d’une certaine qualité musicale, en tout cas à une certaine élégance mélodique. Ils quittent la scène sous les applaudissements qui, bien que pas tant fournis que ça, me paraissent sincères ; en tout cas les miens le sont.

Les roadies s’affairent déjà, un écran barre la scène du Zenith et à peine ai-je le temps de regarder l’heure qu’on nous balance plein écran un inconnu nous annonçant que la classe va bientôt commencer, sans doute pour s’assurer de l’attention du public.

Millie Small se met alors a couiner à une hauteur d’environ 200 Dbs My Boy Lollipop, et je me rends compte alors que Doll And The Kicks ne jouaient sans doute pas si fort que ça, mais plutôt que les ingés son du lieu ont fermement décidé (sans doute en accord avec Robert Hossein et Audika) de rendre l’audience sourde . Ca promet pour la suite …

Suivront alors une dizaine de Scopitones/extraits tous plus jouissifs les uns que les autres, et pour n’en citer que quelques-uns nous auront droit aux époustouflants Sparks («This Town Isn’t Big Enough For The Both Of Us»), les Shocking Blue, Nico, Lou Reed arrogant comme on l’aime, les New York Dolls qui cherchent un bisou, bien sûr (présence de l’ex-président de leur fan club anglais oblige), puis Joe Dolan entonnant «You’re Such A Good Looking Woman» (depuis le temps que je vous le dis).

L’écran disparaît, obscurité totale dans la salle, lumières rouges sur la scène, l’écran du fond révèle l’ombre d’un homme qui s’avèrera être Walter Chiari pointant d’un doigt (vengeur ?) le public qui a, finalement, à peine eu le temps de s’impatienter …

La troupe arrive, le meneur de la bande en chef de file «Suivez moi les gars, ils vont voir ce qu’ils vont voir». Le pas est lourd et décidé.

Le temps d’un bonsoir, et là, je crois qu’on a pu assister alors au plus beau viol musical live de notre vie:  Morrissey et ses bûcherons s’attaquant (y’a pas d’autre mot) au délicat This Charming Man sous le regard ébaubi (estourbi ?) de l’assistance.

C’est sur ce même titre que le Moz a fait un malaise respiratoire il y a quelques semaines.

Tu m’étonnes ! Trousser ainsi, sans échauffement, un tel morceau, y’a de quoi y laisser sa peau !

Au deuxième refrain mon voisin de droite sort ses babs (bouchons anti-bruits) bien que je pense qu’il est déjà trop tard pour chacun d’entre nous. La chanson s’achève, non pardon, la chanson est achevée, on applaudit, par respect, par respect seulement…

Suit alors le bien nommé Black Cloud (il me semblait bien avoir entendu l’orage) et bien que joué à un volume peu compatible avec la conservation d’une quelconque finesse mélodique (dont le titre est heureusement exsangue), il s’avère être d’une redoutable efficacité sur scène, le public semble rassuré et la ferveur commence à poindre son nez (pourvu que le très très bien nommé Boz Boorer ne sorte pas sa grosse pelle pour lui en mettre un bon coup sur le gr/c-oin).

La tension ne se relâche pas et le sublime et superbement interprété When Last I Spoke To Carol avec ses accords latinos finissent de réconcilier le public avec le groupe (Morrissey restant évidemment intouchable).

Libéré des contraintes juridiques Morrissey se lâche et reprend à nouveau un titre des Smiths, Is It Really So Strange?

Les gars ont semble-t-il eu bien du mal à l’assimiler, celui-ci (légère, la batterie, on a dit, Matt), je sens le public s’irriter ; Le voisin de devant hoche la tête en signe de mécontentement, encore un qui ne s’est pas remis du schisme …

Quelques mots sont échangés avec le public et le Moz se détend, nous avouant alors qu’il ne veut pas rentrer chez lui … et ce juste avant de nous envoyer les fleurs que l’on attendait avec I’m Throwing My Arms Around Paris ! Quel cabot quand même.

Il minaude il se déhanche, jouant les charmeurs et nous pigeons (de Paris) on tombe dans le panneau.

A ce moment je re-regarde Walter Chiari et je me rends compte que ce n’est pas le public qu’il pointe mais plutôt Morrissey lui-même.

Comme pour dire «That’s THE man» (un peu comme dans Mulholland Drive), c’est lui que vous êtes venus voir alors : regardez-le.

Le groupe est en effet très en retrait de la scène, moins éclairé, les gars semblent comme effacés dans leurs costumes marrons (c’est une bonne couleur pour aller au bois).

Puis me revient à l’esprit que Paris est aussi un dieu grec, protecteur des hommes, peut être qu’alors tout cela n’est qu’une mascarade… Un autre mythe … Les Smiths … c’étaient vraiment si bien que ça ? … sur scène,  je veux dire ?

Oh et puis tant pis on s’en fout, «Moi aussi je t’aime Moz !!!!» ai-je envie de crier, mais je me retiens car je pense que je ne suis pas le seul dans ce cas.

Applaudissements, puis Morrissey nous avoue qu’il s’est rendu à Pigalle dans l’après-midi sans nous dire ce qu’il a bien pu y faire, tout en arguant du fait qu’on est sans doute trop jeune pour l’entendre … salaud !!! salaud !!!! … Je l’aime encore plus.

Se rappelant qu’après tout il est en pleine tournée du Swords Promotional Tour, il nous balance un Ganglord sans conviction, que de toute façon personne ne semble connaître, mais qui tout de même aurait presque des relents faisandés (encore les bois) de « How Soon Is Now »…

Les regrettés Smiths ne restant décidément jamais très loin pendant ce concert : c’est au tour de l’album The Queen Is Dead de se faire visiter (référence au viol d’entrée de concert) et là, les quelques fans inconsolables de l’ex-groupe du Moz ont bien failli ne pas s’en relever. Cemetry Gates est assailli de toute part. Qui a dit que les mélodies ciselées de Johnny Marr n’étaient pas stérables ? Passons…

Suit alors un morceau très très attendu (par moi-même … les autres je m’en fous et je pense que chacun ici se trouve dans cet état, car en effet autant les Smiths se dégustaient en communion, autant le Moz se dévore en indivision – dans le sens de copropriété je veux dire)

One Day Goodbye Will Be Farewell nous prévient alors le chanteur, et il convient d’en profiter ici et maintenant parce que si, comme promis, il exécute ses plans, on ne va plus le voir encore très longtemps (Morrissey ayant affirmé qu’il ne chanterait plus après 55 ans il ne nous reste donc plus que 5 ans!)

Et pour les quelques-uns qui ont loupé la première invitation à se faire hugger, Moz en rebalance une couche (oh oui vas-y balance tout) «Grab me while you still have the time», dernière phrase d’un titre sublime, dernière phrase qu’il ne termine d’ailleurs pas, s’arrêtant dans un souffle à «Grab me … while … you still …», la main tenant le micro retombant lourdement … putain il va nous rester sur les bras là … mais non, et on va le voir, il en a encore sous le pied le minou (est-ce que je deviens de plus en plus familier ou c’est une impression ?)

Moz présente son équipe de rugby … de bûcherons, pardon … non de musiciens (c’est facile à reconnaître y’a des cordes sur les manches des outils), bla-bla-bla, on applaudit vite fait, il s’en rend compte et glisse à Boz un «Ils sont si impatients» (de me retrouver).

On enchaîne avec The Loop, un titre que j’avais oublié mais que je retrouve avec une joie non dissimulée, Morrissey s’éclate avec son tambourin, c’en serait presque léger et printanier… Presque.

On revient à Swords (ben oui quand même faut le faire connaître un peu cet album) avec Teenage Dad On His Estate où il est question de voisins , de méthadone et de «Leave him alone», leitmotiv morrissien bien connu (« Laissez -moi tranquille, je suis très bien tout seul, tout le monde est contre moi, je vis comme je veux, I am what I am and who I am is what I am », etc.)

Autre reprise des Smiths, Death At One’s Elbow tirée du magnifique Strangeways, Here We Come que la bande interprète majestueusement, je vais finir par les apprécier ses petits gars… Enfin quand je dis petits …

Morrissey nous ramène ensuite à ses racines, le sang irlandais et le coeur anglais, Irish Blood English Heart, facile et efficace enchaîné avec The World Is Full Of Crashing Bores -sauf moi, nous lâche-t-il à la fin …

Approche la quatorzième chanson et je constate que je n’ai toujours pas versé une larme.

Soit je me suis endurci, soit le Moz ne nous a pas encore tout donné (bien que découvrant peu à peu son torse qui semble avoir pris une ampleur telle qu’il pourrait y contenir nos coeurs réunis – je parle de celui du public pas du mien hein … bref).

Les premiers accords de Why Don’t You Find Out For Yourself montent dans la salle, les gars ont abandonné leurs lourdes guitares, quelqu’un aura filé des cotons tiges au batteur en guise de baguettes, l’émotion m’étreint, j’essaye de chanter mais je sens ma voix trembler, je connais les paroles, je connais les paroles et je veux partager. Je me délecte, l’interprétation est parfaite.

Je suis conquis.

On revient aux Smiths et là encore une fois le jeu est bon, Ask interprété avec un enthousiasme non feint, public aux anges, fans réunis, la réconciliation pourrait-elle avoir lieu (Morrissey étant tenu pour responsable de la séparation des Smiths) ?

Swords, encore, avec un titre ambigu : Don’t Make Fun Of Daddy’s Voice . Moz prend des airs maniérés pour nous parler de cette «étrange voix de papa» qui, adolescent, a eu «un truc coincé dans la gorge». Je veux bien ne pas avoir l’esprit mal tourné, mais là faut pas pousser mémé dans le bouchon des orties trop loin !!!

On s’approche de la fin mais Morrissey ne semble nullement fatigué, un How Soon Is Now de très très haute volée (comme on dit) est alors livré par le groupe, se concluant sur quatre coups de gong qui laissent le public médusé. Morrissey a disparu en backstage avant la fin de la chanson, il revient, le bruit du dernier coup de gong envahissant encore la salle, il a changé de chemise et il entame alors le titre final comme pour chacun des concerts de sa tournée I’m Ok By Myself, pied de nez aux critiques, à lui-même (reprise de ses sempiternels thèmes de prédilection).

I’m ok by myself

And I don’t need you

I never have

J’adore, j’exulte …

Un seul encore : Something Is Squeezing My Skull se terminant par un superbe lancé de chemise, découvrant ainsi totalement le torse musculeux et massif du Moz, est-ce bien le même Steven Patrick Morrissey que celui de mes fantasmes d’adolescent ?

Reste que, quand même, le public parisien est l’un des publics les plus inertes et inexpressifs que je connaisse et qu’il est difficile d’apprécier pleinement la qualité scénique d’un artiste dans ces conditions. Car en effet, n’en déplaise à certains, en concert comme en amour, un bon plan ça se fait à deux.

Qu’attend-on de Morrissey en 2009 ? Qu’il nous refasse les Smiths sans les Smiths, qu’il reste celui qu’on a connu fin 80 mais sans les mêmes démons (en référence à une chronique récemment parue et très irritante lui reprochant son changement physique et l’invariabilité des thèmes de ses paroles)

Morrissey vieillit, sa voix change, mais ce qui ne semble pas changer c’est son plaisir à chanter et il le fait bien, très bien même. Sans chichis et sans effort, il envoie, comme ils disent.

Ses démons sont en effet sans doute toujours un peu les mêmes. Mais qui lui jettera la première bûche ? (pour rester dans le thème, également).

Car après tout … il faudra un jour s’y résoudre … Morrissey est.

Pi Patel