Aboiements & Tocades

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Action Discrète, L’impertinence molle

In Aboiements, Le Salaire du Jappeur, Tocades on mars 7, 2010 at 11:43

Rien de pire que l’humour Canal Plus, que son autocélébration satisfaite rediffusant en boucles les sketchs des Nuls ou ceux du couple De Caunes-Garcia. Savant mélange de crème chantilly sur costard de présentateur, de strings pour hommes aux jambes poilues, le tout relevé d’une touche d’absurde au carré. Oh, pas celui des Monty Python bien sûr… Plutôt l’humour régressif de ceux qui n’ont de toutes façons rien à dire et qui devait culminer dans l’horreur intégrale que sont Les Robins Des Bois. La fantaisie du mal de tête, le petit théâtre des remontées acides.

Moi, fils de mon temps, j’ai imprimé involontairement le rire du beauf décomplexé… des gosses de riches qui gesticulaient nerveusement à la télé. Et pour m’avoir aussi bien limé la tête, je crois qu’il serait justice complète qu’ils me reversent une petite indemnisation.

Quand cela se restreignait à du guignol pour adulte, à la provocation du pet, à l’anarchie en plastoc consistant à semer un bien petit désordre de plateau télé, l’on pouvait toujours fermer les yeux en espérant quand même que ces faux mauvais gosses crèvent étouffés, gueule ouverte, rouges, yeux exorbités face caméra.

Mais, c’est là une constante dans la vie humaine : le pire est toujours à venir. On croule, on chute de marche en marche, on se réveille toujours en deçà de là où l’on se situait… Habits piteux, chapeau déchiré, se tâtant tout le corps pour y découvrir des côtes fêlées, une molaire sur le carreau… Mais rien ! Notre toboggan, à nous, est entouré de mousse protectrice. C’est à peine si l’on s’aperçoit que l’on dégringole. On espérait des belles gueules cassées, on se retrouve indemne, tout propret, ne voyant pas qu’ imperceptiblement notre chute foireuse nous laisse vides et épuisés, n’ayant de forces que pour la glissade verglacée.

Eh bien, sombres amis d’Aqualand, il est une espèce de comique qui me fait regretter tous les précurseurs de Michaël Youn réunis. Ce sont les biens nommés Action Discrète qui ont gardé du terrorisme le goût de la suffisance, la bêtise intellectuelle et la foi fanatique en quelques principes humanistes ( ici une tolérance à la sauce Skyrock). Ceux que Nietzsche appelait « les doctrinaires du sens de l’existence » ont maintenant leur émission.

Vous me direz : « Il y a méprise, vous surinterprétez une simple bande d’humoristes engagés ! » Peut-être, mais ne sentez-vous pas le sérieux galoper derrière leur rire, ne sentez-vous pas cet esprit de sérieux modeler en creux l’entreprise de nos piètres moralistes ? Pour moi, tout ça sent trop le pus et les branches mortes. Mais reprenons.

Je garde toujours derrière la tête cette phrase de Jankélévitch : « Un mauvais roman est un roman où le bourgeois est un bourgeois ». Je dirais qu’un rire grossier, le rire puant du beauf qui rampe sous le canapé d’angle, c’est le rire sûr de son jugement, qui fait de l’ennemi une caricature tellement déformée qu’on ne peut plus y reconnaître l’original. Car, non content de grossir le trait, Action Discrète crée la pure fiction d’un monde bipolaire partagé entre les vrais salauds d’un côté et les vertueux de l’autre. Mais à trop lutter contre un ennemi plat et stéréotypé, on en devient soi-même plat et stéréotypé. Il faut au contraire vouloir son adversaire fort, mais c’est là, une conclusion que la meute d’Action Discrète serait bien incapable de formuler.

Les salauds véritables n’existent pas ? La réalité est trop mêlée ? Qu’à cela ne tienne, nous allons interpréter nous-mêmes les ennemis que nous aurions rêvés d’avoir. Voilà le lieu commun du rire. Les manchots aux mains propres n’enfoncent pas les portes ouvertes, ils courent dans un espace unidimensionnel en s’effrayant de leur propre témérité.

L’irrévérence bébête rejoint ainsi le moralisme Laguna qu’elle n’a jamais cessé d’être. Le serpent humoristique de Canal Plus se mord la queue, recyclant ses déchets, sa suffisance, son fric, ses rognures et ses fins de bouteilles éventées. Et l’on devrait applaudir l’audace de l’engagement…

Vincent

Holly Miranda – The Magician’s Private Library

In Musique, Tocades on février 24, 2010 at 10:21

Souvenez-vous ! La première partie de The XX, la fluette Hollly Miranda et son co-équipier Timmy étaient venus nous mettre une bonne claque avant la très bof prestation des Droopy londoniens tout de noir vêtus.
Et bien la revoilà avec un vrai disque rien qu’à elle, producède par Dave Sitek, celui là même qui avait oeuvré sur le très zagréable album de Scarlett Johansson Anywhere I Lay My Head.

J’entends d’ici les jugements à l’emporte-pièce : « Voui, c’est un album de producteur, il ferait sonner hype n’importe quelle bouse, et bla, bla, bla… »

Là, on peut prendre précisément la mesure de son travail car certains morceaux étaient déjà sortis sur le petiot disque maison : Sleep on fire. Alors il suffit de comparer les versions de Wave, Everytime I go to sleep (ça c’est un piège car c’est la même version sur les 2, il semblerait qu’ils l’avaient déjà enregistrée ensemble), Joints… Je voulais vous proposer le comparatif ici, mais comme l’album est sorti, les versions EP ne sont plus disponibles gratuitement. Fichtre !
Une chanson quand même :

Joints (Version album)

Ce qu’on avait aimé dans le concert, c’était  l’espèce d’évidence qui émanait de cette formation et des morceaux ainsi présentés. On avait parfois du mal à la retrouver sur l’EP et c’est pire avec l’album. Trop de complicance, de chichis, de matière à cogitation, d’effets de manche. 

C’est agréable mais un peu fadasse : les mélodies marquent difficilement, cachées derrière les arrangements. Ca ne s’harmonise pas. Deux mondes séparés, de quoi faire un disque ambient et un autre de pop -songs. Ensemble, ça donne un truc beau mais froid.

Rien ne paraît nécessaire. Ces chansons sont des possibles, des exercices de style autour d’un original toujours absent. Ca fonctionnait bien pour Scarlett car derrière il y avait Tom Waits, et le tout sonnait comme une réinterprétation risquée mais bienvenue.
Là, il manque le référent. Ces versions ne s’imposent pas. Elles nous perdent même en démultipliant les voix de la chanteuse alors qu’un choriste apporte un meilleur équilibre ( forest green oh forest green ou Sleep on fire).

Cette production la dessert plus qu’autre chose, elle essaie de se fondre dans un univers qui n’est pas le sien. La voix est retenue pour entrer dans le cadre, elle est alourdie de fanfreluches et de guimauve.
Comme une jolie fille trop maquillée : ça foire. Comme Mélanie Laurent en robe rouge à la fin d’Inglorious Basterds : Tout y est mais ça ne prend pas.

Ce n’est pas que la simplicité suffise à Holly Miranda, c’est juste ce qui lui sied le mieux.

C’est comme ça qu’elle rayonne.

Nico


Range la guacamole et tes badges, Lizarazu : Ce soir c’est Haendel !

In Musique, Tocades on février 19, 2010 at 2:01

T’as beau mettre des sweats de couleurs et des baskets de ville, on en voit que mieux les cafards qui tombent de ta bouche et vont se tortiller à l’envers sur le tapis… t’es du pisseux jaunasse et ta girlfriend ne se fait déjà plus d’illus’ sur ton compte. Du néant à la crème qu’on jurerait… à te voir si modelé par les goûts de ta classe.

Elle t’admire déjà si peu la pauvre pantoufle de copine, que c’est miracle qu’elle soit encore dans ton lit. Vraiment, tout est pitié dans cette vie de  granit, et sur ta tombe on épitaphera  « Ci-gît  Mathieu Machin qui fit tout juste ce que la vie lui assignait, n’a jamais débordé vers quoi que ce soit et, insensiblement, se fit détester par ses contemporains ».

Heureusement cher ami… Heureusement pour toi, il y a Jappe ! A défaut de t’apporter une personnalité brand new, on peut t’aiguiller vers du beau en gratte-ciel. Crois-moi, ce que je t’amène là, c’est chaud comme les rugueuses parois d’une Winchester qui vient de décharger, mais j’imagine que tu n’as jamais eu l’idée de te mettre, tête nue, sous les balles. Pas grave, Jappe se fait flinguer pour toi, et gratis en plus, une bonne décharge de plombs dans la partie mollassonne du ventre.Vlan ! Et puis on revient te dire l’effet pour que tu puisses, dans ton lit bien au chaud, t’imaginer la déflagration avec son lot de souffrances malhonnêtes et de brûlures entêtantes.

Et des brûlures entêtantes, Racha Arodaky sait en pourvoir. Peut-être connais-tu ce nom? La Racha a enchaîné les rendez-vous avec les médias pour la sortie de son album sur  Haendel.

Ah, je te vois rebrousser chemin salopard… tu n’écoutes rien… tu vois, je n’exagères pas… t’es tout crevé… voilà que tu ne me suis plus, tu préférerais sans doute que je mentionne le nom d’un groupe obscur de krautrock… Le problème avec le classique c’est qu’il ne peut pas être échangé dans ton monde. Personne ne sait comment en parler alors on le tait… et comme tu es le roi des nullards, tu ne peux comprendre l’intérêt de la beauté qui ne se partage pas. Apprends, le doigt sur la bouche, dans le silence.

« Accroche-toi bien à mes hanches », le petit-train de Radio Classique est en marche. Je m’en vais te faire visiter un pays où tout est de toute beauté et où les femmes s’évertuent à parler avec des voix de têtes insupportables.

Je disais donc, on la  voit partout Racha Arodaky. Et bien, laisse-moi faire cette provocation: Tant mieux ! Non seulement son disque est de toute beauté,  mais elle met de l’exigence jusque dans la production et la pochette de son album (pour le monde du classique, l’illustration plus haut doit être vécue comme une chose peu orthodoxe et un brin trop branchouille).

Premièrement, la pianiste nous fait découvrir un répertoire qu’on connaît peu. Il faut bien le dire, Haendel souffre d’une compétition déloyale qui le maintient constamment dans l’ombre du grand Bach.

Deuxièmement, elle fut élève de Murray Perahia et cela s’entend. Notamment par cette faculté de rendre évidentes les structures musicales les plus abstraites. Perahia comme Arodaky ont ce talent fascinant de rendre simple le complexe et de mettre à la disposition d’abrutis de notre espèce, des mystères élitistes. A l’écouter, on a cette sensation fantastique de pouvoir suivre du doigt l’écheveau entremêlé des notes qui s’enroulent sur douze niveaux. Les baroqueux intégristes hurleront qu’on ne retrouve rien ici du flamboiement initiale et de l’allant propre au clavecin. Laissons caqueter les idiots embourbés dans leur querelle d’authenticité.

Je le répète, il y a de l’évidence dans cette interprétation, même pour qui n’est pas très mélomane. Comme d’ailleurs est évident, en bouche, le goût du St-Joseph, même pour qui n’est pas œnologue.

Et puis après, il y a sa touche particulière ; ces trilles si étonnantes qui débordent toujours de leur place initiale, qui dégoulinent ou virevoltent mais ne sont jamais ni sèches, ni scolaires, ni plaquées. Racha Arodaky dit que ce sont des trilles orientales, elles commencent très faibles puis vont à l’explosion. Il y aurait tout un article à faire sur le microcosme de ses trilles qui sont toujours dans la variation d’intensité et qui paraissent à chaque fois si vivantes.

Un grand disque donc, mais simple et accessible.

http://www.deezer.com/fr/?incr=1#music/racha-arodaky/haendel-suites-pour-clavier-488222

Vincent

These New Puritans – Hidden

In Musique, Tocades on février 15, 2010 at 9:59

Une grosse surprise.
Le son d’abord. Enorme, loin de l’aridité de Beat Pyramid. Ample. Sombre, sans être caricaturalement gothique (c’est pas le genre Septic Flesh, voyez…).
Pour comparer, une même chanson dans les deux contextes  :

FFF (2008)

Fire Power (2010) (là, rien sur Spotify, donc juste un extrait)

Alors, ce Hidden
Tout commence avec un petit orchestre d’harmonie qui joue une intro joliment foutue, très posée, qui se tend à chaque respiration.

Le disque pourrait continuer sous cette forme classique ou virer Sigur Ros sans que cela ne surprenne. Mais c’est l’inverse qui se produit et nous plongeons dans un univers sombre tout de rythme et d’harmonies angoissantes. Les timbres des cuivres et des vents se marient très bien avec les percussions. L’atmosphère est cohérente malgré l’écart entre les deux mondes.

We want war fonctionne très bien et nous tient scotché aux enceintes. Les voix ont un arrière-goût de Björk. Les ex-métaleux verront du Roots (Bloody roots) dans les patterns rythmiques.
Ce morceau (le clip aussi, d’ailleurs) résume plutôt bien l’ensemble de l’album : ambitieux, inattendu, souvent inspiré, souffrant pourtant de mégalomanie et de  mauvais goût ça et là (la voix qui répète « We want war » semble tout droit sortie du 5ème élément, l’air de Three Thousand sent le recyclage…).
Le coté mégalo n’apparait d’ailleurs pas seulement au regard de l’envergure du projet, mais est aussi révélé par ces éléments en trop, les erreurs esthétiques, les sons parfois limites. Ils ont l’air (ou il a l’air car en ce qui concerne la composition, c’est visiblement de Jack Barnett qu’il s’agit) d’être un peu trop sûrs d’eux.

Un piano arrive à la 4ème piste sur Hologram. Très original, entrainant, entêtant, à l’énergie contenue. Pas le morceau le plus violent mais surement le meilleur et le plus puissant (je ne m’en lasse pas).
Le suivant (Attack Music) a un riff très efficace, mais les voix sont traitées tantôt avec la légèreté d’Underworld période Trainspotting, tantôt avec la subtilité de Bernard Launois quand il veut faire très très peur (voir ici pour les curieux).

Ca repart mieux pour la suite : Fire power, de l’énergie brute que j’ai hâte d’entendre en live (en avril au Point éphémère). Orion, un peu pompeux mais à la rythmique efficace. Canticle, reprise de thème pour justifier la facture des soufflants, bien agréable par ailleurs. Drum courts, qui à volume élevé doit pouvoir rendre fou à peu près n’importe qui et ce malgré le très beau Where Corals lie auquel il se confronte. White Chords est composé comme un Idiothèque des années 80 mais toujours avec ce son si particulier qui  rend ce disque fascinant.

Tout cela s’achève sur 5, un morceau orchestral ou plane d’abord l’ombre bienvenue de M. Zappa puis les accents lourdeaux de Mike Olfield. Les derniers accords des cuivres le finissent malgré tout honorablement. Sans le résoudre. Comme pour mettre un dernier point d’interrogation à cet album qui laisse perplexe.

Remarquable, original, mais qui tombe parfois dans le piège des arrangements foireux, de la broderie en roue libre. Comparable à un film très beau formellement, à la photographie originale, mais au scénario bancal.

Soyons clair, il a quand même une place dans les étages du haut de ma discothèque.

Nico

So So Tired

In En vrai, Le Salaire du Jappeur, Musique on février 11, 2010 at 12:07

Des grands spermatozoïdes débraillés qui mitraillaient le public avec une musique forcément moderne ; voilà l’effet que nous avait fait les So So Modern au BBmix festival. Un concert musclé tout en tension colorée. De la rage fluo avec des pulsations désordonnées sous Redbull. Les quatre cotons tiges ne s’embêtaient pas de sentiments, leur cœur, ils le gardaient pour l’intimité. Et l’idée même de se mettre à chuchoter du baveux, de susurrer de la bêtise bluette devaient leur paraître incongrue. C’est qu’ils sont jeunes nos nouveaux musiciens et qu’ils ont le battant fait tout d’une pièce en acier Shimano.

Allez donc demander à un Rubik’s Cube de nous signifier des passions vaporeuses, des volutes de brouillard et du spleen, il ne vous donnera rien. Les So So Modern agencent des surfaces de couleurs, les mélangent ou soudainement les harmonisent. On ne leur demande rien d’autre car cela suffit à notre joie. Oubliez le mystère et les méandres du « Je », il y a dans leur musique autant de psychologie que dans le geste du chirurgien. E t- fait assez rare pour être remarqué – ils libèrent bruyamment leur art de toute forme de discours. Musique « objective » donc, certains diraient dionysiaque, mais ce dernier adjectif me pose problème (j’ai tenté de vérifier le sens dans ce bouquin fin chiant qu’est La Naissance de la Tragédie et il faut bien avouer que c’est tout emmêlé tant le moustachu essaye de faire plaisir à papa Schopenhauer.)

Bref, je les attendais à la Flèche d’Or avec cette impatience du RMIste qui n’a de toute façon rien d’autre à penser dans la journée. J’arrive trop tôt, oui bien trop tôt et ainsi commence le calvaire des premières parties…

The S : Montent sur scène deux petites filles fragiles, aussi maigres que leurs jacks. Assises sur deux chaises, le dos voûté, silhouette de petites vieilles souffrant d’ostéoporose, on se demande comment leur guitares si lourdes ne nous les cassent pas en deux. Quand la chanteuse parle, elle a cette hésitation propre aux junkies qui me donne toujours envie de foutre un bourre-pif façon Lino Ventura dans la gueule du locuteur. Ces filles, ça se sent à deux bornes, c’est des nœuds de problèmes. Tu as le malheur d’être un peu faible un soir et te voilà pendant un an à passer tes samedis après midi au service anorexie… A écouter patiemment les dernières compositions qu’elle a pu écrire entre deux crises et qu’elle chante avec cette voix propre à des groupes justement disparus (Cranberries, Alanis Morissette et la BO de Dawson) en te regardant les yeux rouges et cernés mais plein d’amour… Et toi, lâche, tu la félicites sur le fait qu’elle ne se scarifie plus, qu’elle est en progrès puisque elle se ronge juste les ongles et que d’ici une petite décennie elle pourra remonter sur scène grâce aux compléments alimentaires.

Grand Archives : Aucun intérêt. Le chanteur Mat Brooke (ex Band Of Horses) avait son brin de charisme, mais je me suis tout de suite focalisé sur son bassiste qui tapait du pied sans élégance et qui arborait une chemise et un tshirt que n’aurait pas reniés Zach Morris. A la fin, je fus presque touché par son air pataud et sa bonne volonté. Musicalement ils ne nous auront rien épargné, allant jusqu’à faire un final style outro de blues avec grands coups de cymbales et grattage d’accords qui montent pour s’arrêter brutalement. Amis du Cadran, you know what i’m talking about!

So So Modern : Enfin les voilà pour nous laver de l’enflure sentimentale qui avait sévi jusqu’ici. Première surprise ils ne sont que trois et pas de déguisement style combinaison NASA. On les sent surtout épuisés et agacés. Car forcément, c’est dans ces moments de fatigue terrible que surviennent les problèmes techniques. Problème de mixage de la batterie qui retarde le début du concert, problème d’alimentation sur la station Mir qui sert de pédalier au guitariste et qui coupe littéralement le concert en deux, problème de synchronisation des boucles qui ne s’arrêtent pas d’un coup brusque ( il faut dire que ces jeunes hommes sont perfectionnistes et s’énervent d’un détail que vous ne pouvez percevoir). Donc pas le soir des So So Modern qui n’ont qu’une hâte : aller se coucher au plus vite en s’excusant de leur prestation. Ce dont il ne semble pas se douter c’est que, même avec tout ces désagréments, ils offrent un set toujours aussi nerveux et tendu. Certes, il n’y avait pas la Grâce cette nuit mais le talent était là et cela suffit amplement à faire un bon concert.

Vincent

Et l’orgasme ?

In Aboiements, Musique, Pornositif, Tocades on février 8, 2010 at 4:36

-         Toi qui es un homme du monde, je suppose que le nom d’Arnaud Fleurent-Didier t’évoque vaguement quelque chose depuis, allez, deux bons mois ?

-         Le désabusé delermo-houellebecquien ?

-         Lui-même oui. J’ai immédiatement aimé son morceau France Culture justement, celui qui passe à la radio. Il a tout piqué à Vannier mais on s’en fout, c’est bien.

-         Tu cites Vannier pour frimer hein ? En réalité t’as jamais rien écouté d’autre que son travail sur Melody Nelson.

-         Exact, ouais… Tu sais que si les emmerdeurs faisaient du ski, tu viendrais de décrocher ton premier flocon là… Bon, comme j’ai malgré tout – n’en déplaise au Killy de la vanne (car où est Jean-Claude, vanne y est) – un minimum de probité intellectuelle, j’ai tout de même jeté un œil au Wiki du gars, et je peux te dire qu’en 1981, manière de célébrer notre naissance, il a sorti le morceau Rien qu’une pute. J’ai pensé que ça te plairait… Et d’ailleurs, pour en revenir aux poncifs autour de France Cul, j’aurais tout aussi malhonnêtement pu citer John Barry.

-         Aucun rapport avec la Comtesse j’imagine ? Connais pas.

-         Mais si enfin ! Le thème de James Bond !

-         Connais pas non plus.

-         Mouais… Tu as contracté une petite Flemingite, c’est ça ? Bref, passons, je me suis procuré l’album. En entier.

-         Génial. De quoi tu parles ?

-         Mais enfin ! De La Reproduction ! De Fleurent-Didier ! AFD pour les amateurs d’acronymes intimes.

-         Pas évident… On pourrait le confondre avec l’Agence Française de Développement. Ou encore l’Association Française des Diabétiques. Voire même l’Alliance Française des Designers, si je ne m’abuse. A moins que ton type ne devienne une vraie institution lui aussi, il se ferait bouffer sur Google.

-         Mec, je t’arrête tout de suite, tu viens précisément de jouer sur l’un des terrains qu’il affectionne.

-         J’ai chanté sans m’en rendre compte ?

-         Non, mais tu es entré dans le champ gravitationnel des références au présent…

-         Wahou, c’est grave docteur ? Il faut que je passe chez l’apothicaire ?

-         Deuxième flocon. Non, je ne dis pas qu’il faut nier le présent bien sûr. Et oui, les références générationnelles très marquées ont toujours quelque chose d’amusant et de flatteur dans l’oreille de celui qui les partage. On reconnaît le monde dans lequel on vit, on se sent mieux à sa place, avec le sentiment d’avoir en plus un peu de hauteur sur la situation. Celle qui nous permet nous aussi de taquiner le contemporain, s’en moquer gentiment et s’amuser de lui. Mais pas tant qu’avec lui en fait. Le problème de ces références, vois-tu, c’est qu’elles ont leurs limites.

-         Ah ben il était temps que t’y viennes. J’étais à deux doigts de te gratifier d’un « Monsieur est philosophe ? ».

-         Mes excuses, vous pouvez remiser vos doigts ô grand slalomeur de l’impertinence, vous qui jamais ne ratez une porte, tout schuss sur la piste du sarcasme. Bref, le problème disais-je, c’est que même si elles sont destinées à plusieurs millions de personnes, ces petits clins d’œil à la « vie actuelle » conservent malgré tout un aspect private joke qui, par définition et excuse moi du terme, ne font pas sérieux. Or, avant que tu ne me traites de pisse-froid comme ta moue me semble déjà l’indiquer, je précise qu’il existe à mon sens le bon et le mauvais « pas sérieux ». Et celui dont je parle ici interfère chez moi avec la recherche émotionnelle supposée.

-         Et France Culture alors ? Elle en est bardée !

-         Du tout bon mon gars. Et pas uniquement parce qu’il cite Lacan ou Schrödinger. Même « une SARL » devient joliment poétique dans ce morceau. Subtil ? Subjectif ?  Toujours est-il qu’il n’en va pas de même dans Risotto aux courgettes… A la fois, au titre on sentait poindre le Bénabar qui sommeille en chacun de nous.

-         Ne me dis pas qu’il a égalé le compositeur de La Pierrade ?

-         Mais non, mais non voyons… Nous n’en sommes pas là. AFD est un garçon difficile à suivre. C’est même à se demander pourquoi tant de monde le suit désormais.

-         Une certaine inclination au cynisme qu’on lui prête tant peut-être ?

-         Oui, oh… Rien de bien neuf sous le soleil dans ce cas, le cynisme est en vogue, sinon tout le temps, du moins régulièrement non ? D’autant que le sien me pose question figure-toi. Car je comprends par là un penchant évident pour le deuxième degré, au risque de s’y complaire parfois.

-         Comme un matheux avec les équations quadratiques ?

-         Si ça peut te faire plaisir… Je m’explique. J’ai accouché d’une génération spontanée d’estime pour Arnaud – tu permets que je l’appelle Arnaud ? – et il m’en reste encore suffisamment pour que je ne puisse admettre qu’il ait composé toutes ses chansons au premier degré. Musicalement, s’entend.

-         Ben alors ? Je croyais qu’il avait tressé ses fibres de rotin musicales, à la façon de l’artisan que tu connais vaguement ?

-         Si seulement mon ami ! Que n’a-t-il poussé l’illustre copie tout au fil de son disque… Mais non, il a fallu que monsieur pioche dans un répertoire beaucoup plus large de la variété française. J’ai parfois senti les souffles de Véronique Sanson, Dalida, Michel Berger, Enzo Enzo, voire même Gilles Gabriel vrombir dans mes tympans le temps d’un pont ou d’une montée. Soit, il y a pire. Mais au-delà de cette filiation plus ou moins perceptible, la plupart des titres sont globalement décevants. Ne sois pas trop exigeant, typé Gainsbourg comme France Culture, les chœurs tendance Atom Heart Mother en plus, sort son épingle du jeu. L’origine du monde, Je vais au cinéma se laissent bien écouter. Risotto aux courgettes aussi d’ailleurs, nonobstant une partie des paroles et les deux claquements de fouet en guise d’illustration sonore aux paroles « Qu’on le fouette »… Tiens, tu vois, ces coups de fouet : ils sont trop nuls pour avoir été placées là au premier degré. N’empêche, fort de ce postulat, ils n’en deviennent pas moins nuls. L’intention de l’auteur, seule, est justifiée. Et que dire d’Imbécile heureux ! Je ne sais pas, peut-être est-il nécessaire de ressentir en plein les élans de gratitude propres à un nouvel émoi amoureux pour supporter ce morceau ? Moi, je n’ai pas pu.

-         Bon, en gros, cet album est une merde quoi.

-         Non. Vraiment, je ne peux pas me résoudre à un jugement aussi lapidairement négatif. Certes, c’est une déception. Disons que, dans la mesure où il me suffit de me trouver en présence d’un émetteur radio pour entendre la chanson qui me plait, je pourrai sans doute désormais m’économiser l’effort de glisser ce disque dans une platine, voilà.

-         Mouais… Tu vas me faire croire que tu ne l’as pas téléchargé illégalement ?

-         Ca va, c’est bon Hermann Maier. Je plaide coupable. Je m’épargnerai un double-clic dans ce cas… Cela dit, la  pochette, qu’on dirait tirée d’un film de Rohmer, est jolie.

-         Hum… Sans doute. Je t’ai dit, je suis pas cinéphile.

Harry Kelm/Kelm Harry

Laura Veirs : live au Café de la Danse, 29 janvier 2010

In En vrai, Musique on février 5, 2010 at 10:32

Après l’écoute de son album intitulé Carbon Glacier, sorti en 2004, je me suis dit : « c’est elle ».

Elle était devenue en quelques mois ma priorité, LA personne que je désirais voir sur scène. Coup de bol : la voilà à Paris. Alors, ce Carbon Glacier, me direz-vous…. Un bijou qui paie pas de mine au premier coup d’oreille. Puis qui se révèle tout doucement à mesure des écoutes. Les sons sont bien fichus, les instruments sont bien choisis pour révéler toute la douceur et la nostalgie de la musique : clavier à la Nico B. (nord, pour la marque), petit violon, basse au son rond et doux, guitare électrique ou classique. Batterie discrète, ou pas. La qualité de cet album réside dans une certaine précision : faire juste ce qu’il faut pour l’auditeur, avec finesse et justesse. Dur à définir en fait… Un sentiment de perfection se dégage, c’est assez rare je trouve. Alors voilà comment je suis devenu fan et je vous invite très vivement à connaître cet album. Maintenant je ne peux pas vous parler des autres albums (y’en a bien cinq ou six) alors je vous parle du concert, nom de dieu.

Comme à l’époque où j’étais remplaçant au RC Lons, je pars à l’échauffement : bière ! (au lieu de faire des flexions ou autres montées de genoux) Café de la Danse rempli à ras la cafetière, dès 19h. Du coup, on est placés en bas à gauche, excentrés, proche de la scène et dans le courant d’air. And Laura’s coming….

Belle robe noire à pois blancs, lunettes carrées noires, enceinte. Elle saisit directement le public qui est religieusement à l’écoute. Je ne vous avais pas encore parlé de sa voix…. Très profonde, très assurée. Laura a du coffre, Laura est précise. Douceur et tendre nostalgie de vacances d’été révolues. On voyage paisiblement dans les chansons, on n’a pas vraiment envie de bouger. La voix est accompagnée des mélodies provenant du violon, du clavier, de la basse et de la guitare. L’osmose de partout.

Tout ça aidé par le charisme de Laura, qui ne réside pas uniquement dans la voix mais aussi dans une interprétation personnelle, immobile et sensible. C’est l’aura de Laura, quoi ! (je suis un peu relou là avec le jeu de mot, mais on peut vraiment parler d’aura quand même). Elle a en elle la science de la transmission, sait nous toucher au plus profond de notre chair, appuyée par des musiciens parfaits dans leur talent et leur discrétion qui ne mettent en avant que la musique (pas de gestes superflus, pas d’interventions inopportunes entre les morceaux, ils les jouent en les vivant sincèrement).

On apprécie la qualité des chansons et leur intelligence, en particulier dans la faculté à faire respirer la musique. Les parties violon sont toujours à propos et le clavier délivre avec délicatesse et parcimonie de fines mélodies qui apparaissent puis repartent. Les chansons ne se figent pas autour d’un thème mais voyagent habilement.

La musique de Laura Veirs prend une grande dimension en live, mais n’oubliez pas d’écouter Carbon Glacier, et pourquoi pas les autres, après tout, y’a pas de raisons…

Théo J.

Lawrence Arabia – Chant Darling

In Musique, Tocades on février 5, 2010 at 1:36

Bon, pas besoin de mettre lien vers mon dernier article pour expliquer d’où donc c’est tu qu’on les connait.
Ou plutôt LE. parce que Lawrence Arabia c’est d’abord un musicien, James Milne, ancien membre de The Brunettes – groupe que je n’ai jamais eu l’occasion d’écouter – néo zélandais. Pas australien.
Il joue avec des tepos trouvés sous des latitudes équivalentes, mais dans l’ensemble son disque il l’a fait tout seul, en Suède. C’est assez étrange parce que ça sonne plutôt ensoleillé avec quelques embruns, pas du tout Scanie-bottes fourrées-harengs marinés.

Les chansons :

Look like a fool
Ca fait un peu peur parce que ça commence a capella, étrange croisement de Kevin Barnes et de Sinatra. Mais après ça part bien et c’est une bonne intro à l’album, malgré son classicisme.

The undesirables

Porte bien son titre, no comment.

Apple pie bed
Tube ! Ca commence tout retenu, un riff d’agrimini. Ca chatouille l’intérieur des oreilles et comme on peut pas se gratter là, on secoue les cheveux, on chante. On a tous envie d’aller passer la soirée à la tool box, d’avoir une moustache, un marcel sous un blouson en cuir, mais quand même des baskets et un jean slim en strass pour montrer qu’on se comprend.
Peut être 2 tours de trop à la fin, mais comme c’est juste pour attendre de la remettre au début, ça va.

Auckland CDB Part 2
Vous vous en doutez, pas besoin de chercher la part 1.
C’est un Vampire Weekend en résidence surveillée à qui viendrait rendre visite Henri Mancini (période Drôle De Dames). Bien réussi !

Beautiful young crew
Certains reconnaitront dans la voix un accent de Miles Coombes qui essaime jusque dans la baie d’Auckland.
Une trompette bien sympa pour un morceau qui prend toute sa dimension en live quand le troupeau panurgien chante en choeur :
We love each other, we hate each other, we’re afraid of each other, because we want to screw each other.

Eye A
Le morceau dragibus. Happyland, village dans les nuages, fanfare gentille d’un hameau de la Comté (celle avec des portes rondes et des petites gens à grandes oreilles et sans chaussures).
Une bourrée pop, sucrée comme un bounty.

The crew of the comodore
L’outro est super bien : des choeurs, un rythme un peu bancal, tout ce qu’il faut. Le reste est moins original. Un peu pilotage automatique. Comme The Whitlams sur leur album orange. ou comme un jazzeux qui poserait une impro en gardant un oeil sur Guingamp – Sochaux.

Fine old friends
BO de film fin 90’s qui veut poper’ rock à bon compte avec du formica en carton sur un fond bleu pour coller ce qu’on veut derrière. Ca n’aurait pas juré sur la BO d’Empire Records. Mais c’est bien quand même.

I’ve smocked too much

Une octave en dessous, ça pourrait figurer sur le Springsteen tribute à Seeger. Mais on se laisse emmener, on met des bottes par dessus nos Repetto parce qu’on sait qu’on va pas loin et que le cheval en fait c’est un poney. Il y a un peu de poussière sur le refrain, des maracas et un tambourin.

Dream teacher
Quand ça commence on imagine le dialogue :
« Hé les copains ! j’ai acheté une reverb’, on fait une chanson un peu onirique ? Regardez, presque pas d’instrument et puis une ligne toute simple…
- Carrément yes ! »

Et puis le refrain commence et là… Pour une fin d’album, ça envoie  joli : tristoune, adieu, nostalgie, R-I-P, l’échelle-pour-monter-à-la-fenêtre, le-soleil-qui-se-couche-sur-une-plage-déserte-en-août, on-attend-que-les-étoiles-viennent, Grosquick-est-de-retour, il-y-a-une-pizza-4-saisons-au-congélateur.
J’ai envie de fumer une Lucky Strike et de me gominer les tifs pour draguer Betty Draper quand elle avait 20 ans, l’emmener en Cadillac dans un ciné en plein air.

Ben voila, c’est un disque pas parfait, mais agréable, léger, rafraîchissant.
C’est toujours compliqué de donner envie d’écouter un album, ou de faire une critique positive sans être dithyrambique. Pour celui-là, je dirais qu’il se laisse écouter comme se laisse boire un grand verre de sirop de citron quand il fait bien chaud. C’est un peu sucré, acidulé, ça fait du bien et on en veut encore, même si ce n’est pas un Single Malt.

Pour écouter sur Spotify, c’est là

Nico

Fanfarlo + Lawrence Arabia – 21 janvier – La Maroquinerie

In En vrai, Musique on janvier 22, 2010 at 2:58

J’en ai encore les esgourdes qui sifflotent ! Pourtant ça avait commencé assez calmement avec un groupe français sans inspiration ni sens de la scène intitulé My Girlfriend Is Better Than Yours qui avait la décence de jouer à volume modéré. Leur single éponyme était pas pire. Le reste avait autant de saveur que ma pinte de bière.

Fanfarlo
Un décor désuet : guirlande à grosses ampoules, fanions de fête municipale, des fringues à l’ancienne, tout ça pour un joli tableau gominé et amidonné.
Les chansons sont toujours aussi bien et fonctionnent sur scène, mais il y avait quelques faiblesses : assez peu d’implication (ça sent le groupe en fin de tournée, les musiciens grillés) et un son vraiment mal réglé. Bien trop fort, le clavier trop en avant et des sons pas géniaux, ça cassait la tête. Les moments plus calmes étaient très bien, et les morceaux sans orgues aussi.

Il y avait quelques fausses notes, aussi bien coté clavier que dans les harmonies violon / trompette.
Un peu décevant parce qu’il ne manquait pas grand chose pour que ce soit un très bon concert. Les voix étaient parfaites (qu’est-ce qu’elle chante bien cette violoniste !), basse-batterie-guitare nickel, le public prêt à se laisser emporter.
Mais les grosses paluches de l’imprécision nous ont maintenu les pieds bien ancrés au sol.

La vraie bonne surprise de cette soirée fut Lawrence Arabia. Des néo-zélandais qui font de la pop old-school avec une trompette et plein de micros pour poser des polyphonies qui déchirent leur race.
Ils ont joué en 2ème place, juste avant Fanfarlo. Le son était très bien, les musiciens très poilus, leur musique très pop-rock mais en mieux.

Certaines parties de chant n’étaient pas sans rappeler Kevin Barnes, certains choeurs les douces harmonies naïves des sixties, certaines instrus avaient des accents de Vampire Weekend sous haute concentration de THC, certaines chemises renvoyaient aux Fleet Foxes, certaines rengaines à la programmation estivale d’une radio locale du Minnesota à l’heure de la sieste.
Dans l’ensemble, c’était comme d’écouter un disque un peu jauni par le temps, mais rigolo, bien foutu, avec de vraies trouvailles mélodiques (même s’ils se servent allègrement dans le fond de matos qui s’entasse depuis une cinquantaine d’année dans les archives du rayon pop de la bibliothèque universelle) et la fraicheur gentille d’un Tic-Tac menthe. Allez-vous faire une idée sur leur Myspace, il y a quelques morceaux.

Même si le studio les lisse un peu trop, sur scène ils rendent vraiment pas mal, même que des fois ça part vraiment du coté rock et que c’est bien puissant.
Pour ceux qui veulent voir ça de plus près, ils vont revenir à la Maroquinerie le 20 février.

Une petite vidéo : cliquer ici

Nico

Lucien Febvre et les hommes zarbos du début XXème

In Le Salaire du Jappeur, Littérature, Philosophie, Tocades on janvier 19, 2010 at 2:19

Loqueteux, nains foireux, hommes des tangentes au gros yeux pleureurs, assommés sous la méchante cause, un sac de briques en guise de cœur et du grisou dans les artères. On est décidément pas possible à voir… à se demander comment on tient encore debout. On nous a fait tout pourraves, en matériaux confiture Bonne Maman. On dégouline sur le côté… baveux balbutiant… Trois piquets avaient plus d’idées, plus de tenue que nous.

Et je ne parle même pas de la fatigue, longue traînée insistante… les muqueuses à sec…  ensablées… Et comme des courbatures éternelles tout le le long des muscles.

Quand on s’endort, on peut voir nos nerfs se détendre et agiter spasmodiquement nos petits corps tout recroquevillés. Mais là encore, pas de grandes nuits à papy, des réparatrices, des tours d’horloges, de la nuit bien compacte, épais comme une belle coulée de pétrole, puis un réveil de croissant au beurre.

Non, c’est les nuits de petits animaux inquiets éclairées par les cristaux verts ou rouges des radios-réveils. Sommeil coupé, intermittent, interrogatif, et un épuisement plus lourd encore chaque matin. A croire qu’on s’efface progressivement sous les couches de fatigue.

Voilà les réflexions périphériques que je me faisais en lisant le beau livre de Lucien Febvre « Vivre l’histoire ». Parce qu’à travers les critiques de monographies d’histoire du début du XX ème siècle qu’il publiait dans les Annales, c’est tout un monde intellectuel qui revit sous nos yeux, avalé par monsieur Chronos. C’est aussi des beaux noms que l’on découvre : Henri Pirenne, Camille Julian, Henri Berr, Jules Sion, Albert Demangeon… Des hommes secs et durs qui, comme le dit Febvre, suivent l’élan mystique de leur fidélité à la science.

Sommes-nous à ce point si différents d’eux ? C’est à croire ! Il suffit de se pencher sur quelques anecdotes pour s’en apercevoir. Braudel qui, en captivité, demande à Febvre s’il peut écrire un article sur un livre obscur de Gaston Roupnel, Febvre lui-même qui, en 14-18, entre deux offensives, lisait des livres récupérés dans des bibliothèques en ruine pour tenter de poursuivre la rédaction de l’ouvrage sur La terre qu’il avait entreprise avant les hostilités…

Ces hommes paraissent moins courbes que nous, en tout cas plus drus et plus âpres que les événements eux-mêmes. On se les représente comme Charles Blondel décrivait Durkheim : « La gravité quasi-religieuse de son esprit garde partout quelque chose d’implacable. Dans ses écrits il y a des colères, des âpretés. Je ne me souviens pas d’y avoir rencontré un sourire. »

Je ne me lancerai pas dans une analyse en règle des causes de ce changement psychologique. Nous pourrions en trouver des milliers, comme le désenchantement du monde qui gagne la science, l’égalisation des conditions de vie, le traumatisme des guerres mondiales, l’invention de la Vespa, et que sais-je encore ?

Nous paraissons de toute façon plus nus, et moins capables de travail. Nous n’avons qu’une vie, ils en avaient douze et marchaient du pas borné de celui qui sait où il doit aller. Je ne m’aventurerai qu’à cette conclusion : quand l’existence de l’Etat devient un fait clignotant, peu tangible et vaporeux, notre dette à son égard est forcément moins forte.

Alors continuons à faire nos trois petites crottes de renard l’esprit dégagé : nos rétentions, nos empêchements, nos improductivités sont en partie liés à notre inexistence sociale… Mais en partie, seulement.

Vincent

Janvier, à ma fenêtre…

In Musique, Nécrologie, Ruminations on janvier 15, 2010 at 8:03

On peut pas suivre ! C’est pas possible d’être triste pour autant de monde, d’avoir un coin de cervelle pour chacun ! Déjà qu’on est frileux de la plume, nous voilà écrasés par la foule. Un début d’année en fanfare : Lhasa, Mano, Rohmer… et puis l’hécatombe des îles, 10, 20, 40, 100 mille morts pour un hypothétique lipdub sur Twist & Shout

Alors vite fait, on écoute La Marmaille Nue, pour se rappeler, on regarde La Collectionneuse, pour savoir ce qu’on a perdu, mais la grande tremblante réduit les idoles à des pixels d’humanité. Il va falloir attendre que le temps nous passe ça au chinois pour qu’on puisse revenir sur les figures absentes.

A part la gueule bancroche de la faucheuse hilare qui lorgne torve tout le monde pareil (qu’on lui trouve d’ailleurs un certain vice à hécatomber de la sorte en période de fêtes…), il n’y a rien à dire qui colle à cet hétéroclisme.

Et puis je suis tombé sur cette photo de Dennis Stock, qui en a lui aussi profité pour se faire la malle, qui me donne l’impression d’effleurer tout ça en même temps, accidentellement et malgré ses 41 tours de soleil.

Alors j’en profite pour vous mettre un lien vers le travail de cet artiste qui a commencé par photographier  le jazz, Hollywood, 68 puis qui, comme s’il était fatigué de fixer l’évanescence, s’est orienté vers du plus solide : les lieux, les villes, les bâtiments les paysages.
C’est peut-être avec en tête ces craquages planétaire qu’il a fini par se concentrer sur la végétation, par composer avec les couleurs des fleurs, des éléments qui n’ont de sens qu’en terme d’espèce et non plus d’unités.

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Nico

La BD ? Pas contre.

In Aboiements, Ruminations, Tocades on janvier 6, 2010 at 11:50

Ah les copains, tel que vous me lisez, je suis en bien fâcheuse posture. Le jappeur, si brillant d’ordinaire, qui, le temps d’un lapidaire article (cf. « Contre la BD »), s’est métamorphosé en houret de vilaine race pour expulser un de ces maux anciens qui vous rongent muets et sourdent chroniquement au plus fort de l’ennui ; cet ami, si cher au demeurant et pour lequel je jure du plus grand dévouement, m’a demandé de rédiger un pendant antagoniste à son propre papier.

Fichtre quel embarras ! C’est le Malin assurément qui a guidé son bras, sa voix, sa souris et que sais-je d’autre encore ! Voilà un disciple de Machiavel qui semble avoir été, de fait, à bonne école !

Passés les quelques crissements de dents d’usage, plus certainement dus – pour rester dans le potager lexical du jardin ouvrier – à une scarole mal essorée ou aux cailloux dans mes lentilles qu’à toute autre chose, s’est cristallisée l’évidence qu’écrire une sorte de « Pour la BD » s’avérerait être une entreprise ridicule, obsolète et parfaitement vaine. La bande dessinée, en tant qu’art ou activité créatrice et artistique, n’a certainement pas besoin de mon concours pour assurer sa légitimation.

De la même façon, me fendre d’un billet à charge contre l’auteur lui-même est une idée abjecte dont la simple hypothèse – eu égard au dévouement susmentionné – me répugne.

Reprendre l’un après l’autre chaque élément de sa chronique pour en souligner les erreurs, raccourcis ou autres faiblesses argumentaires ? Quel intérêt, franchement ? Le résultat serait non seulement ennuyeux mais resterait en plus parfaitement anecdotique à l’aune du sujet traité. D’autant plus que le bougre – et ce, bien que je me porte garant de la subjective sincérité de ses propos – n’a certainement pas besoin de qui que ce soit pour mesurer la facétieuse étendue de son imposture et de sa mauvaise foi. A commencer par cette histoire de « bras grands ouverts » que l’on devine plutôt tendus au maximum, éloignant d’autant le vilain objet illustré non identifié de cette bouche crispée et de ce front soucieux à l’idée du tombereau d’inepties qu’il redoute d’y découvrir. Un peu à l’image d’un type en 1956, tenant du bout des doigts un 45 tours de Chuck Berry et qui, après avoir daigné y prêter une oreille hostile le fracasserait contre un coin de table, prétextant la pauvreté mélodique et le peu d’intérêt musical comparé à la symphonie pastorale.

Dans ces conditions supputées, le chemin risquait fort d’être de croix. Tout l’inverse du mien en somme, tantôt paisible et bucolique, tantôt jubilatoire et frénétique, ponctué de repos dans les clairières les plus confortables, de brefs arrêts aux stands des spécialistes pour regonfler mes pneus mentaux, longeant de temps à autre les boulevards du mauvais goût et toutes ses racoleuses pour satisfaire mes besoins orduriers, prenant mille détours, petites voies et venelles guidé par une curiosité ingénue mais arpentant aussi mille fois les mêmes routes espérant débusquer le plaisir virginal.

A bien des égards cependant, je joindrais volontiers mes canines à ses crocs. Après tout, c’est vrai, vu de l’extérieur, la profusion de récits autobiographiques par exemple suscite une circonspection bien compréhensible. A fortiori lorsqu’une part non négligeable d’entre eux laisse derrière elle une empreinte insipide, ordinairement prosaïque voire carrément vulgaire. Mais voilà tout de même un genre qui, de par son rapport au réel, permit en son temps d’obtenir au roman la reconnaissance d’art majeur (statut que peu de monde serait enclin à discuter aujourd’hui). Je ne bouderai pas le plaisir que procurent les (bons) mots de Deleuze sur l’autobiographie mais je suis bien persuadé qu’il ne songeait là ni à Rousseau, Simenon ou Perec. Il en va de même en bande dessinée, « ce genre alternatif qui aurait émergé chez les éditeurs alternatifs du fait de leur opposition aux genres traditionnels » selon Thierry Groensteen (théoricien de la bande dessinée, ancien directeur des Cahiers de la bande dessinée et chroniqueur au Monde) n’est pas que le produit d’une mode passagère si souvent décriée mais aussi le vecteur d’un véritable projet. Et s’il a autant pignon sur rue actuellement, c’est aussi en partie parce que les gros éditeurs, flairant le filon juteux, ont développé leurs collections dans cette voie, souvent au détriment d’une réelle qualité artistique.

N’ayant moi-même ni rejeté Godard après n’avoir rien compris à « Eloge de l’amour », ni plus globalement le cinéma français après m’être aussi fait chier devant « Rois et reine » de Desplechin, il me parait téméraire de ramasser l’ensemble de la bande dessinée autobiographique derrière quelques pleureuses croisées dans les rangs de L’Association ou d’ailleurs (surtout d’ailleurs en fait). Ce serait omettre d’une part les pionniers que sont Harvey Pekar et son « American Splendor » (depuis 1976), Art Spiegelman qu’on ne présente pas plus que son célébrissime « Maus » (1978-1988) réputé  pour avoir offert ses lettres de noblesse à la bd, ou encore le plus discret Eddie Campbell pour « Alec et la bande du King Canute » (1981-1986) – à propos duquel l’excentrique Alan Moore (ponctuellement considéré comme le scénariste le plus bête et le moins innovant de la bande dessinée par les malchanceux qui  sont complètement passés au travers de ses œuvres) a dit : « J’aime ce que fait Eddie parce qu’il ne confond pas être réaliste avec être déprimé » -, et d’autre part tous les auteurs qui, depuis, se sont passés et ont entretenu le flambeau non pas à coups de références mais bien de par la spécificité de leurs œuvres.

Bruno Lecigne (directeur éditorial, critique et théoricien de la bande dessinée) résume la situation ainsi : « Naguère globalement dévalorisées, les bandes dessinées sont aujourd’hui globalement valorisées. Le discours régnant est donc un discours totalisant, niveleur disons d’amalgame, alors que le champ objectif des bandes dessinées [...] est disparate ou polymorphe. » et cette confusion trouverait notamment sa source dans ce qu’il considère comme une « absence totale de critères de discrimination au sein de la production ».

En somme, la distribution de coups de pieds aux culs envers les mauvais gribouilleurs prônée dans « Contre la BD » est une activité dispensatrice de justice à laquelle participeraient avec un égal plaisir les défenseurs de celle-ci.

Je laisse la conclusion à Crocodile Dandy selon qui : « Une bonne bd […] est avant tout une bonne histoire, habilement racontée et, dans les meilleurs des cas – car ce n’est pas une condition sine qua non -, assortie de dessins parfaitement adéquats pouvant même provoquer une émotion purement esthétique. »

Bon. Me voilà un brin apaisé. C’est bien le bout de ma corvée que j’aperçois dans le rétro. J’admets n’avoir pas su strictement tenir les engagements fixés au départ. Mais je suppose qu’il est plus difficile de parler bien de ce que l’on aime que de bien mal parler de ce que l’on conchie…

Ou alors mettez ça sur le compte de mes lectures.

Harry Kelm