Après avoir goûté à la salle d’attente de Pleyel pour dix minutes de retard, et même si ça nous a donné l’occasion de monter dans l’ascenseur le moins utile de Paris à coté d’un Fantasio bien sympathique, on a décidé que pour le concert du lendemain, on arriverait, grands seigneurs, trente minutes avant les 20:00 exigées sur le billet.
A 19:29 je lançais une fusée éclairante sur le parvis du POPB (nouveau nom en usage pour la patinoire multi-usage à carapace gazonnée que Rammstein a rempli de mousse et d’effluves de choucroute les deux jours précédents) pour retrouver Vincent. J’avais déjà remonté la file d’attente de la porte 27 pour m’apercevoir qu’elle zigzaguait le long de la Seine, vers la cinémathèque et revenait finalement sur le parvis de Bercy… Nous nous retrouvâmes donc et nous installâmes en bout de queue avec, au bas mot, 4000 personnes devant nous.
Je vous passe les détails de l’attente dans le blizzard, la pause sandwiches, les commentaires sur l’architecture de la Cinémathèque et la partie de dominos avec Agnès Varda, on parvient dans la salle à 21:00 avec pour toute explication sur cette attente la remarque excédée d’un vigile à talkie-walkie : « La prod’ a merdé ! «
Sur les écrans géants en forme de marque-page défilaient des photos de Paul toutes époques confondues. Une petite impression de post-mortem, mais les horribles remixes qui échauffaient les enceintes excluaient d’entrée toute possibilité d’émotion (prix d’honneur à Ob-La-Di Ob-La-Da, réorchestrée par au moins Bézu).
Un oeil autour de nous. Des gamins d’une dizaine d’années que leurs parents ont amenés là pour qu’ils regardent passer l’histoire, des vingtenaires sur-connectés mais sûrement plus calés que nous en répertoire McCartneyien, prêts à twitter les anecdotes du concert et qui regarderont les 3/4 du show à travers l’écran de leur iphone, des trentenaires couplés ou entre amis, quelques mini-Ségolène Royal, des rockeurs, des Anglais, deux ou trois new-yorkais qui avaient précisé leur origine sur une affiche pour que Paulo calcule l’effort et les honore d’un médiator ou d’une levée de sourcil, un couple de quarantenaires aigri : elle pense qu’il a honte d’elle parce qu’elle a pris des cuisses et que de toutes façon, il ne lui prend plus la main et la laisse derrière lui, un peu honteux de sa fausse blonde maintenant que l’éclat est passé et que ses tifs filasses qui encadraient hier un visage riant ne soulignent aujourd’hui qu’un affaissement de la peau, de la vie, du désir, un couple nano-dramatique qui tentait de se donner un peu d’air, d’autres du même âge, funs, entre potes, qui sont déjà allés au Stade, en 2004, et que même que c’était énorme, des quinquas – plutôt dans les gradins – assis à la dure sur les sièges de salle polyvalente jouissant d’une bonne vue sur la scène, heureux, barbus, poilus, propriétaires, des sexas à lorgnons pas peu frustrés d’avoir été un poil trop jeunes pour vivre la folie des 60’s et qui courent après le mythe depuis, des heptas -moins- qui se sentent un peu à égalité avec l’artiste, un conscrit en somme, des plus vieux- probables – mieux cachés qui tentent encore de comprendre comment on est passé de Petula Clark aux Fab Four, du puits à l’eau du robinet, du lacet aux scratchs et surtout, surtout, pourquoi on est revenu aux lacets.
Et puis la lumière s’est éteinte, et la scène s’est allumée, Sir Paul est arrivé, classe sur ses bottines à talonnettes, cachant ses bretelles et sa chemise blanche sous une veste bleu-gris. Une marée de bras s’est tendue pour le prendre en photo, les kids à coté de moi hurlaient comme des beatlemaniaques de 65 et commençaient à rédiger les MMS qu’ils allaient envoyer à leurs amis.
Entouré par deux guitaristes, dont l’un devait être le fils caché de Steven Tyler (le même en blond), un clavier et un batteur, il a entamé The Magical Mystery Tour, appuyé par un fond de scène psychédéliquement multicolore. Et c’était parti pour 2h45 de concert.
Alors oui, il y avait des choses un peu too much, comme l’animation du jeu vidéo sur les Beatles qui passait en fond, les guitaristes qui moulinaient du bras, des diaporamas qui n’auraient pas juré chez Drucker mais on s’en fout ! Parce que bordel, c’était Paul McCartney qui jouait là devant nous et s’il y a un truc dont on se contre-branle, c’est bien du décor ! Parce qu’il n’a pas besoin de s’appuyer là-dessus pour s’imposer : la voix est nickel, il passe de la basse, à la guitare, au ukulélé, au piano, chante calmement, beugle, assure en groupe pour un Live & let Die déchaîné, ou tout seul avec une guitare sèche pour un magnifique Blackbird… Il s’amusait entre les morceaux avec le public et pendant avec ses musiciens. On s’est aussi aperçu que les Beatles, c’était parfois du gros rock. Si le son des disques est un peu lisse, Back in the USSR ou Helter Skelter en live ont fait headbanguer juqu’aux plus paralytiques de l’assistance.
Il a parlé des anciens : Linda, John, George, Jimi Hendrix… Il fait le job. Pour ceux qui suivent depuis le début, probable. Il sait que c’est ça aussi qu’une partie du public attend. Ca ne l’a pas empêché de jouer des morceaux récents, de 2007, de 2009… Il n’a jamais arrêté de jouer et de composer, et c’est ce qui rend son spectacle aussi impressionnant. On s’attend au départ à aller au musée, prêt à une bonne dose de kitsch et de sépia, mais le son est parfait, les musiciens très bons, les morceaux variés, il ne pioche pas dans les fonds de tiroir comme le fait Mike Love dans sa beach-boysploitation pour se faire briller de l’aura des autres, il a largement assez de ses oeuvres, toutes époques confondues, et quand il coverise, c’est pour un hommage.
Il n’est pas non plus qu’un nom, un meuble, un génie usé, sur le retour qui tente tant bien que mal un come-back mais qui a perdu le truc, genre Brian Wilson enfermé dans son Pacific Princess…
Bref, trêve de considérations, je ne pourrais pas dire du mal de McCartney, il a peut être eu des bas avec certains albums, mais on lui doit tellement de chansons superbes que ça rattrape tout le reste. Et objectivement, c’était un concert excellent. Tirant forcément du coté des Beatles, mais honnêtement, on était aussi là pour cette partie de sa longue carrière.
Il y a toujours un soupçon autour de Paul, because il a presque enterré tout le monde et que ce n’est pas Ringo (no offense) qui va lui disputer la légende. Du coup, c’est lui qui écrit l’histoire maintenant et derrière l’aura positive et le sourire perpétuel, on imagine toujours quelque saloperie planquée, un peu d’humain, quoi. Mais avec sa bonhommie, il exécuterait des portées de chatons au lance-flammes qu’on aurait du mal à lui en vouloir. Alors, on écoute ses histoires, ses anecdotes sur les artistes qu’il a rencontrés, son point de vue, sa version, et c’est bien comme ça.
Bizarre comme nous, qui avons finalement grandi bien loin de la folie Beatles, puis Wings, avons pu être touchés par cette musique. Ce concert nous a collé un smile du début à la fin, et sur la route, et continue quand on se le remémore. C’était comme une énorme madeleine de Proust qui nous ramenait vers un truc qu’on n’avait pas vécu. Un peu nostalgiques de la vie des autres. Ce soir on a pu s’en approprier quelques miettes, et ça a comme éclairé toute la filiation, tout ce qu’on aime en musique et qui s’enracine, de près ou de loin, dans la terre noire de Liverpool.
Nico
Playlist
Magical Mystery Tour / Drive My Car / Jet / Only Mama Knows / Flaming Pie / Got To Get You Into My Life / Let Me Roll It – Foxy Lady / Highway / The Long and Winding Road / Michelle / My Love / Blackbird / Here Today / Dance Tonight / And I Love Her / Mrs Vandebilt / Eleanor Rigby / Band on the Run / Ob-La-Di, Ob-La-Da / Sing the Changes / Back in the U.S.S.R. / Something / I’ve Got a Feeling / Paperback Writer / A Day in the Life – Give Peace A Chance / Let It Be / Live and Let Die / Hey Jude / Day Tripper / Lady Madonna / Get Back / Yesterday / Helter Skelter / Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (Reprise)/ The End

POPB, nouveau nom ? C’est le nom qu’il a depuis qu’il a été créé…
Oui tu as raison, sur son certificat de naissance c’est bien écrit Palais Omnisport de Paris Bercy > POPB.
C’est juste qu’assez récemment on allait encore voir un concert à Bercy, on ne se sentait pas obligé de notifier le voisin de l’intégralité du blaze… Tu remarqueras que j’ai écrit « en usage » après les termes incriminés. C’est comme sur tes papiers tu peux différencier le nom d’usage et le nom de famille…
Mais franchement, on s’en fout un peu, non ? C’est pas un article sur le POPB, mais sur le concert de McCartney.
Ton excellent article me fait penser que j’aurais bien aime etre au concert tiens. Mince, j’aurais pas du le lire…
Antoine (si c’est bien de notre Antoine londonien qu’il s’agit), c’est toi qui dis ça ? Ça me fait bien plaisir… En même temps on ne peut pas être intégré complètement à la culture anglaise sans plier le genoux devant Sir McCa.
Au fait t’étais bien classe dans ton saut de la mort.
Aaaah je suis demasque… Et merci pour le saut de la mort ;)