Aboiements & Tocades

Archives pour décembre 2009

Contre la BD

In Aboiements, Ruminations on décembre 28, 2009 at 2:23

Mes amis crisseront des dents à la vue de ce titre car la BD, eux, ils l’aiment. De tout leur petit cœur tordu et depuis toujours. Ils n’ont pas fait semblant d’aimer le populeux, de relever le foot ou les arts mineurs pour se faire une belle réputation de monsieur tolérant ouvert sur le monde comme il va.
Nous, le populeux, on est tombé dedans quand on était tout petit. Notre potion magique est faite à base de fils de haricots indigestes, recrachés sur le bord de l’assiette le midi et réutilisés le soir même pour la soupe.

Ah, mes bons amis ! Ils m’ont concocté un chemin de croix initiatique où chaque lecture représentait une étape de plus dans la souffrance et dans le ressentiment. Et pourtant, j’étais tout prêt à comprendre, à pardonner. J’ouvrais même parfois les bras, mais je ne recevais que des pelures de courgettes au visage. Je me disais : les arts mineurs n’existent pas. Peut-être, un jour, y aura t-il un Stravinsky du patin a glace qui saura redéfinir entièrement le langage visuel des années 80 ?
La BD, en droit, peut elle aussi produire des belles images, du trop beau, de l’excès à rêver pour trente ans, de la suffocation de haute altitude. Mais jamais rien n’est venu appuyer ce jugement amical.

Ma conclusion est donc que la BD n’est pas un art ; non pas par une incapacité inhérente à ce média, mais bien par la fadeur et la stupidité de ceux qui la pratiquent.

Prenons le haut du panier moderne : Riad Sattouf ,à mon sens, représente ce que peut espérer de mieux la BD française. Une forme de petite sociologie douce-amère, de l’anecdotique bien croqué qui parfois – rarement – sort de l’anecdotique. C’est surtout, sous chaque case, la vision tendre d’un humanisme rance, la bonne petite parole bien propre, la vision du monde réduite à des souvenirs d’adolescents, à sa salle de classe, à son sac-à-dos Fido Dido, à ses déboires senti-menthe-à-l’eau-sexuels.

Je classerai aussi, dans ces grands impuissants de l’imaginaire, les trois quarts des productions de L’Association qui ont cru que pour faire auteur il fallait être ennuyeux et torturé. Je les invite d’ailleurs à écouter les mots de Deleuze qui fustigeait déjà l’autobiographie en littérature. Que n’aurait-il pas dit de la BD ?
Comme ils me font du bien, ces mots : « Tout le monde a une grand-mère qui est morte d’un cancer, ça ne suffit pourtant pas à faire de l’art ».
Je conseillerais à nos dessinateurs de balayer leurs morts silencieusement, de garder leurs maladies secrètes pour que nous puissions nous reposer les yeux de leurs vies minables.

A mort aussi, les Gad Elmaleh du quotidien qui nous exposent sur trois planches qu’ils ont oublié de retourner leur gel douche, qu’ils glissent sur le tapis de bain et s’entroupent dans l’alimentation de leur ordinateur portable. Cha, Boulet et autres BD blogueurs plus insipides encore… Les voyages de Trondheim qui se résument à un hall d’aéroport et à une pensée trop décalée sur le règne des dinosaures une fois installé dans l’avion.
Toutes ces images mal foutues, mélange de culture geek , d’une adolescence mal digérée, et d’une ignorance crasse du monde. Petit homme démocratique avec ses petites joies, ses petites névroses mais son cœur gros comme ça, où tout se résout sur un balcon haussmannien avec son plan harmonieux de la ville endormie et ses becs de bobo dissertant sur les jeux vidéos.

Honte aussi à Watchmen ! Au dessinateur le moins talentueux de sa génération (Dave Gibbons) et au scénariste le plus bête et le moins innovant que le monde ait connu (Alan Moore). Ce m’a toujours été une grande surprise de voir autour de moi l’engouement suscité par une telle fadaise. Ferme les yeux, m’avait-on dit, les dessins tâchent sales mais l’histoire en revanche est remarquable. Mais d’histoire, rien… Ah si ! « Le mal est le bien sont intimement mêlés » : Dieu, quelle révélation ! Ou le proverbe pascalien « Qui veut faire l’ange fait la bête » développé sur un gros volume inutile.
Et quand le choix terrible de sauver le monde en sacrifiant une partie de la population survient, deux des protagonistes font l’amour pour conjurer leur terrible responsabilité.
Un coup de pied au cul, oui ! Avec obligation pour les niaiseux de s’enfermer dans les toilettes et de lire Machiavel pour se forger l’âme politique.

Coup de pied au cul encore à Sfar qui nous fabrique des œuvres massives et mobilières avec ses poubelles de table. On a l’habitude de présenter l’homme comme un bourreau de travail, infatigable. C’est plutôt une usine à merde grand rendement. Qu’il dessine mal c’est son problème, mais qu’il fasse baver notre souvenir de Gainsbourg dans ses couleurs de clochers de villages à l’aquarelle, voilà qui devient insupportable. Se prend-il pour un si grand génie qu’il se sente l’obligation morale de nous dévoiler le travail dégueulasse en amont de son film ? Qu’il aille poser son tréteau ailleurs que chez les gens qu’on aime : notre Serge n’avait ni des yeux de chat, ni des membres distordus.

Vincent

Devendra Banhart, live à La Cigale, 6 décembre 09

In En vrai, Musique on décembre 26, 2009 at 12:23

Je désire tout d’abord prêter un intérêt au guitariste qui a assuré seul la première partie avec ses pédales à effets. Son nom : Bernardo Risquez.

Ce qu’il a produit a été vraiment magnifique. De la lumière lui passait sur le corps, se déroulait sur lui comme le générique de fin d’un film. Il était caché au fond de la scène, derrière l’attirail immobile d’un futur Devendra Banhart. On ne voyait que sa silhouette. Son corps ne bougeait pas. Seul les sons se déplaçaient dans l’air et, quand ils ne venaient pas enrober de plaisir nos oreilles redressées, tentaient discrètement de séduire un public bavard et aussi à l’écoute qu’une classe de sixième SEGPA envers son professeur de dessin. Comme dépité, notre artiste sort de scène au bout de trois longs et vaporeux morceaux…. Le bougre avait essayé de nous perdre dans une ténébreuse brume qui sonnait moins le carton pâte que les décors de Jean-Pierre Jeunet dans La Cité des Enfants Perdus. J’ai adoré cette voix lointaine et discrète combinée à d’agréables nappes de guitare.

Le public, je le sens agité et plein de soucis de concentration. Les gens semblent zapper leurs conversations jusqu’à se zapper eux-mêmes. On se croirait plus à la foire qu’avant un concert. En observant les gens, j’ai le sentiment qu’ils sont en attente de rien du tout de particulier. Pourtant c’est sûr, ils l’attendent leur Devendra… En fait, je trouve les gens étonnamment détachés, alors que je les imaginais avec une petite boule au ventre, plein de questions sur ce que sera le concert, intrigués, guettant l’arrivée sur la scène de leur idole.

Devendra Banhart arrive sur scène, synchrone avec ses musiciens. Nous dit son prénom (modeste personnage !) et présente ses musiciens. Il astique un malheureux chewing-gum assiégé sous les vifs coups de mâchoire. Son bonnet noir recouvre sa chevelure raide et longue. Il prendra soin durant le concert de le replacer régulièrement pour qu’il soit bien droit sur sa tête.

Ses musiciens sont élégants comme de jeunes coqs, tout propret. Rien qui dépasse. Le guitariste nous renvoie à la triste image de Charlie Winston : le genre de néo-folk branché, chapeau vissé sur la tête, mec à filles, barbe faussement brouillonne. Je trouve d’emblée qu’ils se regardent jouer pour vérifier s’ils ont bien la classe américaine – et bien sûr, c’est agaçant.

Le son est bon et puissant. Je suis sous le charme de « Little Yellow Spider », très joli titre de l’album Nino Rojo. Banhart alterne les chansons avec son groupe et les ballades en solo, guitare ou clavier entre les doigts. L’ambiance monte peu à peu.

Devendra essaie de faire le mec cool et détendu qui blague entre les morceaux. Il parle en anglais, je ne comprends pas tout, mais cela me semble d’un banal sans nom. Le public rie pour une seule et unique raison : parce que le mec en face d’eux s’appelle Devendra. Il annoncerait le décès de sa mère, les gens s’esclafferaient aux éclats. Il parle longtemps et casse le rythme du concert, donne envie aux gens de regarder leurs SMS. Je détecte qu’il n’habite pas bien son corps : sa gestuelle est plus maladroite et inutile qu’élégante. Depuis le début du concert, il est en surrégime, il en fait trop, voilà, c’est ça qui me bloque, qui me soule énormément.

Il y a malheureusement des fanatiques autour de moi pour crier hystériquement le nom de leur idole et faire des remarques sur son physique et sur son professionnalisme (« C’est dingue, il sait tout faire !»).

Le concert a duré une heure et quarante cinq minutes. La musique a suinté le professionnalisme et le goût du lisse. Si on me demandait de donner un adjectif pour définir ce concert, je dirais sans hésiter : IMPERSONNEL.

Devendra aime jouer au mec simple et proche des gens, artiste simple et détaché de tout. Il présente ses musiciens dès l’entrée sur scène, joue la fausse modestie en nous rappelant son prénom. Il les laisse chanter voire faire leurs morceaux : très bien, mais ça donne juste l’impression que l’on assiste à un direct télévisé des Enfoirés où tour à tour les invités chantent un truc puis s’en vont. Chacun sa petite cuisine, et je m’en vais… La cohérence d’ensemble ? Rien à foutre. Il veut tellement nous la jouer mec cool et simple, pas du tout au centre du groupe, ah non, qu’il m’évoque une sorte de Bénabar à barbe. Le maladroit Devendra construit en fait, derrière son masque de hippie authentique, toute une symbolique de la distinction, de l’auto-centration et du narcissisme. Du genre:  Moi je ne suis pas un artiste comme les autres, je dénote…. Des claques, oui. Le must dans tout ça, c’est sa sortie de scène : le mec enlève son tee-shirt en partant de scène, juste à la limite entre l’extrémité de la scène et des coulisses. Sous de faux airs de nonchalance et de geste instinctif, tout est bien calculé pour exciter les fanatiques féminines venues en nombre avec leurs sarouels et jeans troués et leur montrer un bout du torse artistiquement transpirant de Monsieur…

Enfin, Machin m’a vraiment emmerdé avec son vibrato balancé à toutes les sauces (super sauces) et à tort et à travers. Faut arrêter là. Stop la démagogie.

Loin de m’imaginer tout ça, je ne pensais pas partir de La Cigale avec le sentiment que Truc est un bon pote à Winston et qu’il est ami Facebook avec Bénabar. Il m’est maintenant permis de penser que l’asticot repartira avec une pute blondasse au volant d’une Ferrari en écoutant à la radio les résultats du foot brésilien et en songeant au grand huit de la foire du trône qu’il va se mettre dans les tripes le lendemain.

Théo J.

Les bricolos nostalgiques à machines multi-fils

In Aboiements, En vrai, Musique on décembre 21, 2009 at 7:51

Bougres de DJ’s. Les voilà qui arrivent avec leurs artifices pour nous électriser, en croyant qu’est venue leur heure. Bande de flippés, oui.

Ah ! C’est toujours la même histoire. Toujours le même refrain. Tu es là, exténué de fatigue. Depuis seize heures, tu entends de la musique, tu fais des efforts pour t’acclimater à certains groupes, tes oreilles sifflent. Tu vis ton festival à la cool, tu renifles dans l’air les odeurs d’herbe qui s’immiscent autour de toi, tu bois des bières et tu adresses des pouces aux groupes qui te surprennent et te sidèrent. Tout va bien jusqu’au concert d’électro de une heure du mat’.

T’en as donc légitimement plein les bottes de te tenir debout, d’avoir mal au dos, et tes tympans ont tendance à marquer le pas. Normal, après neuf heures de concert en continu. C’est le moment choisi par Simian Mobile Disco de se pointer sur scène avec toutes leurs conneries. Dès les premiers sons, tu as envie de t’affaisser de tout ton long comme la corniche d’Hendaye un après-midi d’été 2002. C’est donc assis sur des gravillons qui te taguent le cul au passage que tu as décidé de subir le concert. La tête entre les genoux car ta nuque, fière comme un coq pendant la journée, fléchit un peu. Tu penses à des autres trucs, comme boire ou manger, ou au tapis de sol qui t’attend sous la tente. Tu t’enrouleras dans ton chaud-douillet sac de couchage pour t’endormir aussi rapidement qu’un saut de têtard hyperactif.

Tu ramasses en plein casque des sons répétitifs, dépassés et chiants comme l’index du catalogue Ikea. Tu revis les années 90, tu as l’impression d’être en boîte dans le Jura. Tu en viens même à regretter de ne pas pouvoir te mettre là, sous les ratiches, un petit Scatman, qui dans la circonstance, te relancerait… C’est dire. Aucun visuel, aucune idée…. Les gens dansent par réaction, comme réagit le tendon rotulien au coup de marteau de Patrick sur la rotule, répondent en mouvement sans le vouloir aux vibrations d’un gros caisson de basse. Leur cerveau est cramoisi ou oublié à la buvette, voire envolé dans le ciel malouin.

La double peine ce soir-là car Autokratz chausse ses crampons et déboule sur scène avec une musique à la Corona et une dance attitude qui ferait plaisir à Ophélie Winter. Un magasine mal inspiré avait décrit Autokratz comme le meilleur set électro jamais vu jusque-là. Le journal de Mickey aurait fait une analyse plus complète, à n’en pas douter.

Et puis, lorsque j’ai assisté au concert de Vitalic, quinze jours plus tard, l’histoire s’est de nouveau répétée. Cette fois, j’avais une tartiflette dans les mains. Chaque bouchée me réchauffait l’œsophage puis l’estomac. Vitalic est peut-être le pire que j’ai entendu en électro. Un set d’une inéluctable monotonie, des sonorités tristement redondantes et sans intérêt. Qu’y avait-il à voir, à entendre dans ce concert, si ce n’est un sérieux problème d’inspiration et l’utilisation d’une recette inefficace ?

Qu’on n’excuse pas ces hommes pour leur apparition tardive dans la soirée, lorsque les organismes sont fort usés et les oreilles trop engourdies. Quand ça ne prend pas, je crois qu’il ne faut pas chercher trop longtemps d’excuses. La première chose, la première ligne du front, c’est la musique. C’est pragmatique tout ça, d’accord. Mais quand même.

Cependant, mon caractère naïf reprenant inlassablement le dessus, je suis ouvert à une expérience d’un genre nouveau. Programmateurs, ne voulez-vous pas tenter d’inverser le sens rebattu des choses et nous proposer du gros son électro à l’heure du goûter ?

Je termine sur une note positive quant aux sets électro. J’ai été marqué par Birdy Nam Nam et par Justice. Evidemment, ce sont deux références… Essayez le premier nommé, peut-être moins connu. Il se démarque de beaucoup de Rantanplan.

Théo J.

Flight Of The Conchords – The End

In Cinéma/Séries, Musique, Nécrologie on décembre 21, 2009 at 12:37

Les aventures de Bret et Jemaine s’arrêteront donc là : HBO n’a pas souhaité les renouveler pour une 3ème saison. Et c’est plutôt une bonne chose. Derrière les commentaires de déception envoyés par les deux compères aux fans via Facebook, on sent un vrai soulagement, celui de ne pas tirer plus sur la corde et de ne pas gâcher une série déjà culte, mais qu’on sent à court de matière.

Rattrapage rapide pour les ceux qui n’ont pas encore eu le bonheur de voir le duo chanter If you’re into it :

  • Bret et Jemaine sont 2 musiciens néo-zélandais débarqués à New York pour percer sous le nom de Flight Of The Conchords
  • Ils sont assistés par un membre du consulat de Nouvelle Zélande, Murray, qui les manage et les conseille
  • Ils ont une fan : Mel
  • 2 ou 3 fois par épisode, la narration laisse la place à de la musique et à des mini-clips

La première saison est un véritable petit bijou, tant au niveau de l’humour qu’au niveau de la musique. La seconde est plus inégale, mais avec de vrais moments de gloire. On prend vraiment son pied à suivre leurs minuscules aventures, à entrer dans leur univers étriqué, et à les voir transcender leur manque de crédibilité dans des moments musicaux souvent drôles, parfois géniaux.

Dès les premières minutes de la série on sait qu’ils n’arriveront jamais à rien, mais ils font ce qu’ils savent faire : écrire et jouer des chansons. Ce qui est agréable avec ces anti-héros c’est que malgré leur grande naïveté, ils peuvent être de mauvaise foi, un peu vaches, se pourrir, être un peu racistes (contre les Australiens), etc. Ce n’est pas Jemaine et Bret contre le reste du monde, mais plus Jemaine et Bret à coté du monde. C’est une adolescence qui n’en finit pas, mais qui a déjà perdu son coté enjoué et sa foi. C’est de la mini-tragédie, des mini-problèmes, trop personnels. Ils ont trop de faiblesses pour qu’on puisse facilement s’identifier à eux et pourtant ça prend. Comme s’il y avait toujours un petit espoir en nous pour la naïveté (mais pas un truc à la Lars Von Trier, über-lourd, crème au beurre aux marrons à l’huile, chantilly sauce foutre, qui veut nous faire croire que ses histoires nous rendent malade du monde alors que c’est son cadrage qui donne le mal de mer).

Les seconds rôles sont excellents : Murray, par exemple, prend une place de plus en plus importante au cours des épisodes. Son personnage est très intéressant, car derrière la validation sociale que lui donne son statut (un genre d’attaché culturel), il est aussi peu crédible que les deux jeunes qu’il est censé aider. Il a son itinéraire propre, ses propres rêves, ses propres faiblesses. Il sont pareils finalement, mais il a quand même un peu d’arrogance : l’air suffisant que donne la feuille de paye. Mais pour lui – et comme pour la plupart des gens – c’est juste le cadre rassurant d’une nouvelle institution qui prend le relais, après l’école et puis le grand froid du dehors. Il peut alors reprendre où il en était, dragouiller une collaboratrice, attirer l’attention, frimer…

La place des femmes dans cette série est intéressante aussi. A part Mel, fan nympho qui joue les groupies comme elle a appris à le faire sur MTV et que le duo cherche plutôt à éviter, les autres sont difficiles à aborder, à comprendre, à séduire, à garder. Elles sont une source d’inspiration inépuisable : Most beautiful girl in the room, Business time, Ladies of the world, Foux-da-fa-fa, She’s so hot – Boom, A kiss is not a contract… Généralement l’approche foire ou, quand par miracle cela fonctionne, ça ne dure jamais bien longtemps. Elles peuvent aussi être manipulatrices et assez cruelles (une Australienne, surtout). Les deux héros ne sont pas armés contre ça, ils restent trop romantiques, eux qui pensent que jouer de la guitare est encore truc infaillible pour draguer.

Au delà de ces quelques éléments, l’intérêt de la série réside dans sa légèreté, les situations absurdes qui sont mises en scène, l’impression qu’elle est réalisée avec trois fois rien, les rapports complètement improbables qu’ont les personnages entre eux et surtout, dans la musique et leurs jeux autour des codes.

C’est donc une nécro heureuse que celle-ci. Dansons le Robot Boogie pour une série qui a su s’arrêter avant d’avoir écoeuré ses spectateurs, et à laquelle on pourra revenir avec plaisir. Je pourrai continuer à chantonner If That’s What You’re Into sans avoir honte de tout ce qui est venu après.

Pour de la chanson française vue par des néo-zélandais : cliquer ici

Nico

Un Gagnepain sous le sapin

In Philosophie, Tocades on décembre 18, 2009 at 10:15

En ces temps de fêtes voilà que Jappe, dans sa grande mansuétude et son dévouement tout chrétien pour la bonne harmonie des familles, vous suggère des pistes de cadeaux de dernières minutes. Et quoi de mieux, je vous l’assure, qu’un bon livre sur l’anthropologie clinique basée sur les pathologies de la personne ?

Il fallait voir les yeux de mon frère qui fit, au Noël dernier, les frais de ma tocade, lorsque de ses mains fiévreuses il déchira le papier cadeau qui contenait « Les leçons d’introduction à la théorie de la médiation ». L’émotion pure parlait sans fioriture de guirlandes électriques. Et quand il recouvra la parole, avec un léger vibrato bien compréhensible dû à la confusion de ses sentiments et à l’énervement de tout son être, bref quand il se remit dans son assiette, il put exprimer ses mots à jamais gravés dans mon cœur: «  C’est une blague ? »

Une blague ! Je pus lire sous ce simple mot toute l’effusion et toute la reconnaissance empêchées par une sainte pudeur, une juste virilité. Ses yeux fouillèrent avidement sous le sapin à la recherche d’un autre cadeau qui eût pu le dispenser d’affronter directement cette trop forte gratitude qui montait en lui. Recherchant avidement un objet innocent sur lequel projeter ce trop plein qu’il ne pouvait exprimer, mais, coïncidence malheureuse, il n’y avait rien d’autre. Je détournai donc les yeux pour lui permettre de retrouver sa bonne constitution, trop conscient d’avoir provoqué un petit tsunami émotionnel de Noël. Et depuis lors, nous n’avons jamais plus parlé de cet événement singulier qui, j’en suis sûr, le marqua profondément.

Alors, dans un souci de partage et de bonne humeur, je vous conseille fortement d’offrir à tous vos cousins, oncles, tantes, nièces, grand-père, beau-père ou belle-mère (pour les enfants de familles recomposées qui sont de plus en plus nombreux en ces temps de confusion et d’instabilité métaphysique), « Histoire du sujet et théorie de la personne, la rencontre Marcel Gauchet/ Jean Gagnepain. »

Soyons honnêtes, les amoureux du « Vouloir Dire » n’y trouveront pas forcément de grandes nouveautés. Si Jean Gagnepain a fixé le terrain de jeu, nous devrons dorénavant nous contenter des extensions. Mais c’est un plaisir tout particulier de voir le système se ramifier de mille petites découvertes qui en font un ensemble dense et profus. Pour la rencontre avec Marcel Gauchet, sur le seul plan de la personne qui l’intéresse, on peut retenir deux résistances fortes. Je commence par celle qui me semble la moins justifiée.

Gauchet reproche aux  médiationnistes de ne pas réussir à dépasser la dualité (individu/société) et d’inscrire leurs réflexions dans une sorte de psychologie sociale. Il ne croit pas que l’on puisse traiter avec une même logique le fonctionnement de la personne et le fonctionnement des ensembles politiques, qu’il dissocie. C’est pourquoi il en appelle à une double entrée pour rendre compte de « l’autonomie processuelle » des structures politiques. En d’autres termes, et dans une visée finalement assez durkheimienne, les institutions ne seraient pas réductibles aux personnes qui les composent et il s’agirait de définir cette spécificité autrement. Sur ce terrain Gauchet convainc moins, feignant de ne pas savoir que la théorie de la personne ne parle ni de sujet, ni d’individu, ni de trajet.

La deuxième résistance me semble plus pertinente : il accuse – pour faire court- la théorie de la médiation de ne se focaliser que sur l’instance et d’oublier un peu vite la performance. En gros de ne s’occuper que de la structure anthropologique qui permet l’historicité et de ne pas remettre assez celle-ci dans un contexte et une relativité historique. « Elle montre une indifférence assez classique (…) pour les variations des cultures et des civilisations. » Encore une fois, selon lui, l’analogie avec le plan glossologique tend à gommer la spécificité du plan politique.

Même si cela s’explique en partie comme une réaction épidermique envers l’histoire, présentée trop souvent comme la seule science humaine (implicite qui entache depuis le XIXème siècle la pensée sur l’homme), ici, Gauchet touche juste. On sait bien sûr, que raconter n’est pas expliquer, mais la théorie de la médiation ne semble rien gagner à camper sur une position anthropologique « dure ».

Je sens votre attention se relâcher. Je vous laisse donc, mais n’oubliez pas de financer « des chercheurs qui trouvent » et qui grelottent d’anonymat sous les ponts neigeux de Noël.

Vincent

McCartney – Bercy 2009

In Bilan de compétences, En vrai, Musique on décembre 13, 2009 at 2:07

Après avoir goûté à la salle d’attente de Pleyel pour dix minutes de retard, et même si ça nous a donné l’occasion de monter dans l’ascenseur le moins utile de Paris à coté d’un Fantasio bien sympathique, on a décidé que pour le concert du lendemain, on arriverait, grands seigneurs, trente minutes avant les 20:00 exigées sur le billet.

A 19:29 je lançais une fusée éclairante sur le parvis du POPB (nouveau nom en usage pour la patinoire multi-usage à carapace gazonnée que Rammstein a rempli de mousse et d’effluves de choucroute les deux jours précédents) pour retrouver Vincent. J’avais  déjà remonté la file d’attente de la porte 27 pour m’apercevoir qu’elle zigzaguait le long de la Seine, vers la cinémathèque et revenait finalement sur le parvis de Bercy… Nous nous retrouvâmes donc et nous installâmes en bout de queue avec, au bas mot, 4000 personnes devant nous.

Je vous passe les détails de l’attente dans le blizzard, la pause sandwiches, les commentaires sur l’architecture de la Cinémathèque et la partie de dominos avec Agnès Varda, on parvient dans la salle à 21:00 avec pour toute explication sur cette attente la remarque excédée d’un vigile à talkie-walkie : « La prod’ a merdé ! « 

Sur les écrans géants en forme de marque-page défilaient des photos de Paul toutes époques confondues. Une petite impression de post-mortem, mais les horribles remixes qui échauffaient les enceintes excluaient d’entrée toute possibilité d’émotion (prix d’honneur à Ob-La-Di Ob-La-Da, réorchestrée par au moins Bézu).

Un oeil autour de nous. Des gamins d’une dizaine d’années que leurs parents ont amenés là pour qu’ils regardent passer l’histoire, des vingtenaires sur-connectés mais sûrement plus calés que nous en répertoire McCartneyien, prêts à twitter les anecdotes du concert et qui regarderont les 3/4 du show à travers l’écran de leur iphone, des trentenaires couplés ou entre amis, quelques mini-Ségolène Royal, des rockeurs, des Anglais, deux ou trois new-yorkais qui avaient précisé leur origine sur une affiche pour que Paulo calcule l’effort et les honore d’un médiator ou d’une levée de sourcil, un couple de quarantenaires aigri : elle pense qu’il a honte d’elle parce qu’elle a pris des cuisses et que de toutes façon, il ne lui prend plus la main et la laisse derrière lui, un peu honteux de sa fausse blonde maintenant que l’éclat est passé et que ses tifs filasses qui encadraient hier un visage riant ne soulignent aujourd’hui qu’un affaissement de la peau, de la vie, du désir, un couple nano-dramatique qui tentait de se donner un peu d’air, d’autres du même âge, funs, entre potes, qui sont déjà allés au Stade, en 2004, et que même que c’était énorme, des quinquas – plutôt dans les gradins – assis à la dure sur les sièges de salle polyvalente jouissant d’une bonne vue sur la scène, heureux, barbus, poilus, propriétaires, des sexas à lorgnons pas peu frustrés d’avoir été un poil trop jeunes pour vivre la folie des 60’s et qui courent après le mythe depuis, des heptas -moins- qui se sentent un peu à égalité avec l’artiste, un conscrit en somme, des plus vieux-  probables – mieux cachés qui tentent encore de comprendre comment on est passé de Petula Clark aux Fab Four, du puits à l’eau du robinet, du lacet aux scratchs et surtout, surtout, pourquoi on est revenu aux lacets.

Et puis la lumière s’est éteinte, et la scène s’est allumée, Sir Paul est arrivé, classe sur ses bottines à talonnettes, cachant ses bretelles et sa chemise blanche sous une veste bleu-gris. Une marée de bras s’est tendue pour le prendre en photo, les kids à coté de moi hurlaient comme des beatlemaniaques de 65 et commençaient à rédiger les MMS qu’ils allaient envoyer à leurs amis.

Entouré par deux guitaristes, dont l’un devait être le fils caché de Steven Tyler (le même en blond), un clavier et un batteur, il a entamé The Magical Mystery Tour, appuyé par un fond de scène psychédéliquement multicolore. Et c’était parti pour 2h45 de concert.

Alors oui, il y avait des choses un peu too much, comme l’animation du jeu vidéo sur les Beatles qui passait en fond, les guitaristes qui moulinaient du bras, des diaporamas qui n’auraient pas juré chez Drucker mais on s’en fout ! Parce que bordel, c’était Paul McCartney qui jouait là devant nous et s’il y a un truc dont on se contre-branle, c’est bien du décor ! Parce qu’il n’a pas besoin de s’appuyer là-dessus pour s’imposer : la voix est nickel, il passe de la basse, à la guitare, au ukulélé, au piano, chante calmement, beugle, assure en groupe pour un Live & let Die déchaîné, ou tout seul avec une guitare sèche pour un magnifique Blackbird Il s’amusait entre les morceaux avec le public et pendant avec ses musiciens. On s’est aussi aperçu que les Beatles, c’était parfois du gros rock. Si le son des disques est un peu lisse, Back in the USSR ou Helter Skelter en live ont fait headbanguer juqu’aux plus paralytiques de l’assistance.

Il a parlé des anciens : Linda, John, George, Jimi Hendrix… Il fait le job. Pour ceux qui suivent depuis le début, probable. Il sait que c’est ça aussi qu’une partie du public attend. Ca ne l’a pas empêché de jouer des morceaux récents, de 2007, de 2009… Il n’a jamais arrêté de jouer et de composer, et c’est ce qui rend son spectacle aussi impressionnant. On s’attend au départ à aller au musée, prêt à une bonne dose de kitsch et de sépia, mais le son est parfait, les musiciens très bons, les morceaux variés, il ne pioche pas dans les fonds de tiroir comme le fait Mike Love dans sa beach-boysploitation pour se faire briller de l’aura des autres, il a largement assez de ses oeuvres, toutes époques confondues, et quand il coverise, c’est pour un hommage.

Il n’est pas non plus qu’un nom, un meuble, un génie usé, sur le retour qui tente tant bien que mal un come-back mais qui a perdu le truc, genre Brian Wilson enfermé dans son Pacific Princess…

Bref, trêve de considérations, je ne pourrais pas dire du mal de McCartney, il a peut être eu des bas avec certains albums, mais on lui doit tellement de chansons superbes que ça rattrape tout le reste. Et objectivement, c’était un concert excellent. Tirant forcément du coté des Beatles, mais honnêtement, on était aussi là pour cette partie de sa longue carrière.

Il y a toujours un soupçon autour de Paul, because il a presque enterré tout le monde et que ce n’est pas Ringo (no offense) qui va lui disputer la légende. Du coup, c’est lui qui écrit l’histoire maintenant et derrière l’aura positive et le sourire perpétuel, on imagine toujours quelque saloperie planquée, un peu d’humain, quoi. Mais avec sa bonhommie, il exécuterait des portées de chatons au lance-flammes qu’on aurait du mal à lui en vouloir. Alors, on écoute ses histoires, ses anecdotes sur les artistes qu’il a rencontrés, son point de vue, sa version, et c’est bien comme ça.

Bizarre comme nous, qui avons finalement grandi bien loin de la folie Beatles, puis Wings, avons pu être touchés par cette musique. Ce concert nous a collé un smile du début à la fin, et sur la route, et continue quand on se le remémore. C’était comme une énorme madeleine de Proust qui nous ramenait vers un truc qu’on n’avait pas vécu. Un peu nostalgiques de la vie des autres.  Ce soir on a pu s’en approprier quelques miettes, et ça a comme éclairé toute la filiation, tout ce qu’on aime en musique et qui s’enracine, de près ou de loin, dans la terre noire de Liverpool.

Nico

Playlist

Magical Mystery Tour / Drive My Car / Jet / Only Mama Knows / Flaming Pie / Got To Get You Into My Life / Let Me Roll It – Foxy Lady / Highway / The Long and Winding Road / Michelle / My Love / Blackbird / Here Today / Dance Tonight / And I Love Her / Mrs Vandebilt / Eleanor Rigby / Band on the Run / Ob-La-Di, Ob-La-Da / Sing the Changes / Back in the U.S.S.R. / SomethingI’ve Got a Feeling / Paperback Writer / A Day in the Life – Give Peace A Chance / Let It Be / Live and Let Die / Hey Jude / Day Tripper / Lady Madonna / Get Back / Yesterday / Helter Skelter / Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (Reprise)/ The End

Anouar Brahem et le bassiste venu du froid

In En vrai, Le Salaire du Jappeur, Musique on décembre 11, 2009 at 12:41

En retard comme d’habitude, juste le temps de finir sa bière cul-sec, qu’on repose vite fait dans l’évier, et nous voilà (Nico et moi) sur le chemin du concert. Jamais foutu les pieds à la salle Pleyel, pourtant la programmation de cette année est à tomber par terre, mais le drame – parce qu’il y en a toujours un – c’est que je ne peux plus bénéficier du tarif jeune. Au revoir Pollini, Perahia et autres croulant magnifiques pour lesquels on donnerait trois Lou Reed. Paraît qu’il a joué aussi dans cette salle, Mister Dépression. Vous savez, cet album, Berlin, pour lequel un critique avait dit qu’à ce niveau de lourdeur on devrait être en droit de se venger physiquement sur son auteur. Niveau lourdeur, les autochtones de la salle Pleyel c’est des number one : voilà des années qu’ils se farcissent les opéras de Wagner, alors le ris de veau Lou Reed, il fait autant d’effet qu’une salade d’endives aux cerneaux de noix… limite pour eux ça facilite le transit auditif, ils ont du se coucher plus léger, les notables.

Enfin, nous voilà vers les Champs-Elysées dans une ambiance de Noël détrempé. Ça goutte aux illuminations, les rues sont d’un bleu-pétrole, y’ a un truc qui cloche… ça sonne l’ennui et puis les magasins sont fermés. La vie a coulé du lieu. On est rejeté physiquement, dédaigné par les bâtiments. Les vitrines sont des paupières closes qui ne s’adressent à personne. Les rues nous excluent,on sent qu’elles n’existent pas pour l’individu,qu’elles visent plus haut, plus loin… qu’elles visent un truc économique dont on ne fait pas partie. Ça t’écrase par une puissance hautaine de neutralité. Même le millionnaire n’est rien ici. Seul compte le flux, la mise en rapport, le quantitatif. C’est peut-être beau mais c’est pas respirable, je m’allume une cigarette.

Avec toutes ces conneries on arrive avec dix minutes de retard. Laisse-moi te présenter les lieux, bouseux provincial ou désargenté mélomane des banlieues (c’est pas beau ça… la magie de l’écriture… tu vas pouvoir te faire la Salle Pleyel sans retirer tes bottes crottées et en continuant de fumer ta clope… la main dans le caleçon, positif). D’abord il y a un essaim d’étudiantes sous-payées qui font cercle, ça butine, c’est chantant, ça valide ton billet, il y a des effluves de gingembre, de croissant, de bain chaud aux huiles essentielles bio. Puis le gros du travail arrive, il faut te faire pénétrer dans la salle parce que le concert a déjà commencé. Tu vas me dire avec ton accent purin, y a qu’à ouvrir une porte… Et alors moi je réponds « Putain, mais tu te crois où, fils de commerçants lédoniens ! »

Je t’explique le trajet : tu te positionnes sur le bord de la moquette rouge, au top signal un petit groupe rentrera dans l’ascenseur super classe qui va te servir à monter trois marches, là tu es introduit dans l’antichambre, une sorte de purgatoire à la cool avec banquettes en cuir qui crissent sous tes fesses et écran plasma qui diffuse ce que tu es en train de louper du concert. Bref, une salle d’attente lounge que tu pourrais voir dans une boite de nuit de Montpellier, un mojito à la main (l’exemple, c’est pour que tu puisses visualiser, je pioche des images dans tes vacances de 2004). Et au moment où retentit l’ultime vibration du dernier accord d’Anouar, on ouvre les portes, on s’active, on s’agite, on te cloue sur ton siège, on referme la porte au premier accord. La salle Pleyel s’est rencullotée, y’a plus rien qui dépasse. Derrière les portes, ils doivent se sabrer du champ’, se sauter dans les bras, s’embrasser mouillé pour avoir réussi leur mission aussi bien.

Anouar, on l’aime surtout depuis « Le Pas Du Chat Noir ». On l’aime pour ses compositions gorgées de silence qu’arrivait si bien à mettre en valeur l’un des meilleurs pianistes de jazz français : François Couturier. Vous avez déjà dépapieté un appartement ? Anouar fait la même chose avec la musique, il vous arrache des longs bouts de silence. Il part d’un petit coin et il déroule, c’est toujours très beau à voir. On part forcément, reposé du trop-plein auditif. Mais vite, quelque chose que vous n’aviez pas remarqué vient vous piquer l’intérieur du nez. Alors qu’ Anouar s’évertue à creuser un trou dans le sable quelqu’un dans son dos remet deux, trois pelletées, discret. Et puis vous comprenez : c’est la bassiste Björn Meyer, chevelu métaleux du pays des traîneaux qui nous gâche le spectacle. Non content d’avoir un son de basse digne d’un bon Dream Theater ( à croire qu’il a demandé conseil dans un magasin de musique avant de faire son concert) le voilà à faire monsieur-surdoué-virtuose. Avec un jeu (plus ténu, certes) mais qui se rapprocherait du mauvais prog’. On est sauvé de justesse quand il se limite aux harmoniques de son instrument.

Le point culminant arrive quand Björn reprend la « Danse d’Hélène »… Vous savez le tube de l’été j’sais plus quoi, dont les paroles sont « Je mets le doigt devant, je mets le doigt derrière, je fais le tour de moi même… » Ah mon bouseux, t’aurais pas été dépaysé, c’était comme au mariage de ta cousine. A mon avis, Björn il a foutu les pieds dans un Club Med tunisien pour sa préparation. Il pensait juste qu’en s’inspirant de « Danse d’Hélène » il puisait aux racines même de la musique orientale.

Donc forcément, un bon fou rire dans la salle Pleyel, favorisé par l’austérité du lieu. Mais c’est déjà la fin du concert, tonnerre d’applaudissements à faire péter tous les pacemakers. On rentre avant dix heures, avec le regret de n’avoir pas vu Anouar tout seul.

Bientôt dans Jappe, Nico nous dévoilera pourquoi on a eu trois fois raison d’aller voir Macca en concert.

Vincent

Et le troisième jour, il ressuscita des chiens morts !

In Aboiements, Bilan de compétences, Le Salaire du Jappeur, Ruminations on décembre 8, 2009 at 3:53

Tel un phœnix empaillé, reposant sur le vaisselier poussiéreux d’un taxidermiste à la retraite, Jappe renait de ses cendres. Malade comme toujours, déplumé, n’ayant pour souffle de vie que le peu de haine qu’il lui reste dans les poches, il est là pourtant, prêt à s’effondrer au moindre courant d’air. Des visiteurs le touchent du bout d’un bâton pour contrôler son processus de raidissement, mais il ouvre encore péniblement les yeux, les contemple sans réaction, puis se referme au monde, mortellement affaibli.

Voilà bien la fin des adolescences. Et si Jappe avait un but masqué, c’était de se déprendre de cet âge stupide. Les rêves se retirent aussi, dans une trajectoire lente et tortueuse certes, mais ils ne nous soutiennent plus, ils ne nous sont plus d’aucune utilité. Ce n’est pas l’enfant qui délaisse ses jeux pour n’être plus obnubilé que par le sexe, c’est un long progrès qui se fait inconsciemment en lui avec des craquements souterrains qu’il ne maîtrise pas. Pareillement, nous venons de nous réveiller du jeu. Notre vie sera donc ça… Juste ça, pas plus… On se croyait fortiche, à pouvoir doubler par la droite, revenir en arrière, esquiver toujours, mais c’était sans compter sur sa boîte aux lettres, son banquier, ses rendez-vous au Pôle Emploi, son propriétaire et puis tout ce qui se met en place sans votre consentement… dans votre dos… que quand vous vous retournez, c’est une place d’armes aussi dure qu’une citadelle de Vauban.

Faut que ça se rigidifie, c’est ça la grande leçon du temps. Il rigidifie les opportunités, rigidifie les opinions, rigidifie le nombre d’amis, congèle vos choix, purée de verglas pour vos goûts, purée de verglas pour vos manies, pétrifié par la méduse à grosses dreads dès que vous vous retournez. C’est bien pour cela qu’il ne faut pas le faire. Un jour vous vous retrouvez avec une personnalité, des choses à faire, des obligations, tout un tas de petit tracas innocents qui finissent par vous faire une vie.

Alors plus que jamais, amis canins, jappons ! Je veux des grognements par milliers dans l’indifférence générale. Des hallalis et des curées de ketchup, de l’héroïsme fuligineux pour notre Chemin des Dames contemporain. A chacun sa baïonnette du bon goût, sa rasade d’eau de vie et en avant, marche, soldats de mes couilles ! Et tant pis si certains n’ont pas assez d’argent et arborent encore des pulls à rayures et des pantacourts, on ne sera pas regardant sur l’uniforme. Et tant pis si le troufion au cœur sensible n’achève pas l’otage à sa merci, ne nous arrêtons pas pour si peu. Et comme le disait encore Théo… « Tant pis la vie ! »

Rappelons-nous de cette grande phrase de feu Stupeflip : « Comme Goldman j’irai au bout de mes rêves, Et même si la chanson eh ben elle sert à rien, Je crois que ça me fera du bien de gueuler ce refrain… »

Vincent