Aboiements & Tocades

Archive de la catégorie «Bilan de compétences»

McCartney – Bercy 2009

In Bilan de compétences, En vrai, Musique on décembre 13, 2009 at 2:07

Après avoir goûté à la salle d’attente de Pleyel pour dix minutes de retard, et même si ça nous a donné l’occasion de monter dans l’ascenseur le moins utile de Paris à coté d’un Fantasio bien sympathique, on a décidé que pour le concert du lendemain, on arriverait, grands seigneurs, trente minutes avant les 20:00 exigées sur le billet.

A 19:29 je lançais une fusée éclairante sur le parvis du POPB (nouveau nom en usage pour la patinoire multi-usage à carapace gazonnée que Rammstein a rempli de mousse et d’effluves de choucroute les deux jours précédents) pour retrouver Vincent. J’avais  déjà remonté la file d’attente de la porte 27 pour m’apercevoir qu’elle zigzaguait le long de la Seine, vers la cinémathèque et revenait finalement sur le parvis de Bercy… Nous nous retrouvâmes donc et nous installâmes en bout de queue avec, au bas mot, 4000 personnes devant nous.

Je vous passe les détails de l’attente dans le blizzard, la pause sandwiches, les commentaires sur l’architecture de la Cinémathèque et la partie de dominos avec Agnès Varda, on parvient dans la salle à 21:00 avec pour toute explication sur cette attente la remarque excédée d’un vigile à talkie-walkie : « La prod’ a merdé ! « 

Sur les écrans géants en forme de marque-page défilaient des photos de Paul toutes époques confondues. Une petite impression de post-mortem, mais les horribles remixes qui échauffaient les enceintes excluaient d’entrée toute possibilité d’émotion (prix d’honneur à Ob-La-Di Ob-La-Da, réorchestrée par au moins Bézu).

Un oeil autour de nous. Des gamins d’une dizaine d’années que leurs parents ont amenés là pour qu’ils regardent passer l’histoire, des vingtenaires sur-connectés mais sûrement plus calés que nous en répertoire McCartneyien, prêts à twitter les anecdotes du concert et qui regarderont les 3/4 du show à travers l’écran de leur iphone, des trentenaires couplés ou entre amis, quelques mini-Ségolène Royal, des rockeurs, des Anglais, deux ou trois new-yorkais qui avaient précisé leur origine sur une affiche pour que Paulo calcule l’effort et les honore d’un médiator ou d’une levée de sourcil, un couple de quarantenaires aigri : elle pense qu’il a honte d’elle parce qu’elle a pris des cuisses et que de toutes façon, il ne lui prend plus la main et la laisse derrière lui, un peu honteux de sa fausse blonde maintenant que l’éclat est passé et que ses tifs filasses qui encadraient hier un visage riant ne soulignent aujourd’hui qu’un affaissement de la peau, de la vie, du désir, un couple nano-dramatique qui tentait de se donner un peu d’air, d’autres du même âge, funs, entre potes, qui sont déjà allés au Stade, en 2004, et que même que c’était énorme, des quinquas – plutôt dans les gradins – assis à la dure sur les sièges de salle polyvalente jouissant d’une bonne vue sur la scène, heureux, barbus, poilus, propriétaires, des sexas à lorgnons pas peu frustrés d’avoir été un poil trop jeunes pour vivre la folie des 60’s et qui courent après le mythe depuis, des heptas -moins- qui se sentent un peu à égalité avec l’artiste, un conscrit en somme, des plus vieux-  probables – mieux cachés qui tentent encore de comprendre comment on est passé de Petula Clark aux Fab Four, du puits à l’eau du robinet, du lacet aux scratchs et surtout, surtout, pourquoi on est revenu aux lacets.

Et puis la lumière s’est éteinte, et la scène s’est allumée, Sir Paul est arrivé, classe sur ses bottines à talonnettes, cachant ses bretelles et sa chemise blanche sous une veste bleu-gris. Une marée de bras s’est tendue pour le prendre en photo, les kids à coté de moi hurlaient comme des beatlemaniaques de 65 et commençaient à rédiger les MMS qu’ils allaient envoyer à leurs amis.

Entouré par deux guitaristes, dont l’un devait être le fils caché de Steven Tyler (le même en blond), un clavier et un batteur, il a entamé The Magical Mystery Tour, appuyé par un fond de scène psychédéliquement multicolore. Et c’était parti pour 2h45 de concert.

Alors oui, il y avait des choses un peu too much, comme l’animation du jeu vidéo sur les Beatles qui passait en fond, les guitaristes qui moulinaient du bras, des diaporamas qui n’auraient pas juré chez Drucker mais on s’en fout ! Parce que bordel, c’était Paul McCartney qui jouait là devant nous et s’il y a un truc dont on se contre-branle, c’est bien du décor ! Parce qu’il n’a pas besoin de s’appuyer là-dessus pour s’imposer : la voix est nickel, il passe de la basse, à la guitare, au ukulélé, au piano, chante calmement, beugle, assure en groupe pour un Live & let Die déchaîné, ou tout seul avec une guitare sèche pour un magnifique Blackbird Il s’amusait entre les morceaux avec le public et pendant avec ses musiciens. On s’est aussi aperçu que les Beatles, c’était parfois du gros rock. Si le son des disques est un peu lisse, Back in the USSR ou Helter Skelter en live ont fait headbanguer juqu’aux plus paralytiques de l’assistance.

Il a parlé des anciens : Linda, John, George, Jimi Hendrix… Il fait le job. Pour ceux qui suivent depuis le début, probable. Il sait que c’est ça aussi qu’une partie du public attend. Ca ne l’a pas empêché de jouer des morceaux récents, de 2007, de 2009… Il n’a jamais arrêté de jouer et de composer, et c’est ce qui rend son spectacle aussi impressionnant. On s’attend au départ à aller au musée, prêt à une bonne dose de kitsch et de sépia, mais le son est parfait, les musiciens très bons, les morceaux variés, il ne pioche pas dans les fonds de tiroir comme le fait Mike Love dans sa beach-boysploitation pour se faire briller de l’aura des autres, il a largement assez de ses oeuvres, toutes époques confondues, et quand il coverise, c’est pour un hommage.

Il n’est pas non plus qu’un nom, un meuble, un génie usé, sur le retour qui tente tant bien que mal un come-back mais qui a perdu le truc, genre Brian Wilson enfermé dans son Pacific Princess…

Bref, trêve de considérations, je ne pourrais pas dire du mal de McCartney, il a peut être eu des bas avec certains albums, mais on lui doit tellement de chansons superbes que ça rattrape tout le reste. Et objectivement, c’était un concert excellent. Tirant forcément du coté des Beatles, mais honnêtement, on était aussi là pour cette partie de sa longue carrière.

Il y a toujours un soupçon autour de Paul, because il a presque enterré tout le monde et que ce n’est pas Ringo (no offense) qui va lui disputer la légende. Du coup, c’est lui qui écrit l’histoire maintenant et derrière l’aura positive et le sourire perpétuel, on imagine toujours quelque saloperie planquée, un peu d’humain, quoi. Mais avec sa bonhommie, il exécuterait des portées de chatons au lance-flammes qu’on aurait du mal à lui en vouloir. Alors, on écoute ses histoires, ses anecdotes sur les artistes qu’il a rencontrés, son point de vue, sa version, et c’est bien comme ça.

Bizarre comme nous, qui avons finalement grandi bien loin de la folie Beatles, puis Wings, avons pu être touchés par cette musique. Ce concert nous a collé un smile du début à la fin, et sur la route, et continue quand on se le remémore. C’était comme une énorme madeleine de Proust qui nous ramenait vers un truc qu’on n’avait pas vécu. Un peu nostalgiques de la vie des autres.  Ce soir on a pu s’en approprier quelques miettes, et ça a comme éclairé toute la filiation, tout ce qu’on aime en musique et qui s’enracine, de près ou de loin, dans la terre noire de Liverpool.

Nico

Playlist

Magical Mystery Tour / Drive My Car / Jet / Only Mama Knows / Flaming Pie / Got To Get You Into My Life / Let Me Roll It – Foxy Lady / Highway / The Long and Winding Road / Michelle / My Love / Blackbird / Here Today / Dance Tonight / And I Love Her / Mrs Vandebilt / Eleanor Rigby / Band on the Run / Ob-La-Di, Ob-La-Da / Sing the Changes / Back in the U.S.S.R. / SomethingI’ve Got a Feeling / Paperback Writer / A Day in the Life – Give Peace A Chance / Let It Be / Live and Let Die / Hey Jude / Day Tripper / Lady Madonna / Get Back / Yesterday / Helter Skelter / Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band (Reprise)/ The End

Et le troisième jour, il ressuscita des chiens morts !

In Aboiements, Bilan de compétences, Le Salaire du Jappeur, Ruminations on décembre 8, 2009 at 3:53

Tel un phœnix empaillé, reposant sur le vaisselier poussiéreux d’un taxidermiste à la retraite, Jappe renait de ses cendres. Malade comme toujours, déplumé, n’ayant pour souffle de vie que le peu de haine qu’il lui reste dans les poches, il est là pourtant, prêt à s’effondrer au moindre courant d’air. Des visiteurs le touchent du bout d’un bâton pour contrôler son processus de raidissement, mais il ouvre encore péniblement les yeux, les contemple sans réaction, puis se referme au monde, mortellement affaibli.

Voilà bien la fin des adolescences. Et si Jappe avait un but masqué, c’était de se déprendre de cet âge stupide. Les rêves se retirent aussi, dans une trajectoire lente et tortueuse certes, mais ils ne nous soutiennent plus, ils ne nous sont plus d’aucune utilité. Ce n’est pas l’enfant qui délaisse ses jeux pour n’être plus obnubilé que par le sexe, c’est un long progrès qui se fait inconsciemment en lui avec des craquements souterrains qu’il ne maîtrise pas. Pareillement, nous venons de nous réveiller du jeu. Notre vie sera donc ça… Juste ça, pas plus… On se croyait fortiche, à pouvoir doubler par la droite, revenir en arrière, esquiver toujours, mais c’était sans compter sur sa boîte aux lettres, son banquier, ses rendez-vous au Pôle Emploi, son propriétaire et puis tout ce qui se met en place sans votre consentement… dans votre dos… que quand vous vous retournez, c’est une place d’armes aussi dure qu’une citadelle de Vauban.

Faut que ça se rigidifie, c’est ça la grande leçon du temps. Il rigidifie les opportunités, rigidifie les opinions, rigidifie le nombre d’amis, congèle vos choix, purée de verglas pour vos goûts, purée de verglas pour vos manies, pétrifié par la méduse à grosses dreads dès que vous vous retournez. C’est bien pour cela qu’il ne faut pas le faire. Un jour vous vous retrouvez avec une personnalité, des choses à faire, des obligations, tout un tas de petit tracas innocents qui finissent par vous faire une vie.

Alors plus que jamais, amis canins, jappons ! Je veux des grognements par milliers dans l’indifférence générale. Des hallalis et des curées de ketchup, de l’héroïsme fuligineux pour notre Chemin des Dames contemporain. A chacun sa baïonnette du bon goût, sa rasade d’eau de vie et en avant, marche, soldats de mes couilles ! Et tant pis si certains n’ont pas assez d’argent et arborent encore des pulls à rayures et des pantacourts, on ne sera pas regardant sur l’uniforme. Et tant pis si le troufion au cœur sensible n’achève pas l’otage à sa merci, ne nous arrêtons pas pour si peu. Et comme le disait encore Théo… « Tant pis la vie ! »

Rappelons-nous de cette grande phrase de feu Stupeflip : « Comme Goldman j’irai au bout de mes rêves, Et même si la chanson eh ben elle sert à rien, Je crois que ça me fera du bien de gueuler ce refrain… »

Vincent

Morrisssey étreint Paris (ou : Comment le Moz est passé de la forge à la scierie et comment vous allez découvrir que je suis incapable d’en dire du mal)

In Bilan de compétences, En vrai, Musique, Tocades on novembre 16, 2009 at 12:49

morrissey zenith O9

Dans cette métaphore indus’ – vous verrez que le mot est choisi – il était inévitable que Morrissey nous invite après l’annulation de son concert du 2 juin au Grand Rex (à la suite d’un malaise sur lequel je reviendrai plus tard) à deux pas de la Cité des Sciences et de l’Industrie.

Rêvant sans doute d’investir le stade de France il a dû néanmoins (et malheureusement – oui oui – ja board) se contenter du Zénith.

Moz ne pouvait raisonnablement pas non plus (à l’instar d’un fameux comique que je n’ai pas besoin de citer) «bourrer Bercy» de ses fans (ne riez donc pas sottement au jeu de mots que je n’ai pas fait) mais ceci … à son corps défendant , je dirais.

Et voilà une chronique qui semble mal partie, pourrait-on se dire, alors devrais-je peut-être plutôt revenir au commencement du commencement…

Pour faire court nous admettrons qu’après le Big Bang et tout le chambardement, disons JC y compris, c’était un peu la zone puis il y a eu les Smiths. Morrissey et les Smiths, plutôt (ceci étant la théorie la plus communément admise par leurs fans – les points de litige essentiels se situant plutôt sur l’existence ou non de JC et la longueur de la mèche de Morrissey au dernier concert du groupe).

Puis à l’été 87 il y a eu le schisme, le seul, inutile d’épiloguer…

Nous voilà  donc au soir tant attendu du 12 novembre. L’humidité dans l’air rend la soirée fraîche et un peu mélancolique, ce qui somme toute sied bien pour un concert du «dandy» de Manchester.

Les âmes (nécessairement torturées) qui s’avancent dans leurs manteaux sombres sur le chemin qui les mènent à la salle ne se laissent pas perturber par les quelques revendeurs de places illicites qui les alpaguent. Aucun ne relève la tête, la place achetée depuis si longtemps bien planquée dans la poche intérieure. Quel abruti se déciderait au dernier moment pour aller voir le dernier crooner vivant ? Pfff.

La salle se remplit vite. 20H pile la première partie (non annoncée, faut pas déconner non plus on est à Paris – France … y’a des traditions qui ne se perdront jamais dans ce pays) Doll And The Kicks débarque.

Trois gars et une donzelle s’installent rapidement. Un frisson d’effroi parcourt le public, la dégaine et le look des membres du groupe fait craindre un set qui pourrait osciller entre de l’emo-core et du rock chalala type BB Brunes (je vais défaillir).

Les premiers accords ne me rassurent pas, ça joue fort, ça chante fort … et trop, ça sent le Sleater-Kinney mal appris, le Yeah Yeah Yeahs mal digéré, très mal digéré… Puis passés les premiers titres le rythme semble prendre le public (qui pourtant, comme à son habitude dans cette ville, a réservé au groupe son accueil le plus glacial).

En effet, même si c’est un groupe jeune, un groupe de jeunes, même si on ressent encore trop les influences des Yeah Yeah Yeahs (dont personne ne dit, pour une raison qui m’échappe totalement, qu’ils sont désormais, après les PIXIES, le meilleur groupe de rock du monde – ah ben voilà je l’ai dit) j’ai l’impression que dans cette bande-là il y a quelque chose de pourri au royaume du Danemark … euh pardon … il y a quelque chose qui pourrait s’apparenter aux germes d’une certaine qualité musicale, en tout cas à une certaine élégance mélodique. Ils quittent la scène sous les applaudissements qui, bien que pas tant fournis que ça, me paraissent sincères ; en tout cas les miens le sont.

Les roadies s’affairent déjà, un écran barre la scène du Zenith et à peine ai-je le temps de regarder l’heure qu’on nous balance plein écran un inconnu nous annonçant que la classe va bientôt commencer, sans doute pour s’assurer de l’attention du public.

Millie Small se met alors a couiner à une hauteur d’environ 200 Dbs My Boy Lollipop, et je me rends compte alors que Doll And The Kicks ne jouaient sans doute pas si fort que ça, mais plutôt que les ingés son du lieu ont fermement décidé (sans doute en accord avec Robert Hossein et Audika) de rendre l’audience sourde . Ca promet pour la suite …

Suivront alors une dizaine de Scopitones/extraits tous plus jouissifs les uns que les autres, et pour n’en citer que quelques-uns nous auront droit aux époustouflants Sparks («This Town Isn’t Big Enough For The Both Of Us»), les Shocking Blue, Nico, Lou Reed arrogant comme on l’aime, les New York Dolls qui cherchent un bisou, bien sûr (présence de l’ex-président de leur fan club anglais oblige), puis Joe Dolan entonnant «You’re Such A Good Looking Woman» (depuis le temps que je vous le dis).

L’écran disparaît, obscurité totale dans la salle, lumières rouges sur la scène, l’écran du fond révèle l’ombre d’un homme qui s’avèrera être Walter Chiari pointant d’un doigt (vengeur ?) le public qui a, finalement, à peine eu le temps de s’impatienter …

La troupe arrive, le meneur de la bande en chef de file «Suivez moi les gars, ils vont voir ce qu’ils vont voir». Le pas est lourd et décidé.

Le temps d’un bonsoir, et là, je crois qu’on a pu assister alors au plus beau viol musical live de notre vie:  Morrissey et ses bûcherons s’attaquant (y’a pas d’autre mot) au délicat This Charming Man sous le regard ébaubi (estourbi ?) de l’assistance.

C’est sur ce même titre que le Moz a fait un malaise respiratoire il y a quelques semaines.

Tu m’étonnes ! Trousser ainsi, sans échauffement, un tel morceau, y’a de quoi y laisser sa peau !

Au deuxième refrain mon voisin de droite sort ses babs (bouchons anti-bruits) bien que je pense qu’il est déjà trop tard pour chacun d’entre nous. La chanson s’achève, non pardon, la chanson est achevée, on applaudit, par respect, par respect seulement…

Suit alors le bien nommé Black Cloud (il me semblait bien avoir entendu l’orage) et bien que joué à un volume peu compatible avec la conservation d’une quelconque finesse mélodique (dont le titre est heureusement exsangue), il s’avère être d’une redoutable efficacité sur scène, le public semble rassuré et la ferveur commence à poindre son nez (pourvu que le très très bien nommé Boz Boorer ne sorte pas sa grosse pelle pour lui en mettre un bon coup sur le gr/c-oin).

La tension ne se relâche pas et le sublime et superbement interprété When Last I Spoke To Carol avec ses accords latinos finissent de réconcilier le public avec le groupe (Morrissey restant évidemment intouchable).

Libéré des contraintes juridiques Morrissey se lâche et reprend à nouveau un titre des Smiths, Is It Really So Strange?

Les gars ont semble-t-il eu bien du mal à l’assimiler, celui-ci (légère, la batterie, on a dit, Matt), je sens le public s’irriter ; Le voisin de devant hoche la tête en signe de mécontentement, encore un qui ne s’est pas remis du schisme …

Quelques mots sont échangés avec le public et le Moz se détend, nous avouant alors qu’il ne veut pas rentrer chez lui … et ce juste avant de nous envoyer les fleurs que l’on attendait avec I’m Throwing My Arms Around Paris ! Quel cabot quand même.

Il minaude il se déhanche, jouant les charmeurs et nous pigeons (de Paris) on tombe dans le panneau.

A ce moment je re-regarde Walter Chiari et je me rends compte que ce n’est pas le public qu’il pointe mais plutôt Morrissey lui-même.

Comme pour dire «That’s THE man» (un peu comme dans Mulholland Drive), c’est lui que vous êtes venus voir alors : regardez-le.

Le groupe est en effet très en retrait de la scène, moins éclairé, les gars semblent comme effacés dans leurs costumes marrons (c’est une bonne couleur pour aller au bois).

Puis me revient à l’esprit que Paris est aussi un dieu grec, protecteur des hommes, peut être qu’alors tout cela n’est qu’une mascarade… Un autre mythe … Les Smiths … c’étaient vraiment si bien que ça ? … sur scène,  je veux dire ?

Oh et puis tant pis on s’en fout, «Moi aussi je t’aime Moz !!!!» ai-je envie de crier, mais je me retiens car je pense que je ne suis pas le seul dans ce cas.

Applaudissements, puis Morrissey nous avoue qu’il s’est rendu à Pigalle dans l’après-midi sans nous dire ce qu’il a bien pu y faire, tout en arguant du fait qu’on est sans doute trop jeune pour l’entendre … salaud !!! salaud !!!! … Je l’aime encore plus.

Se rappelant qu’après tout il est en pleine tournée du Swords Promotional Tour, il nous balance un Ganglord sans conviction, que de toute façon personne ne semble connaître, mais qui tout de même aurait presque des relents faisandés (encore les bois) de « How Soon Is Now »…

Les regrettés Smiths ne restant décidément jamais très loin pendant ce concert : c’est au tour de l’album The Queen Is Dead de se faire visiter (référence au viol d’entrée de concert) et là, les quelques fans inconsolables de l’ex-groupe du Moz ont bien failli ne pas s’en relever. Cemetry Gates est assailli de toute part. Qui a dit que les mélodies ciselées de Johnny Marr n’étaient pas stérables ? Passons…

Suit alors un morceau très très attendu (par moi-même … les autres je m’en fous et je pense que chacun ici se trouve dans cet état, car en effet autant les Smiths se dégustaient en communion, autant le Moz se dévore en indivision – dans le sens de copropriété je veux dire)

One Day Goodbye Will Be Farewell nous prévient alors le chanteur, et il convient d’en profiter ici et maintenant parce que si, comme promis, il exécute ses plans, on ne va plus le voir encore très longtemps (Morrissey ayant affirmé qu’il ne chanterait plus après 55 ans il ne nous reste donc plus que 5 ans!)

Et pour les quelques-uns qui ont loupé la première invitation à se faire hugger, Moz en rebalance une couche (oh oui vas-y balance tout) «Grab me while you still have the time», dernière phrase d’un titre sublime, dernière phrase qu’il ne termine d’ailleurs pas, s’arrêtant dans un souffle à «Grab me … while … you still …», la main tenant le micro retombant lourdement … putain il va nous rester sur les bras là … mais non, et on va le voir, il en a encore sous le pied le minou (est-ce que je deviens de plus en plus familier ou c’est une impression ?)

Moz présente son équipe de rugby … de bûcherons, pardon … non de musiciens (c’est facile à reconnaître y’a des cordes sur les manches des outils), bla-bla-bla, on applaudit vite fait, il s’en rend compte et glisse à Boz un «Ils sont si impatients» (de me retrouver).

On enchaîne avec The Loop, un titre que j’avais oublié mais que je retrouve avec une joie non dissimulée, Morrissey s’éclate avec son tambourin, c’en serait presque léger et printanier… Presque.

On revient à Swords (ben oui quand même faut le faire connaître un peu cet album) avec Teenage Dad On His Estate où il est question de voisins , de méthadone et de «Leave him alone», leitmotiv morrissien bien connu (« Laissez -moi tranquille, je suis très bien tout seul, tout le monde est contre moi, je vis comme je veux, I am what I am and who I am is what I am », etc.)

Autre reprise des Smiths, Death At One’s Elbow tirée du magnifique Strangeways, Here We Come que la bande interprète majestueusement, je vais finir par les apprécier ses petits gars… Enfin quand je dis petits …

Morrissey nous ramène ensuite à ses racines, le sang irlandais et le coeur anglais, Irish Blood English Heart, facile et efficace enchaîné avec The World Is Full Of Crashing Bores -sauf moi, nous lâche-t-il à la fin …

Approche la quatorzième chanson et je constate que je n’ai toujours pas versé une larme.

Soit je me suis endurci, soit le Moz ne nous a pas encore tout donné (bien que découvrant peu à peu son torse qui semble avoir pris une ampleur telle qu’il pourrait y contenir nos coeurs réunis – je parle de celui du public pas du mien hein … bref).

Les premiers accords de Why Don’t You Find Out For Yourself montent dans la salle, les gars ont abandonné leurs lourdes guitares, quelqu’un aura filé des cotons tiges au batteur en guise de baguettes, l’émotion m’étreint, j’essaye de chanter mais je sens ma voix trembler, je connais les paroles, je connais les paroles et je veux partager. Je me délecte, l’interprétation est parfaite.

Je suis conquis.

On revient aux Smiths et là encore une fois le jeu est bon, Ask interprété avec un enthousiasme non feint, public aux anges, fans réunis, la réconciliation pourrait-elle avoir lieu (Morrissey étant tenu pour responsable de la séparation des Smiths) ?

Swords, encore, avec un titre ambigu : Don’t Make Fun Of Daddy’s Voice . Moz prend des airs maniérés pour nous parler de cette «étrange voix de papa» qui, adolescent, a eu «un truc coincé dans la gorge». Je veux bien ne pas avoir l’esprit mal tourné, mais là faut pas pousser mémé dans le bouchon des orties trop loin !!!

On s’approche de la fin mais Morrissey ne semble nullement fatigué, un How Soon Is Now de très très haute volée (comme on dit) est alors livré par le groupe, se concluant sur quatre coups de gong qui laissent le public médusé. Morrissey a disparu en backstage avant la fin de la chanson, il revient, le bruit du dernier coup de gong envahissant encore la salle, il a changé de chemise et il entame alors le titre final comme pour chacun des concerts de sa tournée I’m Ok By Myself, pied de nez aux critiques, à lui-même (reprise de ses sempiternels thèmes de prédilection).

I’m ok by myself

And I don’t need you

I never have

J’adore, j’exulte …

Un seul encore : Something Is Squeezing My Skull se terminant par un superbe lancé de chemise, découvrant ainsi totalement le torse musculeux et massif du Moz, est-ce bien le même Steven Patrick Morrissey que celui de mes fantasmes d’adolescent ?

Reste que, quand même, le public parisien est l’un des publics les plus inertes et inexpressifs que je connaisse et qu’il est difficile d’apprécier pleinement la qualité scénique d’un artiste dans ces conditions. Car en effet, n’en déplaise à certains, en concert comme en amour, un bon plan ça se fait à deux.

Qu’attend-on de Morrissey en 2009 ? Qu’il nous refasse les Smiths sans les Smiths, qu’il reste celui qu’on a connu fin 80 mais sans les mêmes démons (en référence à une chronique récemment parue et très irritante lui reprochant son changement physique et l’invariabilité des thèmes de ses paroles)

Morrissey vieillit, sa voix change, mais ce qui ne semble pas changer c’est son plaisir à chanter et il le fait bien, très bien même. Sans chichis et sans effort, il envoie, comme ils disent.

Ses démons sont en effet sans doute toujours un peu les mêmes. Mais qui lui jettera la première bûche ? (pour rester dans le thème, également).

Car après tout … il faudra un jour s’y résoudre … Morrissey est.

Pi Patel

Atlas sounds – Logos

In Bilan de compétences, Musique, Tocades on octobre 30, 2009 at 5:36

images

On peut entrer dans ce disque traditionnellement, en commençant par le début, ou se faire accompagner par Noah Lennox ou Laetitia Sadier.
Des guests, ça sent l’argument commercial à plein nez, mais sur cet album, ils ont un coté salutaire.
Ils mettent Bradford Cox sous un jour qui nous rassure, le tirent vers nous, quand seul il semble errer dans un univers trop lointain.
Ce disque est apaisant et triste comme une pluie d’été, un nuage trop fin pour faire barrage à une lumière qu’on sent là, à deux doigts de percer et de tout résoudre.
Si vous voulez de la biographie, il doit bien en avoir qui traîne sur Wikipedia ou les Inrocks, ça explique peut être des choses, en tout cas ça dessine des liens bien rassurants entre le personnage et l’oeuvre, mais on se contentera ici de parler de la musique.

Voui ma bonne dame.

Et d’abord du morceau qui m’a servi d’entrée : Walkabout
Mr Panda Bear pose d’entrée de jeu sa grosse patte poilue avec un petit riff bouclé sauce reverb’. Puis ça démarre joyeusement, sur un sample de The Dovers (What am I going to do – Merci ww2w).
C’est entrainant et on est heureux comme des Télétubbies. Il y a un mini break de cours de récré et ça reprend. Ca pourrait tourner à l’infini en multipliant encore et encore les vagues de choeurs, voix, sons, mais ça a le bon goût de savoir s’arrêter pour nous permettre de le remettre au début.

Sauf si on laisse tourner la platine : on saute alors à pieds joints dans une chanson pleine de guitares qui commence comme une tristoune popperie Dawsonienne. Mais la batterie à la peau de grosse caisse mal tendue donne un peu de virilité à l’ensemble et le morceau nous emporte sûrement vers son refrain lumineux.

Après ce très réussi Criminals, on épure avec Attic lights. La première moitié du morceau fait sobrement songwriter (avec des bras supplémentaires quand même pour les overdubs) puis quelques sons électroniques viennent compléter le tout. Un peu plus et il pouvait piquer la place à Hope Sandoval pour les pubs Air France. Les guitares reviennent en avant pour la conclusion, soutenant la voix expirante dans une ambiance de road-movie.

Les accords lourds qui arrivent sonnent comme un faux départ pour Shelia, une poétique chanson pop aux paroles magnifiquement flippantes. La première minute est très entrainante, puis les accords incompris du début retrouvent une place dans un refrain sombre. Plus on avance plus on a l’impression que le morceau peut dérailler, surtout dans les parties plutôt positives. Mais il tient la distance. La voix s’éloigne de plus en plus, et finit par disparaître de notre champs de perception sans s’être arrêtée de chanter. Comme si elle devait toujours être présente, ailleurs.

Quick Canal est le morceau Stereolab d’un album finalement plus proche d’Animal Collective. La troisième porte d’entrée si on veut. Laetitia nous prend par la main et nous fait faire la moitié du chemin, comme elle semble l’avoir fait avec M. Cox pour l’autre moité. Cette chanson a la lancinance de « The Past Is A Grotesque Animal« , la voix de Laetita Sadier gagne à se balader dans l’éther. Sa présence parfois irritante dans Stereolab se fait ici beaucoup plus caressante. Et donc beaucoup plus agréable.

My Halo aurait pu être jouée dans Twin Peaks, vous savez la scène absurde sur la moquette. Ca fait très vieillot. Pas comme un Jeunet qui met tout en sépia pour faire style, non ça sent vraiment la gomina périmée et le formica usé. Exercice de style réussi, un détournement d’esthétique, un accommodement à la sauce Atlas.

Kid klimax est beaucoup plus électronique, synthétique. Comme toujours, la voix semble arriver sur la musique à la va comme je te pousse. Comme si le texte se suffisait à lui même mais que la musique le tirait quand même pour avancer, dans un flegme gainsbourien. Il pousse là l’exercice au maximum. C’est réussi.

Washington School : La boucle du début sonne comme un truc qui ne s’arrêtera qu’avec une panne de courant, un plan qui a une vie propre. Le chant est ailleurs. Il n’y a pas vraiment de mot de la fin. C’est juste beau. Et même si on n’a pas envie que ça s’arrête, il faut bien que ça finisse.

Logos. Le titre de l’album. Rassemble toutes les tensions palpables ça et là dans le disque, de l’engouement, de la nonchalance, de la créativité, un poil de sombritude. La double batterie sonne super bien, c’est composé comme une chanson pop mais chanté comme… Comme du Atlas sound. On ne peut pas passer sous silence l’influence d’Animal Collective, mais il y a vraiment une particularité propre à Atlas sounds. La reverb’, par exemple y apparaît beaucoup moins comme une pose ou une particularité esthétique à décliner à l’infini. Tout semble justifié sur ce disque, tout semble nécessaire.

Je n’ai pas encore parlé de The light That Failed, qui commence le disque pour de vrai, qui inquiète un peu à vrai dire tant elle évolue dans des brumes qui font craindre un album ambient. Mais c’est un très beau morceau finalement.

Je terminerai sur An orchid second morceau, aérien (qualificatif finalement assez adapté au disque), assez simple et lointain. Un peu BO de Virgin Suicide.

Pour conclure, prenez ce disque par où vous voulez, mais écoutez-le. Il est plein de bonnes choses, intimiste et ouvert, léger et intense, acoustique et électronique, bancal et équilibré, anecdotique et nécessaire.

Allez, je vous aide : cliquez là

Obokin

Carol, Jeff, Lennie, George et les autres

In Bilan de compétences, En vrai, Musique, Ruminations on octobre 14, 2009 at 9:05

Standing-Ovation_Night3

Ca remonte à loin maintenant. Une affiche en noir et blanc à moitié décollée tremblait dans la brise molle, sur une pierre jaunâtre au coin de la rue Pasteur. Sur le morceau de papier glacé, la photo d’un vieux saxophoniste et trois noms : Popkins, Tristano, Califano.

C’est sur le second nom qu’on a tiqué. En souvenir de Lennie, on est allés voir Carol.

Carol jouait de la batterie. Carol est la fille de Lennie alors elle joue du cool jazz. Popkins était pote avec Lennie alors il joue du cool jazz. Califano suit le mouvement.

Ils avaient le sourire crispé entre les morceaux. Malgré la fausse pénombre ils voyaient bien la salle se vider, les portes battantes s’ouvrir pour laisser passer un flash de lumière crue en même temps qu’un spectateur déçu. Mais ils sont quand même allés au bout de leur mollesse.

Ils nous donnaient l’impression d’être en mousse et d’évoluer dans un nuage de barbe à papa. Carol ratait parfois le début des morceaux, après le & one, & two, & three, & four… Elle glissait sans y croire ses balais sur la caisse claire, sa cymbale, pour nous servir un groove bancal qui plombait encore un peu plus les parties de saxo caoutchouteuses. Le contrebassiste se cachait derrière son instrument et le public échangeait des regards pour vérifier que ce n’était pas une blague.

***

La condensation perlait le long des verres. Un peu de mousse avait débordé et s’étalait sur mon sous-bock. Le bar était encore fumeur. Ca volutait bleu, comme un paquet de gitanes. On causait de Lennie, de son nom lié à génie et influence. Et de l’énorme arnaque artistique que représentait la présence de Carol sur une scène jazz, qui n’avait pour elle que les minces reflets de l’aura paternelle. Et elle était bien exploitée, l’aura de Lennie, jusqu’à Satriani qui s’en réclamait !

Puis la conversation a dérivé sur Chedid, Higelin, Sardou, Bley, Levy, Debré, Smet, Dumas, Audiard, Lennon, Buckley, Bush, Gainsbourg, Bongo, Dassault, Sheen, Delors, Mastroianni, Jugnot et autre juniors… On s’est demandé si Evelyne Leclerc avait un lien avec le Général. On reconnaissait à Yvan-Chrisotome le fait de n’avoir pas trop parié sur le nom de sa mère pour percer.

Il y a des imposteurs. Il y a des talentueux. Mais le constat était le même pour tous : le nom de famille était plus qu’un accélérateur à ascension, sociale : il les déposait devant la porte du monde qu’ils visaient, ils n’avaient plus qu’à se donner la peine de s’y montrer.

Société de salons. Les acquis de la génération précédente rejaillissent sur les rejetons. Ils ont les codes, ils ont les contacts, ils ont la culture du milieu.

On crie un peu à l’injustice.

Les pintes vides ont laissé la place à un mauvais whisky. La serveuse est mignonne, ce n’est pas la fille du patron. Au moins dans les bars, on laisse leur chance aux anonymes. Un tableau aux couleurs criardes et coulantes me fait de l’oeil depuis que la tablée voisine s’est envolée. J’essaie de regarder ailleurs.

On s’est bien demandé ce qu’il faudrait faire pour remettre les compteurs à zéro dans tous ces domaines. On a vite trouvé un mur. On ne va pas tuer les enfants. On ne va pas tuer les parents. L’attention s’est focalisée sur la masse inerte d’anonymes en quêtes de reconnaissance ou de miettes de pouvoir, prêts à aller folâtrer avec un ornithorynque sous acide pour une bisouille de puissant.

Ce sont eux finalement, les idolâtres, qui fournissent la caution populaire à ces situations d’héritage ou de placement. Rassurés par les mêmes oripeaux que l’Ancien Régime avait fourni à ses bourgeois, par le système de noblesse de robe : cette petite porte sur les réseaux d’élite devenus démocratiques par leur ouverture à la plèbe. Sous couvert de talent, il y a une place pour eux, à l’horizon, le mirage soigneusement entretenu.

Une dizaine d’années plus tôt, toutes les écoles avaient été investies du devoir de commémoration de la révolution : le bicentenaire. Quand j’essaie de m’en souvenir, il ne me revient que la fabrication d’une brique en papier, à décorer comme on voulait… Pour cause, ça s’est bien télescopé avec la chute du mur de Berlin.

On nous en a pas moins rebattu les oreilles de la république et de l’égalité, de l’idéal social concocté par nos égorgeurs en collants. Au point qu’on a failli être dupe.

Le bar va fermer. On écluse nos godets. On sort de là avec le gros du troupeau qui restait encore. On s’attarde une minute dans la rue.

A chaque nouvel exemple de placement de rejeton ou d’exploitation patronymique, on ne peut s’empêcher de ressentir un malaise. En ça les hussards noirs et leurs anonymes descendants ont réussi leur office. Nous voilà bourrés d’idéal. Mais est-ce que cela empêchera la ronde perpétuelle des réseaux d’influence et des négociations entre puissants ? Quand ils nous font l’honneur de rester dans les formes républicaines on acquiesce et on trime pour une place au soleil. Quand ils se dispensent des formes on crie au scandale et on révolutionne entre voisins.

On se sépare et je reprends le court chemin qui mène à mon appartement bancal.

Carol jouait comme un manche. Jeff chantait comme un dieu. On juge sur pièces. L’un comme l’autre aurait eu tort de cracher dans la soupe.

Je suis toujours amer de voir qu’une mauvaise musicienne (ou un mauvais musicien) peut prétendre à une carrière musicale. Mais finalement cela nous ouvre un peu les yeux sur le fonctionnement des humains. Et le public ne se laissera pas prendre indéfiniment.

Et puis je me rassure en me disant que la lignée Tristano ne devrait pas rebondir après ça, elle en aura épuisé le nom.

Et puis j’ai pensé à George Bush Jr.

Les artistes ont le couperet du public.

Les politiques ont une cour.
Et c’est beaucoup moins soluble dans la médiocrité.

N.

Broadcast and the Focus Group investigate witch cults of the radio age

In Bilan de compétences, Musique on septembre 24, 2009 at 9:23

BroadcastTrish4801


Je les croyais mourrus, dessechés dans un sous sol de chez Warp, Trish Keenan prenant la poussière comme ces poupées géantes dans les remises des grands magasins. C’est ça aussi de s’en aller sur une compile et de tout laisser en plan. Je m’étais fait à l’idée de les commémorer, de les aduler comme de chers disparus. Et puis voilà qu’arrive la nouvelle : In advance of our forthcoming full length next year we have a new mini-album available to download – ‘Broadcast & The Focus Group Investigate Witch Cults of the Radio Age’…. it’s a collaborative effort with our friends The focus Group of the Ghost Box label.

Un vrai album rien qu’à eux l’an prochain, sûrement avec une tournée (Yummy !) et un mini-album en guise d’amuse-bouche bricolé avec des copains. J’ai vite mis « Lecture » pour faire couler le miel dans la gorge de mes oreilles, la voix de cette chanteuse à laquelle tu as d’abord envie de mettre un coup de pied au cul à cause de sa diction mécanique et son chant bizarre mais qui te prend par la main pour t’emmener sur les hauteurs de 60’s électronisées, d’innocence sombre et de froideur aphrodisiaque.

J’ai été un poil… désappointé. C’est un peu comme de voir un groupe derrière un écran de fumée (la reverb’) sur lequel on projetterait des images issues d’un programme destiné à la lobotomie en douceur ou à l’éveil des alzheimeriens par les sensations champêtres.

Tout y est : les canards, les mouettes, les BO d’émissions de télé d’un autre âge, etc.

Du coup je suis allé chercher un peu qui était ce mystérieux « The Focus Group » et je n’ai pas été déçu. Il offre, et je cite leur maison de disque, un programme varié d’activité musicale à des fins éducatives et rituelles…
De la musique homéopathique…

Revue :

Intro : Ben c’est une intro : pas long, ça pose une ambiance asiatico-mystère.

The Be colony : Trish is back ! Ca fait plaisir de l’entendre. Un petit abus sur les effets, mais on s’apercevra vite que c’est une constante du disque. Ici les coupables sont une reverb et un rotary qui officient avec la légèreté d’un Rocco dans un film d’amour. Le morceau reste quand même bien agréable.

How do you get along sir : Le batteur est là aussi ! Ah non… Ah mais c’est fini.

Will you read me
: Ah si il est là mais il enregistre dans le studio d’à coté en fait. On le devine plus qu’on ne l’entend… La partie synthé / guitare part bien, mais elle n’est là que pour annoncer :

Reception Group Therapy : On aime le préliminaire chez Focus. D’ailleurs ce morceau n’est qu’un prélude à :

Quiet Moment : Des sons comme on les aimes, des claviers un peu cradingues, des aigus saturés, quelques voix angéliques nous inquiètent, mais pas trop longtemps, car :

I see, So I see so : Ca commence comme du Broadcast, puis les claviers joliment saturés laissent place aux mouettes et à des cordes pincées, troubadouresques. Dans le refrain, j’ai vérifié, c’est bien l’air de Il est né le divin enfant. Et c’est pas parce qu’il y a des mouettes qu’on va faire semblant de pas l’entendre ! Ah ben tiens, c’est fini aussi.
Pour vous repérer, ça fait pas dix minutes de musique et on a déjà sept titres. Bon, c’est de l’art, et même un collaborative effort… Alors effortons.

You must Wake : Un petit coté Debussy. Je sais pas pourquoi c’est lui qui m’est venu, mais c’est comme ça. C’est tous ces animaux aussi…

One million years ago : Encore un bout de l’intro de l’intro de l’intro de l’intro… mais en deux minutes au lieu d’une. Plutôt joli.

A Seancing Song : Enchainement sans douleur, la même atmosphère et la voix comme filtrée par le système de son d’un vieux film. Pas Le Flic de Beverly Hills, non, encore plus vieux, avec des téléphones qui font drinnnng ! D’ailleurs il y en a un qui sonne. C’est une bande son des années 50. Le tremblottement du rotary devient plus acceptable.

Oh you chatterbox : Le batteur est de retour, malheureusement il joue avec un claveciniste et un flutiste… Et puis une mouette crie et passe dans des filtres qui lui font mal.

Drug party : ‘Gad’ donc tous les effets que j’ai dans une si petite boite ! C’est dingue non ? On pourrait jouer avec des rires et puis des aboiement, ça ferait un truc flippant à la Lynch mais pour les oreilles…Le batteur sauve l’honneur.

Libra, the mirror’s minor self : Une belle partie de chant posée sur un lit pas trop bruitiste… On nage dans l’éther tel le Duc dans le ciel de Los Angeles.

Love’s long listen in : Enchaîne directement derrière le morceau précédant…  Le changement de titre se fait à l’entrée de la batterie. Toujours ce vieux fond de radio-bollywood, flutiau moche et gammes en guimauve…

We are after all here :  Un peu entêtant. Des voix se superposent au loin (ça c’est pour justifier le titre). Une mouche bourdonne (mais en fait c’était des effets sur une vraie voix). Bof.

A Medium’s high : Marre des angelots et des cloches. Il y a des bruits d’ordinateur en plus. L’atmosphérique à deux balles, je passe. (ça me fait penser qu’il faut que je vous dise : le disque Riceboy sleeps de Jonsi and Alex est bien  agréable, comme une bonne bouteille de whisky dégustée dans un jacuzzi, sous les étoiles brillantes d’une nuit islandaise)

Ritual – looking in : des alarmes… Est-ce pour prévenir de l’arrivée d’un morceau enfin broadcastien ? Ça commence bien, le batteur reprend les devants dans un groove brisé dont il a le secret. Ca tourne, ça tourne et puis ça passe. Encore cette flûte… Ah, des canards !!!

Make my Sleep his song
: J’aime bien le titre. Ça démarre diaphane, nordique… C’est chanté du fond d’un fjord.  On entend l’eau clapoter et puis ça veut faire peur. On imagine assez bien Yoga en train de plonger pour aller déposer une rose a sa maman (cf. Les chevaliers du Zodiaque, on fait comme on peut). Et puis ça va nulle part…
Ah si, vers un morceau à la Emilie Simon :

Royal Chant. Honnête. Jusqu’à ce que des chiots (numériques) gémissent.

What I saw : choeurs & oiseau.

Let it begin – Oh joy / Round and round and round / The be colony – Dashing  Home.
Cousteau ; Arthus-Bertrand, National Geographic, Planète…. tous, ils sont là. Pas Broadcast.

Bien sûr, ça doit s’écouter d’une traite et les ambiances s’enchaînent. Mais vous l’aurez compris, ça tombe un peu à plat.  Trop concept album. Ça fait bien plaisir de savoir qu’ils ne sont pas foutus, mais on attend le vrai disque l’an prochain. Je plains juste un petit peu les fans US qui se sont rués sur les billets si c’est pour bouffer un concert Vol au dessus d’un nid de coucou.

Pour finir, ce mini album sort (sur des bouts de pétrole) fin octobre.
Pour les fétichistes seulement.

Un petit extrait vidéo, condensé de The Be Colony :cliquer ici

Obokin

La muse prend le maquis

In Aboiements, Bilan de compétences, Musique, Tocades on septembre 17, 2009 at 11:17

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Suite à la lecture d’une brillante chronique (à laquelle vous pouvez accéder en cliquant ici) du dernier opus de Muse, « The Resistance », j’entrepris de mettre mes a priori bien au fond de mes poches, de retrouver mon âme d’adolescent qui adorait Muse à ses tout débuts et de me plonger dans une écoute attentive et exaltée de l’objet.

En guise d’« alternative » à cet article et en réponse spontanée au commentaire ci-dessous qui lui était attenant, je livre très brièvement ici mon ressenti sur les morceaux qui composent ce disque (même si j’ai bien conscience que tout le monde s’en tape) :

« J’apprécie cet angle d’écoute ;) même si pour certains morceaux, il faudra surement encore un peu d’usure pour totalement les apprécier… pour ma part haha ! »

De l’usure, je crains que ce ne soit le mot !

Après un « Uprising » qui ouvre l’album de façon tout à fait efficace et finalement tout ce qu’il y a de plus musesque , les déconvenues s’enchaînent pour ma part. « Resistance » me semble définitivement imbuvable de mièvrerie avec son piano à la Robert Miles même s’il est vrai qu’il n’est pas présent tout au long du morceau, puisqu’il partage la scène (comme il est souvent de rigueur dans la bande à Bellamy) avec des passages épiques. « Undisclosed Desires » et ses cordes staccato me laissent perplexe, ce qui peut laisser planer l’ombre de l’espoir, mais me font surtout diablement penser à une version sous cocaïne du poignant « Madame rêve » de notre regretté Bashung.

« United States of Eurasia » a, quant à lui, quelques relents de Queen mais emprunte surtout au célèbre « Bolero » de Ravel ainsi qu’au « Live and let die » de McCartney sans parvenir à en égaler l’audace. « Guiding Light » m’évoque les fins de film en apothéose, lorsque tout s’arrange enfin et que les plans fondus s’enchainent à grand renfort de bon sentiment. Et le solo de guitare, aberrant ou non, n’y change rien et n’apporte, à mon sens, qu’une touche de mauvais goût supplémentaire.

Je retrouve un certain plaisir avec « Unnatural Selection » (ouf, il était temps) et son riff lourd et puissant (hormis lors des ponts où sont scandés ces « Hey! Hey! » vulgaires et pendant le final qui, en effet, n’a malheureusement rien a envier à Megadeth mais qui m’a bien fait rire néanmoins). « MK Ultra » lui suit et, d’une facture plus classique, me laisse relativement neutre jusqu’à son final énergique qui doit faire son petit effet sur scène. Mais bon, c’est une « montée » quoi, pas une révolution musicale.

L’entrain vaguement putassier de « I belong to you » - rien à voir avec celui de Lenny Kravitz – me plaît bien (j’ai l’impression qu’un pianiste de saloon nous cligne de l’œil en écartant les jambes) jusqu’à cette longue partie centrale vibrante d’une émotion un peu trop pathétique à mon goût. Fort heureusement, le morceau reprend son thème de départ pour conclure, agrémenté en plus d’un solo de clarinette inattendu et plutôt agréable.

Et pour finir, le fameux « Exogenesis » en trois parties, rien de moins : une ouverture qui pourrait servir d’intro à un album de Dimmu Borgir, quatre minutes de variété pompière au milieu et une espèce de prélude de Bach sur lequel on attend que Maurane se mette à chanter en guise de « Redemption »

J’avoue qu’après avoir lu la critique si alléchante de Sound of Violence, je suis pour le moins déçu. On nous y parle régulièrement d’une « rythmique » à son climax, j’aurais préféré, comme d’habitude, une apogée mélodique.

A croire que mes émotions font de la résistance.

Harry Kelm

Comment le futur m’a lâché

In Bilan de compétences, Musique, Ruminations on avril 30, 2009 at 5:20

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Passé vingt-cinq ans, les occasions de se sentir vieux se multiplient subitement, c’est mathématique mais quand même un peu douloureux. Dans le métro, une simple affiche promotionnelle peut donner le coup de grâce, entérinant l’entrée inéluctable dans l’âge sénile, ou tout du moins dans ses prémices chevrotantes. Un anodin placard promotionnel de soirée pour les vingt ans du label Warp à la Cité de la Musique m’a ainsi plongé dans cet état de trouble où l’on ne se reconnait plus vraiment dans ses souvenirs, comme s’ils avaient été vécu par d’autres puis ramassé par soi.

Aux environs de quinze ans, mélomane déjà compulsif et néolâtre avide, je m’étais pris de passion pour Aphex Twin, Autechre et tout ce qu’on nommait alors un brin ridiculement « electronica », ce pan minimaliste se voulant avant-gardiste de la musique électronique. Cet engouement juvénile, comment puis-je me l’expliquer, plus de dix ans après ? Comme beaucoup à l’époque, à commencer par la presse musicale qui me servait de référent ultime en ces temps où je désespérais de mon provincialisme contraint, je voyais dans ces mélopées anorexiques invariablement agrémentées de petits sons aigres et grouillants, aux rythmes délibérément biscornus comme une prescience du futur, exhaltante sensation de frisson de celui qui croit toucher l’avenir de l’oreille, ce qu’avaient  également dû vivre, je crois, les auditeurs de Pink Floyd et de toute la fraction planante du rock progressif pour la génération de mes parents ; à la différence près que ma tocade acnéique n’était partagée que par quelques milliers de branchés éternellement affublés de DJ-bags et non par une multitude baba proliférante.

Aujourd’hui, il m’est proprement impossible de réécouter un seul morceau du genre sans en percevoir instantanément le ridicule pataud, toutes les ambitions foirées si mal dissimulées d’expérimentation, et surtout sa platitude absolue, son indigence crasse, corridor émotionnel venteux bourrelé de son propre néant.

Curieusement, cette réunion programmée de mes temporaires héros de jadis, avec ses terribles relents de baroud nostalgique pour visionnaires passés de date, son sale goût d’avant-gardisme frelaté coupé à l’eau de rien, ne m’inspira aucunement des considérations sur les cruautés et ingratitudes de la hype ou autres nébuleuses pensées sur le rollercoaster du succès, théâtre suspendu de la vanité des gloires humaines ô combien volatiles. Non, ce qui me vint à ce moment à l’esprit sont quelques petits mots indécents de simplicité: Je ne serai plus jamais celui que j’étais.

Pierre Levallois