Les aventures de Bret et Jemaine s’arrêteront donc là : HBO n’a pas souhaité les renouveler pour une 3ème saison. Et c’est plutôt une bonne chose. Derrière les commentaires de déception envoyés par les deux compères aux fans via Facebook, on sent un vrai soulagement, celui de ne pas tirer plus sur la corde et de ne pas gâcher une série déjà culte, mais qu’on sent à court de matière.
Rattrapage rapide pour les ceux qui n’ont pas encore eu le bonheur de voir le duo chanter If you’re into it :
- Bret et Jemaine sont 2 musiciens néo-zélandais débarqués à New York pour percer sous le nom de Flight Of The Conchords
- Ils sont assistés par un membre du consulat de Nouvelle Zélande, Murray, qui les manage et les conseille
- Ils ont une fan : Mel
- 2 ou 3 fois par épisode, la narration laisse la place à de la musique et à des mini-clips
La première saison est un véritable petit bijou, tant au niveau de l’humour qu’au niveau de la musique. La seconde est plus inégale, mais avec de vrais moments de gloire. On prend vraiment son pied à suivre leurs minuscules aventures, à entrer dans leur univers étriqué, et à les voir transcender leur manque de crédibilité dans des moments musicaux souvent drôles, parfois géniaux.
Dès les premières minutes de la série on sait qu’ils n’arriveront jamais à rien, mais ils font ce qu’ils savent faire : écrire et jouer des chansons. Ce qui est agréable avec ces anti-héros c’est que malgré leur grande naïveté, ils peuvent être de mauvaise foi, un peu vaches, se pourrir, être un peu racistes (contre les Australiens), etc. Ce n’est pas Jemaine et Bret contre le reste du monde, mais plus Jemaine et Bret à coté du monde. C’est une adolescence qui n’en finit pas, mais qui a déjà perdu son coté enjoué et sa foi. C’est de la mini-tragédie, des mini-problèmes, trop personnels. Ils ont trop de faiblesses pour qu’on puisse facilement s’identifier à eux et pourtant ça prend. Comme s’il y avait toujours un petit espoir en nous pour la naïveté (mais pas un truc à la Lars Von Trier, über-lourd, crème au beurre aux marrons à l’huile, chantilly sauce foutre, qui veut nous faire croire que ses histoires nous rendent malade du monde alors que c’est son cadrage qui donne le mal de mer).
Les seconds rôles sont excellents : Murray, par exemple, prend une place de plus en plus importante au cours des épisodes. Son personnage est très intéressant, car derrière la validation sociale que lui donne son statut (un genre d’attaché culturel), il est aussi peu crédible que les deux jeunes qu’il est censé aider. Il a son itinéraire propre, ses propres rêves, ses propres faiblesses. Il sont pareils finalement, mais il a quand même un peu d’arrogance : l’air suffisant que donne la feuille de paye. Mais pour lui – et comme pour la plupart des gens – c’est juste le cadre rassurant d’une nouvelle institution qui prend le relais, après l’école et puis le grand froid du dehors. Il peut alors reprendre où il en était, dragouiller une collaboratrice, attirer l’attention, frimer…
La place des femmes dans cette série est intéressante aussi. A part Mel, fan nympho qui joue les groupies comme elle a appris à le faire sur MTV et que le duo cherche plutôt à éviter, les autres sont difficiles à aborder, à comprendre, à séduire, à garder. Elles sont une source d’inspiration inépuisable : Most beautiful girl in the room, Business time, Ladies of the world, Foux-da-fa-fa, She’s so hot – Boom, A kiss is not a contract… Généralement l’approche foire ou, quand par miracle cela fonctionne, ça ne dure jamais bien longtemps. Elles peuvent aussi être manipulatrices et assez cruelles (une Australienne, surtout). Les deux héros ne sont pas armés contre ça, ils restent trop romantiques, eux qui pensent que jouer de la guitare est encore truc infaillible pour draguer.
Au delà de ces quelques éléments, l’intérêt de la série réside dans sa légèreté, les situations absurdes qui sont mises en scène, l’impression qu’elle est réalisée avec trois fois rien, les rapports complètement improbables qu’ont les personnages entre eux et surtout, dans la musique et leurs jeux autour des codes.
C’est donc une nécro heureuse que celle-ci. Dansons le Robot Boogie pour une série qui a su s’arrêter avant d’avoir écoeuré ses spectateurs, et à laquelle on pourra revenir avec plaisir. Je pourrai continuer à chantonner If That’s What You’re Into sans avoir honte de tout ce qui est venu après.
Pour de la chanson française vue par des néo-zélandais : cliquer ici
Nico


