
Des grands spermatozoïdes débraillés qui mitraillaient le public avec une musique forcément moderne ; voilà l’effet que nous avait fait les So So Modern au BBmix festival. Un concert musclé tout en tension colorée. De la rage fluo avec des pulsations désordonnées sous Redbull. Les quatre cotons tiges ne s’embêtaient pas de sentiments, leur cœur, ils le gardaient pour l’intimité. Et l’idée même de se mettre à chuchoter du baveux, de susurrer de la bêtise bluette devaient leur paraître incongrue. C’est qu’ils sont jeunes nos nouveaux musiciens et qu’ils ont le battant fait tout d’une pièce en acier Shimano.
Allez donc demander à un Rubik’s Cube de nous signifier des passions vaporeuses, des volutes de brouillard et du spleen, il ne vous donnera rien. Les So So Modern agencent des surfaces de couleurs, les mélangent ou soudainement les harmonisent. On ne leur demande rien d’autre car cela suffit à notre joie. Oubliez le mystère et les méandres du « Je », il y a dans leur musique autant de psychologie que dans le geste du chirurgien. E t- fait assez rare pour être remarqué – ils libèrent bruyamment leur art de toute forme de discours. Musique « objective » donc, certains diraient dionysiaque, mais ce dernier adjectif me pose problème (j’ai tenté de vérifier le sens dans ce bouquin fin chiant qu’est La Naissance de la Tragédie et il faut bien avouer que c’est tout emmêlé tant le moustachu essaye de faire plaisir à papa Schopenhauer.)
Bref, je les attendais à la Flèche d’Or avec cette impatience du RMIste qui n’a de toute façon rien d’autre à penser dans la journée. J’arrive trop tôt, oui bien trop tôt et ainsi commence le calvaire des premières parties…
The S : Montent sur scène deux petites filles fragiles, aussi maigres que leurs jacks. Assises sur deux chaises, le dos voûté, silhouette de petites vieilles souffrant d’ostéoporose, on se demande comment leur guitares si lourdes ne nous les cassent pas en deux. Quand la chanteuse parle, elle a cette hésitation propre aux junkies qui me donne toujours envie de foutre un bourre-pif façon Lino Ventura dans la gueule du locuteur. Ces filles, ça se sent à deux bornes, c’est des nœuds de problèmes. Tu as le malheur d’être un peu faible un soir et te voilà pendant un an à passer tes samedis après midi au service anorexie… A écouter patiemment les dernières compositions qu’elle a pu écrire entre deux crises et qu’elle chante avec cette voix propre à des groupes justement disparus (Cranberries, Alanis Morissette et la BO de Dawson) en te regardant les yeux rouges et cernés mais plein d’amour… Et toi, lâche, tu la félicites sur le fait qu’elle ne se scarifie plus, qu’elle est en progrès puisque elle se ronge juste les ongles et que d’ici une petite décennie elle pourra remonter sur scène grâce aux compléments alimentaires.
Grand Archives : Aucun intérêt. Le chanteur Mat Brooke (ex Band Of Horses) avait son brin de charisme, mais je me suis tout de suite focalisé sur son bassiste qui tapait du pied sans élégance et qui arborait une chemise et un tshirt que n’aurait pas reniés Zach Morris. A la fin, je fus presque touché par son air pataud et sa bonne volonté. Musicalement ils ne nous auront rien épargné, allant jusqu’à faire un final style outro de blues avec grands coups de cymbales et grattage d’accords qui montent pour s’arrêter brutalement. Amis du Cadran, you know what i’m talking about!
So So Modern : Enfin les voilà pour nous laver de l’enflure sentimentale qui avait sévi jusqu’ici. Première surprise ils ne sont que trois et pas de déguisement style combinaison NASA. On les sent surtout épuisés et agacés. Car forcément, c’est dans ces moments de fatigue terrible que surviennent les problèmes techniques. Problème de mixage de la batterie qui retarde le début du concert, problème d’alimentation sur la station Mir qui sert de pédalier au guitariste et qui coupe littéralement le concert en deux, problème de synchronisation des boucles qui ne s’arrêtent pas d’un coup brusque ( il faut dire que ces jeunes hommes sont perfectionnistes et s’énervent d’un détail que vous ne pouvez percevoir). Donc pas le soir des So So Modern qui n’ont qu’une hâte : aller se coucher au plus vite en s’excusant de leur prestation. Ce dont il ne semble pas se douter c’est que, même avec tout ces désagréments, ils offrent un set toujours aussi nerveux et tendu. Certes, il n’y avait pas la Grâce cette nuit mais le talent était là et cela suffit amplement à faire un bon concert.
Vincent
Crocodile Dandy
12 février 2010
Une frustration de plus à mettre sur le compte de l’hôtellerie nocturne…
Tonton Vincent, raconte moi encore une histoire de junkies, ça m’aide à me réveiller.