Range la guacamole et tes badges, Lizarazu : Ce soir c’est Haendel !

Publié le 19 février 2010 parjappeadmin

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T’as beau mettre des sweats de couleurs et des baskets de ville, on en voit que mieux les cafards qui tombent de ta bouche et vont se tortiller à l’envers sur le tapis… t’es du pisseux jaunasse et ta girlfriend ne se fait déjà plus d’illus’ sur ton compte. Du néant à la crème qu’on jurerait… à te voir si modelé par les goûts de ta classe.

Elle t’admire déjà si peu la pauvre pantoufle de copine, que c’est miracle qu’elle soit encore dans ton lit. Vraiment, tout est pitié dans cette vie de  granit, et sur ta tombe on épitaphera  « Ci-gît  Mathieu Machin qui fit tout juste ce que la vie lui assignait, n’a jamais débordé vers quoi que ce soit et, insensiblement, se fit détester par ses contemporains ».

Heureusement cher ami… Heureusement pour toi, il y a Jappe ! A défaut de t’apporter une personnalité brand new, on peut t’aiguiller vers du beau en gratte-ciel. Crois-moi, ce que je t’amène là, c’est chaud comme les rugueuses parois d’une Winchester qui vient de décharger, mais j’imagine que tu n’as jamais eu l’idée de te mettre, tête nue, sous les balles. Pas grave, Jappe se fait flinguer pour toi, et gratis en plus, une bonne décharge de plombs dans la partie mollassonne du ventre.Vlan ! Et puis on revient te dire l’effet pour que tu puisses, dans ton lit bien au chaud, t’imaginer la déflagration avec son lot de souffrances malhonnêtes et de brûlures entêtantes.

Et des brûlures entêtantes, Racha Arodaky sait en pourvoir. Peut-être connais-tu ce nom? La Racha a enchaîné les rendez-vous avec les médias pour la sortie de son album sur  Haendel.

Ah, je te vois rebrousser chemin salopard… tu n’écoutes rien… tu vois, je n’exagères pas… t’es tout crevé… voilà que tu ne me suis plus, tu préférerais sans doute que je mentionne le nom d’un groupe obscur de krautrock… Le problème avec le classique c’est qu’il ne peut pas être échangé dans ton monde. Personne ne sait comment en parler alors on le tait… et comme tu es le roi des nullards, tu ne peux comprendre l’intérêt de la beauté qui ne se partage pas. Apprends, le doigt sur la bouche, dans le silence.

« Accroche-toi bien à mes hanches », le petit-train de Radio Classique est en marche. Je m’en vais te faire visiter un pays où tout est de toute beauté et où les femmes s’évertuent à parler avec des voix de têtes insupportables.

Je disais donc, on la  voit partout Racha Arodaky. Et bien, laisse-moi faire cette provocation: Tant mieux ! Non seulement son disque est de toute beauté,  mais elle met de l’exigence jusque dans la production et la pochette de son album (pour le monde du classique, l’illustration plus haut doit être vécue comme une chose peu orthodoxe et un brin trop branchouille).

Premièrement, la pianiste nous fait découvrir un répertoire qu’on connaît peu. Il faut bien le dire, Haendel souffre d’une compétition déloyale qui le maintient constamment dans l’ombre du grand Bach.

Deuxièmement, elle fut élève de Murray Perahia et cela s’entend. Notamment par cette faculté de rendre évidentes les structures musicales les plus abstraites. Perahia comme Arodaky ont ce talent fascinant de rendre simple le complexe et de mettre à la disposition d’abrutis de notre espèce, des mystères élitistes. A l’écouter, on a cette sensation fantastique de pouvoir suivre du doigt l’écheveau entremêlé des notes qui s’enroulent sur douze niveaux. Les baroqueux intégristes hurleront qu’on ne retrouve rien ici du flamboiement initiale et de l’allant propre au clavecin. Laissons caqueter les idiots embourbés dans leur querelle d’authenticité.

Je le répète, il y a de l’évidence dans cette interprétation, même pour qui n’est pas très mélomane. Comme d’ailleurs est évident, en bouche, le goût du St-Joseph, même pour qui n’est pas œnologue.

Et puis après, il y a sa touche particulière ; ces trilles si étonnantes qui débordent toujours de leur place initiale, qui dégoulinent ou virevoltent mais ne sont jamais ni sèches, ni scolaires, ni plaquées. Racha Arodaky dit que ce sont des trilles orientales, elles commencent très faibles puis vont à l’explosion. Il y aurait tout un article à faire sur le microcosme de ses trilles qui sont toujours dans la variation d’intensité et qui paraissent à chaque fois si vivantes.

Un grand disque donc, mais simple et accessible.

http://www.deezer.com/fr/?incr=1#music/racha-arodaky/haendel-suites-pour-clavier-488222

Vincent

Publié dans : Musique, Tocades