Aboiements & Tocades

Archive de la catégorie «Cinéma/Séries»

Flight Of The Conchords – The End

In Cinéma/Séries, Musique, Nécrologie on décembre 21, 2009 at 12:37

Les aventures de Bret et Jemaine s’arrêteront donc là : HBO n’a pas souhaité les renouveler pour une 3ème saison. Et c’est plutôt une bonne chose. Derrière les commentaires de déception envoyés par les deux compères aux fans via Facebook, on sent un vrai soulagement, celui de ne pas tirer plus sur la corde et de ne pas gâcher une série déjà culte, mais qu’on sent à court de matière.

Rattrapage rapide pour les ceux qui n’ont pas encore eu le bonheur de voir le duo chanter If you’re into it :

  • Bret et Jemaine sont 2 musiciens néo-zélandais débarqués à New York pour percer sous le nom de Flight Of The Conchords
  • Ils sont assistés par un membre du consulat de Nouvelle Zélande, Murray, qui les manage et les conseille
  • Ils ont une fan : Mel
  • 2 ou 3 fois par épisode, la narration laisse la place à de la musique et à des mini-clips

La première saison est un véritable petit bijou, tant au niveau de l’humour qu’au niveau de la musique. La seconde est plus inégale, mais avec de vrais moments de gloire. On prend vraiment son pied à suivre leurs minuscules aventures, à entrer dans leur univers étriqué, et à les voir transcender leur manque de crédibilité dans des moments musicaux souvent drôles, parfois géniaux.

Dès les premières minutes de la série on sait qu’ils n’arriveront jamais à rien, mais ils font ce qu’ils savent faire : écrire et jouer des chansons. Ce qui est agréable avec ces anti-héros c’est que malgré leur grande naïveté, ils peuvent être de mauvaise foi, un peu vaches, se pourrir, être un peu racistes (contre les Australiens), etc. Ce n’est pas Jemaine et Bret contre le reste du monde, mais plus Jemaine et Bret à coté du monde. C’est une adolescence qui n’en finit pas, mais qui a déjà perdu son coté enjoué et sa foi. C’est de la mini-tragédie, des mini-problèmes, trop personnels. Ils ont trop de faiblesses pour qu’on puisse facilement s’identifier à eux et pourtant ça prend. Comme s’il y avait toujours un petit espoir en nous pour la naïveté (mais pas un truc à la Lars Von Trier, über-lourd, crème au beurre aux marrons à l’huile, chantilly sauce foutre, qui veut nous faire croire que ses histoires nous rendent malade du monde alors que c’est son cadrage qui donne le mal de mer).

Les seconds rôles sont excellents : Murray, par exemple, prend une place de plus en plus importante au cours des épisodes. Son personnage est très intéressant, car derrière la validation sociale que lui donne son statut (un genre d’attaché culturel), il est aussi peu crédible que les deux jeunes qu’il est censé aider. Il a son itinéraire propre, ses propres rêves, ses propres faiblesses. Il sont pareils finalement, mais il a quand même un peu d’arrogance : l’air suffisant que donne la feuille de paye. Mais pour lui – et comme pour la plupart des gens – c’est juste le cadre rassurant d’une nouvelle institution qui prend le relais, après l’école et puis le grand froid du dehors. Il peut alors reprendre où il en était, dragouiller une collaboratrice, attirer l’attention, frimer…

La place des femmes dans cette série est intéressante aussi. A part Mel, fan nympho qui joue les groupies comme elle a appris à le faire sur MTV et que le duo cherche plutôt à éviter, les autres sont difficiles à aborder, à comprendre, à séduire, à garder. Elles sont une source d’inspiration inépuisable : Most beautiful girl in the room, Business time, Ladies of the world, Foux-da-fa-fa, She’s so hot – Boom, A kiss is not a contract… Généralement l’approche foire ou, quand par miracle cela fonctionne, ça ne dure jamais bien longtemps. Elles peuvent aussi être manipulatrices et assez cruelles (une Australienne, surtout). Les deux héros ne sont pas armés contre ça, ils restent trop romantiques, eux qui pensent que jouer de la guitare est encore truc infaillible pour draguer.

Au delà de ces quelques éléments, l’intérêt de la série réside dans sa légèreté, les situations absurdes qui sont mises en scène, l’impression qu’elle est réalisée avec trois fois rien, les rapports complètement improbables qu’ont les personnages entre eux et surtout, dans la musique et leurs jeux autour des codes.

C’est donc une nécro heureuse que celle-ci. Dansons le Robot Boogie pour une série qui a su s’arrêter avant d’avoir écoeuré ses spectateurs, et à laquelle on pourra revenir avec plaisir. Je pourrai continuer à chantonner If That’s What You’re Into sans avoir honte de tout ce qui est venu après.

Pour de la chanson française vue par des néo-zélandais : cliquer ici

Nico

Fringe

In Cinéma/Séries, Tocades on mai 21, 2009 at 10:21

Fringe

C’est la nouvelle série créée par J.J. Abrams. De la science-fiction, bien que très ancrée dans notre actualité, histoire de rendre le tout plus crédible et plus touchant. Pour cela la bonne vieille recette X-Files : le gouvernement vous cache des choses.

Trois personnages : un savant fou échappé de l’asile, son fils surdoué échappé de Dawson et une blonde policière qui a l’impression que sa vie lui échappe, à qui l’on va faire appel pour résoudre des phénomènes mystérieux.

Au niveau esthétique, ça commence mal : les noms des lieux sont indiqués en surimpression sur l’image avec une police 3D très laide. Les noms flottent dans l’espace comme une phrase idiote sur un écran de veille…
Mais bon, pendant les premières heures de la série, on laisse une chance, on sait que la mise en place peut prendre un peu de temps et que les acteurs (un peu à la ramasse il faut l’avouer) s’imposent. Toutefois, on commence vite à grimacer quand on branche un mort sur le cerveau d’un vivant pour les faire communiquer à grands coups de psychotropes et de méga-watts…

On grimace encore dans les moments solopsychotropelectrologiques durant lesquels, pour aller au plus profond de son inconscient, l’héroïne doit plonger dans une vieille cuve pleine de saumure, défoncée à toutes les drogues en circulation -ce dont elle se remet en deux secondes grâce à une chtite piqure d’adrénaline- portant invariablement le même soutien-gorge de sport noir, pour bien prouver qu’elle est le personnage action de la série pendant que le docteur la guide en lui lisant des passages de la Bible, le tout sous les yeux de la vache qui broute dans un coin du labo, élément comique récurrent…

Le coup de grâce arrive dans un épisode dont je n’ai pas retenu le titre mais dont l’intrigue est la suivante : Un jeune homme chimiquement manipulé voit son champs magnétique personnel (on en a tous un semble-t-il) amplifié, et réactif aux émotions. Du coup, quand on l’énerve, il fait planter les ordis, démarrer les voitures, s’écraser les ascenseurs. Ce dernier point aurait pu réduire assez vite la durée de vie du personnage, mais non : lui-même, dans un OTIS qui se crashe, est protégé par son champs magnétique, qui fait airbag…
Ca fait déjà beaucoup non ? Eh bien ce n’est pas fini. Cet épisode est un fourre-tout pour scénariste au bout du rouleau (pour reprendre une expression chère à Nanarland.)
L’enquête mène en effet nos trois larrons dans l’appartement de la maman de notre micro-onde ambulant. Maman dont il a malheureusement fait griller le pacemaker, du coup elle est un peu morte. Et sur quoi nos fins limiers vont-ils se concentrer pour essayer de retrouver le dangereux criminel ? Une cassette audio trouvée là.

Comme vous le savez, une cassette, c’est une bande magnétique.
Ca apporte quoi ? Voyez plutôt : Il suffit de filtrer le son enregistré sur la bande pour retrouver la signature magnétique unique de notre bonhomme.
Et après ? Satellite ? Compteur gégère ? Que nenni, on fait appel à des oiseaux migrateurs, sensibles aux « ondes ». Finement pensé non ? Mais comment qu’on leur fait apprendre les ondes ?
Prenez un lot d’oiseaux migrateurs. Ici en l’occurrence, des pigeons (les scénaristes ont confondu pigeon voyageur et oiseau migrateur, ça arrive.)
Le Dr Maboul affirme qu’il y a de la magnétite dans leur bec. Il suffit donc de les enfermer dans un grand tube de plexi, d’aligner de chaque coté des bobines de tesla qui font des beaux éclairs bleus, et de brancher ces bobines à la fameuse fréquence retrouvée sur la cassette. Voilà nos zoziaux programmés, qui vont en effet droit au hangar où est enfermé le pauvre radiant…

Dans Fringe, la leçon de Lost (ratage par excès de mystères et de portes ouvertes sur rien) semble avoir été retenue : les intrigues, aussi tordues ou multiples puissent-elles être sont toujours liées soit au Dr, soit à une obscure multinationale dont le chef n’est autre que son ancien collaborateur. Ils ont un filet. Du coup, les scénaristes se lâchent à un tel point que tous les trucs d’Abrams (peut être aussi parce qu’ils ne nous surprennent plus) ne parviennent plus à faire passer la pilule.

Il y a un moment où ces bonnes idées ne suffisent plus. On ne peut pas les recycler à l’infini dans des variations sur le même thème ou avec des prétextes de plus en plus farfelus.

Et la surenchère que l’ont voit apparaître entre les séries commence à foutre en l’air l’intérêt même qu’il y avait à s’y intéresser. On aimerait qu’elles puisent toutes être des oeuvres closes, pensées, arrêtées à temps (Twin Peaks, Six Feet Under, Flight of the Conchords…). Ou apportant une esthétique originale (Mad Men, Dexter…).

Mais un bon pilote, avec juste une petite bonne idée, ou un truc suffisamment tordu pour créer la curiosité,  et on tire sur la corde jusqu’à ce qu’elle lâche…

Car je ne vous ai pas dit, mais il y aura une saison 2 !

Nico

Fellini, le spectateur désengagé

In Cinéma/Séries, Ruminations on avril 26, 2009 at 7:02

sat3uc81

 

Me voilà confronté au difficile exercice de débrouiller ma fascination pour l’œuvre de Fellini. Et plutôt que de m’épuiser dans une exhaustivité fastidieuse, je préfère glisser rêveusement et rebondir sur des images sans savoir par avance ce qu’elles peuvent me révéler.

 

Encore faut-il faire un choix dans cet entremêlement de fils, en saisir un et tirer délicatement dessus pour comprendre ce qui le relie à moi. Le danger bien sûr est d’être trop brusque, de casser net ce fragile lien et de se voir barrer le chemin de l’explication. Rien de bien grave en somme puisque le risque ultime est que ce texte soit sans objet.

 

Fellini est un voyeur flottant. Il erre sans consistance entre des groupes de personnes, se laissant bercer par le hasard des rencontres. Sa caméra nous dévoile des intimités qui ne l’ont pas attendu, qui existent avant lui et qui continueront sans doute après son départ.

 

Errance, voyeurisme et étrangeté voilà les trois fils que je tiens entre le pouce et l’index et qui font résonner en moi de petits grelots gelés. L’errance n’offre pas de narration claire, elle est un ballottement entre des situations brusques et indécises qui décident de la suite. Ulysse ne choisit pas sa destination, il ricoche sur les Dieux et l’écume blanche de la méditerranée, il en va de même pour les deux héros du Satyricon.

 

Fellini s’introduit donc (on ne sait comment) chez les gens. Il se positionne dos au mur, au fond de la pièce, observe, sans intervenir, une scène incompréhensible et belle, est parfois pris à parti directement par une vieille femme à la voix éraillé tour à tour chaleureuse et effrayante, puis quitte soudainement ce théâtre étrange. Laissant inexpliquées les raisons de cette scène, car le voyeur ne se salit pas les mains. Il n’est là ni pour comprendre ni pour intervenir. La seule vision de l’étrangeté le fascine et le contente. Il ne veut en rien modifier ou même participer à une situation, il n’a donc nul besoin d’en connaître les tenants et les aboutissants.

 

Le voyeur Fellini se rassasie d’images et se défausse avant l’écœurement, passant d’une salle à l’autre, suivant momentanément un groupe puis se retrouvant seul dans la nuit romaine. Goûter au cinéma fellinien c’est fantasmer une position impossible de spectateur désengagé. Un moi expurgé de la fatigue du vouloir, tout juste une coulée qui ralentit ou accélère suivant l’inclinaison de la pente. Sans identité, ni responsabilité, un spectre de glace à la vanille qui contemple pour une dernière fois le monde. Déjà étranger à tout mais encore assez familier et intime pour qu’on lui parle et qu’on le laisse entrer. Un K. né sous le soleil, qui ne chercherait plus de château ni d’explication finale, qui choisirait de boire frais et de se laisser porter par le courant d’air chaud, qui résoudrait ses craintes par la contemplation de l’incompréhensible, du grandiose et du grotesque.

 

 Vincent